T\OTOS VU FLEUVE
e suis le large fleuve auteur d'une romance Immortelle, et je vais, fontaine de Jouvence, Rajeunissant les cœurs que délaisse l'espoir. Je marche sans répit aux routes tourmentées. Mes vagues, au hasard brusquement emportées, Sont aussi par un vent de mort précipitées, Sans connaître le but, vers l'éni?me du soir.
0: Je ne m'arrête pas et je poursuis ma course, Pour ne plus désormais remonter vers la source Où me fit naître un jour l'implacable Destin. Je ne recherche pas la gloire des conquêtes. Je ne redoute pas les plus rudes tempêtes; N'ayant jamais connu 'a honte des défaites, Je m'en vais, méprisant l'avenir incertain.
LE GRAND RÊVE 6f
« Je marche sans souci vers des plaines perdues, Vers les abîmes, vers les sombres étendues : Je porte ma fierté millénaire en mes flancs. Impassible, j'assiste à la chute des âges Dont j'éprouvai l'orgueil et les luttes sauvages. Je baigne la splendeur farouche des rivages Et le sol tourmenté des pays opulents.
« Je regarde en passant les peuples de la terre Qui dépensent leur vie à creuser le mystère Dont s'entoure, en sa nuit, l'éternel mouvement. A tous ces vains chercheurs du problème implacable, Je démontre, en suivant mon cours irrévocable, Qu'emporté comme moi vers l'irréalisable, L'homme ne mettra pas de fin à son tourment. »
66 l'âge d'argent