‹ L'âge de sangChapitre 15 sur 59 · VT^OTOS VU CT^ÈTUSCULE · texte numérisé non relu

VT^OTOS VU CT^ÈTUSCULE

«Je m'en viens annoncer en présence des plaines

Le règne impérieux des grandes nuits sereines :

Car l'ombre peu à peu sur la terre descend.

Une hymne pastorale au loin se répercute

En se mêlant au bruit d'une source en sa chute;

Et las, le chevrier appelle de sa flûte

Le troupeau familier qui paît sur le versant.

« C'est l'heure où, s'imprégnant de calme et de silence,

L'homme aime à rester seul avec sa conscience,

Le cœur rempli d'extase et de recueillement.

C'est l'heure de la vie où le passé des âges

Nous apparaît avec ses captivants mirages.

C'est l'instant bienheureux où, sur le bord des plages,

Une apaisante paix tombe du firmament.

LE GRAND RÊVE 6j

« C'est l'heure réfléchie ou, là-bas, s'illumine Une première étoile; où, près de la colline, Un long rayon de lune argenté le ruisseau. C'est l'indicible instant où l'univers repose; Où, sur le pré fleuri, se referme la rose; C'est l'heure où, subissant une métamorphose, Une larme se change en fleur sur un tombeau.

« Je fais s'épanouir les trompeuses chimères.;

Je mets des mots d'amour aux bouches trop amères;

Et, céleste joyau qu'une fée a sculpté,

Je suis comme un puits d'or d'où les astres surgissent.

J'annonce les moissons qui lentement mûrissent;

Et pendant qu'ici-bas ses œuvres s'accomplissent,

D'un geste, je confonds l'homme à l'Éternité! »

68 l'âge d'argent

TT^OTOS VU SOl\

a vj 'apparais au penchant de la montagne altière

Et j'apporte un repos bienfaisant à la terre

Qui garde la moisson prochaine dans ses flancs.

Sur le lac impassible ou rien plus ne murmure,

Quelque bateau léger à la frêle mâture,

Sans tracer de sillon, allant à l'aventure,

Fait s'incliner les lis et les roseaux tremblants.

« Je préside au sommeil de l'Heure déjà lasse Qui semble s'arrêter aux portes de l'extase. Et par moi la Nature, ivre d'avoir chanté, S'apitoiera bientôt sur les douleurs humaines. Les astres par ma voix descendront sur les plaines; Et sur les bois pensifs des collines sereines S'épandront la douceur et la sérénité.

a Mon rôle est d'apaiser la mer où le vent gronde : Je fais passer la paix jusqu'aux confins du monde; Je fais se rassembler dans toutes les maisons Les enfants qu'entretient, près de l'âtre, l'aïeule; Et près de la fenêtre où l'ombre se recueille, Le tendre souvenir que par moi l'on accueille Évoque les beautés de toutes les saisons.

« O doux instants du rêve! O l'ivresse infinie

Qui tout autour répand des ondes d'harmonie,

Et qui trop tôt, hélas! vers l'inconnu s'enfuit!

Ton absence m'apporte une cruelle épreuve;

Et pour que de ton charme en passant je m'abreuve,

Je veux boire à la coupe enivrante du fleuve

Et joindre mes baisers aux lèvres de la Nuit! »

T'ROVOS T>E LoA T^eATVRfi

e suis l'Aube et je viens annoncer la lumière! Je mêle aux bruits naissants ma fervente prière; Je prodigue à longs flots du rêve et des couleurs. Je suis le Matin frais où s'agitent des ailes; Je sème à tout hasard les blondes asphodèles; J'apporte, avec le vol joyeux des hirondelles, La vie aux verts coteaux et les parfums aux fleurs.

« Je suis le Bois profond où rôde le mystère. D'avance, j'ai réglé les destins de la Terre; Je garde en mes replis l'âme de la Beauté. Je suis l'insigne Paix dont les paroles pures Remplissent l'univers de leurs plus doux murmures; Mon prestige s'étend aux humbles créatures, Et l'esprit cherche en moi l'ardente Vérité.

« Ma sagesse réside au sein des lois divines Que tu liras sur le brin d'herbe des collines, Livre d'or où viendront s'instruire les humains. Je suis le Fleuve aux eaux vers l'abîme emportées; Je suis le Mouvement aux courses tourmentées ; Et connaissant le but des heures agitées, Je prépare en silence, Homme, tes lendemains.

« Je suis le Crépuscule ou montent les pensées, Évocateur profond des souffrances passées. J'apporte aussi le calme aux fragiles instants; Je préside à la Nuit où brillent les étoiles; Je cache mes secrets à l'ombre de mes voiles; Et ma fierté me fait frissonner jusqu'aux moelles De garder à mon front la couronne du Temps! »

Les Chemineaux du Rêve

Nullaque mortales, praeter sua, liitora norant. Ovide, Métamorphoses, lib. I.

e pâles Chemineaux s'en vont, là-bas, parmi Les herbes et les blés de la plaine, où murmure La chanson des ruisseaux dont l'eau mouvante et pure Se perd au fond du bois de tantôt endormi.

Ils marchent lentement, élevant leurs paupières Vers des monts dont la pente est un grand reposoir Que, privilégiés, seuls leurs yeux peuvent voir Dans la douceur inexprimable des lumières.

De pâles Chemineaux s'en vont vers l'Inconnu; Et lourdement courbés sous le fardeau de l'âge, Ils voient à l'horizon embrasé le rivage Qu'ils ont depuis longtemps de très loin reconnu.

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