L HOMICIDE
Siècle, entends leurs rumeurs pareilles à ces houles Qui, dans l'âpre tourmente, ont dominé la mer! Ils ensanglanteront les routes que tu foules, Faisant peser sur toi leur volonté de fer!
Ils portent la ruine au flanc de leurs phalanges. Devant eux a pâli la lumière du jour; Ils voudraient violer et traîner dans leurs fanges Votre apaisante joie, ô divins mots d'amour!
Vers l'horizon fumant où s'entendent des râles, Où grondent furieux les canons réveillés; Sur les mornes hauteurs et près des astres pâles, Où les espoirs se sont un à un écroulés;
Sur les vastes sommets, dans la nuit qui se lève,
Où flamboie un immense et rouge firmament,
Ils croient réaliser enfin l'antique rêve
Qu'ils ont fait dans un jour de sombre aveuglement.
Et sur un Golgotha, pour assouvir leur haine, Ils dressent un gibet savamment apprêté, Afin que le corbeau sans nul répit y vienne Dévorer jusqu'au cœur la vieille Humanité!
La Révolte des Géants
Obruta mole sua cum corpora dira jacerent, Perfusam multo natorum sanguine Terram Immaduisse ferunt, calidumque animasse cruorem, Et, ne nulla suae stirpis monumenta manerent, In faciem vertisse hominum.
Ovide, Métamorphoses, lib. I.
JL'Olympe respirait l'horreur et le carnage! Vaincus à tout jamais, les Géants fabuleux, S'écroulant dans la nuit, laissaient un long sillage; Et les deux poings levés vers l'empire des cieux, Ils mouraient longuement d'impuissance et de rage.
C'est qu'ils avaient voulu, dans leur coupable orgueil, Conquérir les pays lointains de l'Empyrée, Entassant monts sur monts pour atteindre le seuil Du royaume interdit, dont l'enceinte sacrée Pour les enfants de l'homme est d'un fatal accueil.