‹ L'âge de sangChapitre 24 sur 59 · LE DÉLUGE IO · texte numérisé non relu

LE DÉLUGE IO

Le Déluge

Et l'Éternel voyant que la malice des hommes était très grande, se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre et eu eut du déplaisir dans son cœur.

Genèse, v 1 .

orsque à la fin du jour l'immense nappe d'eau Recouvrait l'univers englouti dans l'abîme, Noé, le front serein et dominant la cime Des grands monts immergés, contemplait ce tableau,

Il rêvait. Maintenant, les races disparues Gisaient dans une nuit d'horreur et de remords. Il sentait tout autour la présence des morts, Tant se creusaient sous lui les profondeurs accrues.

Et Noé, le dernier d'une ère à son déclin, Songeait à l'avenir de sa progéniture; Un souffle prophétique animait sa figure : Rayonnant, il était à l'espérance enclin.

io8 l'âge d'airain

Son esprit se perdait dans l'infini des rêves : Noé fixait d'un œil calme les horizons. Le monde à cet instant n'avait pas de saisons, Les continents étaient à cette heure sans grèves.

Il songeait. Le passé pour lui n'existait plus : Le ciel s'était vengé des heures insoumises. Ce juste s'en allait vers des terres promises, Reléguant dans l'oubli les siècles révolus.

Il voguait lentement vers la voûte étoilée, Sans craindre désormais les sombres lendemains; Et l'erreur qui jadis tourmenta les humains, S'était, ainsi qu'une ombre, en la nuit envolée.

a Puisque Dieu, disait-il, dans sa sainte équité, Me destina parmi les plus dignes des sages, Il faut que par ma voix renaissent d'autres âges, Et que, par moi, se lève une autre humanité.

« Tu ne t'éteindras pas, ô Bonté souveraine, Et tu dévoileras aux hommes tes secrets; Tu sauras apporter un baume à nos regrets : Nous te retrouverons dans les fleurs de la plaine.

« Tu renaîtras encore au seuil de l'avenir, Car je porte avec moi le sang pur d'une race; Rien des siècles défunts ne laissera de trace, Et pas même en nos cœurs l'ombre d'un souvenir.

LEDÉLUGE IOÇ

Tel il parla. Le soir un instant fit entendre Comme un frémissement sur le calme des flots; L'océan exhalait comme de longs sanglots : Une plainte semblait des étoiles descendre.

Noé bénissait l'Être en qui tout se confond... Il n'entrevoyait pas de ses yeux magnanimes L'avenir qui pourtant surgissait des abîmes...

Et le soleil lui mit une auréole au front.

La Tour de Babel

Puis ils dirent : « Venez, bâtissons-nous une ville et une tour de laquelle le sommet soit jusqu'aux deux... »

Genèse, xi.

il ta nt venus du fond lointain de l'Orient, Ils parvinrent un soir auprès du souriant

Euphrate, fleuve aux eaux tranquilles.

Et virent une plaine aux vallons plantureux, Que nul homme n'avait habitée avant eux,

Et sise loin des grandes villes.

C'était une campagne au pays de Sinhar Où la brise émanait des senteurs de nectar,

Où flottait la pure lumière.

Or, à cette heure où tout s'unit et se confond, Ils plantèrent leur tente au versant d'un vieux mont.

Auprès d'une forêt altière.

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