‹ L'âge de sangChapitre 16 sur 59 · LES CHEMINEAUX DU RÊVE J · texte numérisé non relu

LES CHEMINEAUX DU RÊVE J

Ils marchent lentement et poursuivent leur course, Libres et détachés de ce monde qui ment, Et toujours attentifs au doux chuchotement Que fait le vent léger en effleurant la source.

De pâles Chemineaux, d'un pas toujours certain, Riches de leurs haillons et satisfaits de vivre, Entrevoyant l'Éden enchanté qui délivre Des noirs regrets, s'en vont vers un bonheur sans fin.

Ils marchent lentement, errant à l'aventure. Quelquefois, fatigués, ils respirent l'air frais Des chênes, ces vieux rois de l'ombre et de la paix, Qui semblent contenir l'âme de la Nature.

De pâles Chemineaux, sous le bleu firmament, Passent majestueux sans laisser nulle trace; Et tous ces gueux, grisés du vent et de l'espace, S'absorbent tout entiers dans le recueillement.

Ils marchent lentement, au milieu du silence, Sans haine et sans envie, avides de clarté, Cherchant à découvrir l'ardente Vérité Qui leur apparaîtra comme une délivrance.

De pâles Chemineaux, partis depuis cent ans, Veulent réaliser d'ineffables conquêtes.

Ils conservent l'aspect inspiré des poètes Dont le front s'illumine aux songes du printemps.

Ils marchent lentement à travers la nuit brève, Sous le regard divin des étoiles du ciel, Ivres de la Beauté, perdus dans l'Irréel, Vers qui le cœur serein en frémissant s'élève.

Ils marchent lentement les Chemineaux du rêve!

ZARATHOUSTRA 7f

Zarathoustra

(poème)

En réponse et d'après Nietzsche.

Celui qui plane sur les plus hautes montagnes se rit de toutes les tragédies de la scène et de la vie.

Ainsi parlait Zarathoustra.

Nietzsche.

qAVPEL gAU soleil

epuis dix ans, Zarathoustra, dans la prière, Vivait seul, comme un dieu, de sa propre lumière.

Et nageant dans son rêve étrange et surhumain, Par un soir apaisé, loin des bruits de la terre, Il disait au soleil : « Flambeau de mon Destin, Dont la joie est d'aimer ceux que ton disque éclaire.

76 l'âge d'argent

« J'ai vécu de Toi, loin des choses d'ici-bas : Ta présence ne m'a jamais été ravie; Tout le jour, tes rayons s'attachent à mes pas, Et j'adore ton nom, ô principe de vie!

(c Mais j'ai rêvé de contempler un autre ciel

Et de porter mes yeux vers les lointains rivages,

Afin de constater, moi, le simple mortel,

Si les hommes vieillis sont maintenant des sages.

« Soleil, qui consolas mes antiques regrets,

Toi qui donnas la force aux êtres que nous sommes,

Soleil, bénis-moi! » L'Astre éclaira les sommets.

Alors, Zarathoutra descendit vers les Hommes.

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