ZARATHOUSTRA
LE Vo4^SEU% T>E COT{VE
« Wr, vous avez pensé : Partout est le Bonheur. Posséder sans efforts, c'est là le but suprême. Qu'importe la Raison : C'est une triste fleur. Qu'importe la Vertu : C'est la faiblesse même.
« Qu'importe la Justice : Elle est illusion. Qu'importe la Pitié : C'est se trahir d'avance. Tel est votre langage, êtres de passion, Reniant en vos coeurs la surhumaine Essence... »
On avait, ce jour-là, fait venir un danseur
De corde. Quelqu'un dit : « Que le danseur de corde
Paraisse maintenant, et chassez ce farceur
Venant semer chez nous la haine et la discorde. »
Zarathoustra se dit : « Ils ne comprennent pas. Je méconnais les mots propres à leurs oreilles : J'ai vécu trop longtemps éloigné d'ici-bas, Dans le chant des ruisseaux et le bruit des abeilles.
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a Je m
ie suis désormais compris que du Soleil : Remontons sans regret vers le bois solitaire, Vers le grand soir paisible ou le divin sommeil Emporte le génie au delà de la terre. »
Il gravit la montagne. Au fond des cieux troublants, L'Astre laissait tomber le sang de sa blessure; Comme des gouttes d'or et des pleurs ruisselants, Ses rayons s'épandaient par toute la nature.
Le Sage s'inclina plein de ravissement :
« Je m'en reviens vers Toi, Soleil, flambeau du monde!
O Lumière puisée au cœur du diamant,
Force par qui tout nait, tout vit et se féconde.
ZARATHOUSTRA Si
« Dans l'Univers rien plus maintenant ne me plaît : Je veux vivre au delà des crimes et des haines... » C'est ainsi que le grand Zarathoustra parlait, Quand la nuit lentement descendit sur les chênes.
Et s'étant en lui-même à jamais recueilli,
Les hommes pour son cœur rentrèrent dans l'oubli!
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Ce que disait la Mer.
Semina tum primum longis cerealia sulcis Obruta sunt, pressique jugo gemuere juveaci. Ovide, Métamorphoses, lib. I.
e soleil, lentement descendu dans la Mer, Répandait tout autour comme un souffle d'enfer.
Sa chevelure d'or s'épandait ruisselante. Palpitant et drapé de sa pourpre sanglante, Remplissant l'horizon comme un grand reposoir, 11 recevait déjà les offrandes du soir.
Une barque, là-bas, en déployant sa voile,
Semblait se diriger vers la première étoile
Dont la pale lueur émerveillait les yeux.
Une ondulation soulevait les flots bleus;
Les vieux monts se couvraient de tendres rêveries
Mille couleurs étincelaient sur les prairies
Et faisaient resplendir cette chute du jour.
CE QUE DISAIT LA M E xi 83
Donc, ils étaient montés au sommet d'une tour,
Afin de contempler la sublime étendue
De la Mer, maintenant dans un rêve perdue.
Ils étaient là, muets, devant l'immensité,
Le front superbement couvert de majesté.
Or, voici ce que dit la Mer :
« Divines races, Qui portiez au confin du monde vos audaces, Si vous savez le sens véritable des mots, Entendez, en ce soir, ce que disent les flots :
« Des déserts d'orient aux mers occidentales, Vos gloires avant vous n'avaient pas leurs égales;
Et quoique puissants, les Destins N'avaient pas opposé de force à votre force. Vous étiez façonnés avec la dure écorce :
Vous portiez la terre en vos mains.
« Les siècles un à un vous prenaient comme exemples; Vous étiez grands ainsi que le fronton des temples;
Vous étiez de nouveaux Titans.
Conservant dans vos cœurs la virile jeunesse, Vous aviez pratiqué les lois de la sagesse
Que ne détruisit pas le Temps.
84 l'âge d'argent
« Vous aviez évité les embûches du monde.
Vous régniez simplement, votre âme était profonde
Ainsi que le vaste océan. Vous vous étiez penchés bien souvent sous vos lampes; L'impérieux Savoir avait creusé vos tempes :
Vous aviez scruté le néant.
« Vous étiez cependant exemptés du vertige; Et pareils à la fleur tremblante sur sa tige,
Vous incliniez à la bonté.
Amis de la Justice, ennemis de la haine, Vous demeuriez enfin les maîtres de la plaine
Et vous viviez en liberté.
« Prenez garde pourtant, ô bâtisseurs de villes, Qu'à l'implacable orgueil vous deveniez dociles
Et méprisiez le divin Droit.
Qui se dit infaillible est plus près de sa chute; Et plus d'un ici-bas est vaincu dans la lutte
Pour s'être cru plus grand qu'un roi.
« Regardez-moi. Mon front est surchargé d'années. J'ai vu les foules qui s'enfuyaient, consternées
Devant ma plainte et ma fureur; J'ai semé sans merci devant moi la tempête, J'ai souvent déchaîné les vents que rien n'arrête,
Et je porte en moi la terreur.