LE PALAIS II
Je fus l'inspirateur de l'antique génie Qui, par les champs déserts, élevait la Cité; Je fus le créateur des lois de l'Harmonie, Et je chantai l'Amour en mes murs abrité.
Je proclamais la majesté des vieilles races; J'assurais aux vivants, en des jours rajeunis, Une gloire dont nul ne détruirait les traces, Et qui les comblerait de plaisirs infinis.
J'avais l'ambition des bruyantes conquêtes; J'agrandis l'univers jusques à ses confins; J'étalais un orgueil indomptable à mes faîtes, Et je portais le signe éternel des Destins.
L'âme des Ages morts errait sur mes pilastres; J'étais comme animé par le souffle des dieux, Et j'eus, resplendissant, sous la splendeur des astres, La Terre comme base et pour dôme les cieux!
1 1 8 l'âge d'airain
L'Astrologue
Maître qui laissas, au bord de l'océan, Errer tes yeux chercheurs dans les firmaments pâles Dont le gouffre voilé pour nous s'ouvre béant,
Le premier, tu donnas par les nuits sidérales Aux astres scintillants des noms surnaturels, Et tu divinisas les splendeurs virginales.
Tu parcourus, le soir, les coteaux immortels Dont les arbres fleuris paraissaient te connaître, Et gardaient pour toi seul des contours irréels.
Alors que tu sentais frissonner tout ton être, Et les yeux éblouis par d'étranges clartés, Que de rêves en toi n'as-tu pas sentis naître?
L ASTROLOGUE I IQ
A confondre le ciel aux terrestres étés,
Le cristal de l'azur à l'ombre de tes plaines,
Ton cœur s'était rempli de chastes voluptés.
Tu semblas caresser en des étreintes vaines Le suprême bonheur que l'homme n'atteint pas, Jusque dans l'inconnu des demeures lointaines.
O Voyant redoutable! O Devin, tu traças Le chemin qui conduit au faîte inaccessible, Et tu crus réunir, sans l'aide du compas,
Les secrets infinis à ce monde visible,
O toi, dieu du mystère ou prince des Damnés,
Et qui cherchas l'Énigme en un livre illisible!
Combien n'as-tu pas fait d'esprits illuminés,
Qui marchaient sans repos par les champs solitaires.
Épris de l'Irréel, hommes prédestinés,
Dont l'âme s'envolait vers les célestes sphères, Vers des monts radieux aux éternels couchants, Loin de l'envie et loin des humaines misères?
O Rêveur inlassable, ermite des penchants, Où tu te plus à vivre ainsi que dans un temple. Attentif aux échos des brises et des chants,
Notre univers connu ne fut pas assez ample; Et tu cherchas plus haut les lois de vérité, En des pays où la Pensée aime et contemple.
Pourtant, tu fus haï; car pour la gravité Que tu montras devant les vastes étendues, On rit de ton savoir et de ta majesté.
Mais toujours tu planas où les âmes perdues Scrutent, aux profondeurs obscures de la nuit, Les étoiles sans nombre en l'éther suspendues.
Tu dépensas tes jours, éloigné du vain bruit, En méditation sur le haut d'une cime, Heureux de dominer au désert de l'Ennui.
Et tu restas quand même, ô Sage, un fou sublime!