‹ L'âge de sangChapitre 23 sur 59 · LA RÉVOLTE DES GÉANTS · texte numérisé non relu

LA RÉVOLTE DES GÉANTS

Or, tandis que broyés, masses de chairs immondes,

Ils gisaient dans l'abîme où la foudre grondait,

La Terre ranima de ses flammes fécondes

Leur sang qui de partout largement débordait,

Avec un bruit semblable au tremblement des mondes;

Et le vivifiant dans un souffle subtil Emporté brusquement aux chemins de la plaine, Elle en fit naître un peuple atroce, mais viril, De carnage assoiffé, monstre à figure humaine, Race de violence au cœur cupide et vil.

Et, depuis ce temps-là, l'être mortel va, comme S'il avait à ses pieds meurtris de lourds boulets; Et sachant de quel nom exécrable on le nomme, Il traverse la vie accablé de regrets, Ayant au front la honte et l'horreur d'être un homme.

Il marche sans répit de ses pas mesurés, Cherche à réaliser des songes éphémères, Porte le désespoir sur ses traits altérés, Et sans rassasier ses brûlantes chimères, Il va, la peur écrite en ses yeux éplorés.

Il marche lourdement, car il sait qu'en ses veines

Coule à jamais le sang corrompu des Géants,

Et que rien ici-bas n'assouvira ses haines

Plus vastes en son cœur que tous les océans

Dont on perçoit comme un écho les voix lointaines.

io6 l'âge d'airain

Dieu tombé de l'Olympe au limon des chemins, Exhalant sa fureur coupable et millénaire, L'Homme sait cumuler tous les mauvais instincts. Il passe, noir fantôme, errant de par la terre, Et bâtit des projets toujours plus incertains.

A-t-il voulu savoir, dès l'aurore première, S'il plongeait au néant ou dans l'éternité? Voulut-il découvrir, au seuil de la lumière, Un seul rayon d'amour et de fraternité, Lui qui sortit vivant de l'inerte matière?

Non. Ce fils des Géants, insensible au remord, S'en allait dans la nuit sanglante des abîmes, Semant comme à plaisir l'éternel désaccord, Entassant tout autour de lui de si grands crimes, Que le sol en devint un vaste champ de mort!

Aussi, depuis le jour où, de par les espaces,

Ils tombèrent broyés au gouffre d'un enfer,

Le sang de ces Géants inhumains et voraces

A fait de l'homme un fauve et noir mangeur de chair,

Qui fomente l'orgueil et la haine des Races!

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