‹ L'âge de sangChapitre 26 sur 59 · LA TOUR DE BABEL · texte numérisé non relu

LA TOUR DE BABEL

Ils ont passé partout en semant la terreur,

Inassouvis, voulant une humanité neuve.

Ils se voient emportés dans la nuit comme un fleuve,

Bâtissant des projets monstrueux, et le cœur

Plein d'un amer poison dont sans cesse il s'abreuve.

Ils ont vu s'écrouler des générations

Dont le nom s'épandait de par toutes les grèves,

Mais qui ne surent pas réaliser leurs rêves;

Et du fond du tombeau fermé des nations

A rejailli la haine en de nouvelles sèves.

Puis ayant parcouru les âges écoulés, Et traînant après eux la suite de leurs crimes, Combien ont-ils creusé d'innombrables abîmes; Et pour tant conquérir, combien furent souillés Les chemins tout rougis du sang de leurs victimes 1

Depuis, toujours du fond des temps irrésolus,

La domination inspira le génie;

Et la cupidité, détruisant l'harmonie,

A rongé le cerveau des peuples dissolus

Qui voulaient posséder la puissance infinie.

Qu'importe qu'autour d'eux ils aient semé la mort, Qu'ils aient menti, qu'ils aient trahi leur serment même, S'ils montent par la ruse au triomphe suprême, Et si demain, vainqueurs, ils décident du sort Du monde devenu le jouet d'un problème.

Qu'importe qu'ils soient tous haïs et méprisés, Si leur voix est semblable aux tonnerres qui roulent, S'ils détournent le cours des fleuves qui s'écoulent, Et si, par leur vouloir, les pays écrasés, Comme de vils fétus, dans la poussière croulent.

Ils se sont proclamés les rois des continents, Et par un seul langage il faut qu'on leur réponde. Ils croient en leur science infaillible et profonde; Et parce qu'ils l'ont cru, leurs dogmes tout-puissants Devront, dans l'avenir, orienter le monde.

Ils veulent posséder les attributs de Dieu; Leur œuvre, disent-ils, demeure impérissable, Alors que sur le seuil du temps irrévocable Leur prestige ne tient que par un seul cheveu, Et que leur vain orgueil s'effrite en grains de sable.

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