‹ L'âge de sangChapitre 3 sur 59 · LES ALLÉGORIES · texte numérisé non relu

LES ALLÉGORIES

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Les bœufs roux, deux à deux, rivés à la charrue, Sur les champs sans limite ont tracé les sillons; Et bientôt la récolte, abondamment accrue, Couvrira d'épis d'or la pente des vallons.

Les chèvres et les boucs se vautrent dans les mousses, Dociles au regard tendre du chevrier; Pendant que brouteront, là-bas, les brebis douces, Tranquille, il rêvera sous son vert olivier.

Alors que dans le van s'épureront les graines, Et pendant que le pampre égayera les yeux, Que les raisins mûris recouvriront les plaines, La nuit leur versera ses dons mystérieux.

Siècles bénis des dieux où l'homme solitaire, Ivre de la splendeur d'un éternel été, Parcourait sans soucis et librement la terre D'où montait l'abondance et la fécondité!

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out est calme depuis l'océan où se mire Un crépuscule ardent, depuis le fleuve bleu Jusqu'à la source dont la chanson nous inspire, Et dont les doux échos se taisent peu à peu.

Les branches des vergers deviennent comme lasses Et pendent vers le sol qui s'endort maintenant; Seule, se lève au fond des célestes espaces Une timide étoile au regard frissonnant.

C'est un beau soir païen qui descend sur la grève... Le refrain du berger diminue et, lointain Comme le souvenir que Ton garde d'un rêve, Il nous obsède encore alors qu'il s'est éteint.

Les heures sur les monts s'envolent, cadencées, Alors que le vieux Pan veille sur les troupeaux; La Terre se recueille en d'intimes pensées, Et dans l'ombre des bois tout s'incline au repos.

LES ALLÉGORIES IÇ

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Et la terre était douce et fondait sous les pas. Albert Samaix.

la nuit imposante! On dirait que le cœur De la Terre a cessé de vibrer en cadence; Et que soudain l'amour est mort de sa douleur, Après avoir comblé les hommes d'espérance.

O nocturnes instants capables d'émouvoir Comme un frisson venu des étoiles sereines! La Nature nous fait éprouver un pouvoir Qu'elle étend sur le calme impassible des plaines.

Rien ne trouble la paix dont s'entourent les monts Non, l'Amour n'est pas mort et son ;.me frissonne Sur les champs endormis et brille sur les fronts : Par sa vertu, tout vit, tout s'émeut et rayonne.

Par lui, dans le mystère indicible des nuits, Une ivresse inconnue embaume l'existence; Et loin de Pimportunité de tous les bruits, Les êtres se sont tus et gardent le silence!

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eureux cet âge d'or où le chant pastoral Du jeune chevrier et du vieillard austère Se répandait au loin sur le penchant du val, Et se mêlait aux bruits immenses de la terre.

La divine Sagesse habitait les bois frais,

Et la simplicité demeurait le don rare

De ceux dont l'existence est calme et sans regrets

Vertu si précieuse et dont l'humble se pare.

L'àme ne brûlait pas de l'inutile orgueil De vouloir conquérir la trompeuse Chimère, Après avoir bravé tout impossible écueil. Sans redouter pourtant la route trop amère,

Tous les hommes étaient égaux et tous exempts Des désirs que l'esprit ici-bas imagine, Alors qu'ils s'en allaient par l'espace et le temps, Le cœur de l'univers battant dans leur poitrine.

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