ZARATHOUSTRA
LE SOHTcAl\E
u bord d'un bois, il vit un vieillard dans la nuit. a Tu dominais hier la montagne suprême, Dit l'ascète. Où vas-tu, marchant seul et sans bruit? » Zarathoustra lui dit : « Vers les hommes que j'aime.
— Mais l'homme est imparfait : je l'aimais aussi, moi; Et pourtant, je vis seul au fond des solitudes. Le monde me fait mal et me glace d'effroi : Le cœur est un enfer pavé d'ingratitudes. »
Zarathoustra reprit : « Il faut croire en l'Amour. Je reviens pour qu'entier tout le passé revive : Car c'est ma volonté de recréer un jour L'antique humanité nomade et primitive
Jadis abandonnée à son unique instinct; Et, par la Passion et le Beau que j'inspire, Refaire le Présent et tracer son destin!... »
Le vieux Sage fut pris d'un grand éclat de rire.
78 l'âge d'argent
VE\S LqA CITÉ
et homme me croit fou, se dit Zarathoustra. Allons donc vers la Ville en la place publique... » Un étrange spectacle alors le pénétra : La foule rassemblée, innombrable et lubrique,
S'adonnait tout entière à des propos blessants. Toute sagesse était d'ici-bas disparue; Et les plus vils désirs dominaient les passants Qui promenaient leur impudeur de par la rue.
« Je vous enseigne, annonça-t-il, le Surhumain. Or donc, le Surhumain est le sens de la terre : Aimer la terre, c'est l'enviable destin, Et devant elle tout blasphème doit se taire. »
Puis : « L'Homme a-t-il créé quelque chose de grand? Non. Il est le reflux de ce fleuve qui passe; Il retourne à la bête, éternel ignorant, Victime de lui-même et sans laisser de trace.