LE PALAIS
Le Palais
Je suis la Vérité bâtie en marbre blanc. Victor Hugo.
va nt que l'on bâtît les Merveilles du Monde, Et les villes de marbre aux cent portes d'airain ; Avant le cri d'orgueil que, de sa voix profonde, Babel avait lancé vers le Dieu Souverain;
Bien avant Troie, Éphèse, Argos et Sicyone;
Bien avant Tentyris, avant les Parthénons
Dont l'éblouissement par le monde rayonne,
Et dont les siècles nous rappellent les beaux noms;
J'étais sorti vivant d'une idée immortelle, Ma force apparaissait dans mes nombreux piliers. Sur mes frontons planait l'âme d'un Praxitèle, Et les puissants montaient mes riches escaliers.
n6 l'âge d'airain
Je gardais sous ma crypte et sous mes blanches dalles Le squelette des morts et le sceptre des rois : Les Devins y venaient, en files triomphales, Annoncer l'Avenir et promulguer ses lois.
C'est moi qui, par l'effort d'un geste indélébile, Conservai le passé sur mes tables écrit, Les mots mystérieux de la vierge sibylle, Et qui restai des grands l'impérissable abri.
Je m'élevais au bord d'une verte colline, Près des chênes dont on ne compte plus les ans; Libre et fier, je régnais où la clarté domine, Et narguais les assauts si meurtriers du Temps.
L'abîme, triste ainsi qu'une plainte de lyre, M'a souvent murmuré ses trompeuses chansons; J'entendis sans trembler la tempête en délire, Et j'ai su dominer les larges horizons.
La mer me tourmentait de ses eaux déchaînées Dont les bruits s'entendaient ainsi que des sanglots; Et, sans crainte, depuis d'innombrables années, Je bravais la fureur tragique de ses flots.
Du sommet de mes tours, j'ai mis au cœur de l'homme Le désir de monter vers les astres lointains; Athènes se dressait et j'avais conçu Rome Dont les temples sont faits de noirs débris humains.