LA TOISON D OR
LoA TOISON VOT^
Illustre Toison d'or, ô Pays de l'Idée, Conquête de Colchide et du Phase lointain! Amour inspirateur de l'antique Médée, Vous guiderez toujours la marche du Destin!
C'est par vous que l'on provoqua tant d'hécatombes, Que tant de vains efforts furent amoncelés, Que la fureur humaine a creusé tant de tombes, Que des peuples se sont en l'abîme écroulés.
Pour vous on a bâti des cités aux cent dômes, Des temples fabuleux et des arcs triomphaux; Par vous se sont brisés les terrestres royaumes. Que de projets par vous ont trouvé leurs tombeaux!
Enfin, pour vous atteindre, à la face des astres, Les tyrans, sous leurs pas ayant tout renversé, Entreprirent, parmi les plus sanglants désastres, La conquête du monde au prix du sang versé!
Fatalité
(poème)
I ort d'avoir deviné le sens énigmatique Du problème posé par le Sphinx orgueilleux,
II s'en revenait seul vers la Thèbes antique : Une joie infinie illuminait ses yeux.
OEdipe avait vaincu la Bête inexorable, Au fond de l'antre obscur d'où nul n'est revenu. Il marchait, tête haute, en héros redoutable, Le corps ceint d'une peau de lion, torse nu.
Et l'illustre Cité, muette et recueillie, Attendait sur le seuil de ses riches palais Ce géant fabuleux qui, sa tâche accomplie, Apportait dans son cœur des immortels secrets.
Les Vierges cependant se cachaient sous leurs voiles; Devant lui palissait la gloire du Devin; Car Celui dont le front touchait presque aux étoiles, Avait connu l'Énigme en son Néant divin.
FATALITÉ I2f
Les foules l'exaltaient, l'âme enthousiasmée! Par l'univers connu son nom se répandit. Les buccins proclamaient sa haute renommée : Il descendait des dieux comme on l'avait prédit.
Les princes redoutés jalousaient son génie; Mais les fronts se courbaient devant sa majesté, Car un jour il scruta la science infinie, Divinateur du gouffre et de la Vérité.
OEdipe, Roi du monde, en la ville thébaine, Éclipsait devant lui les rayons du soleil; Il pouvait dominer toute puissance humaine, Ivre de resplendir, comme un astre vermeil.
Sa bouche en s'exprimant paraissait inspirée; Ses oracles semblaient comme surnaturels, Sa fierté de héros provoquait l'Empirée, Et nul n'était plus grand d'entre tous les mortels,
126 l'âge d'airain
O Prince à qui l'Oracle et les hiérophantes Avaient prédit un jour un étrange Destin, Si tu connus jadis des heures triomphantes, Et si tu dominas de ton trône hautain
Ceux-là que l'Inconnu remplissait de mystère, Si ton cœur éprouva le surhumain orgueil De scruter des secrets que tout Savant sur terre Entrevoyait comme un inévitable écueil,
La Parque qui préside à la courte existence Te destinait quand même à son fatal ciseau; Et bien que descendu d'une divine essence, Elle t'avait au front marqué dès le berceau.
Tel est le sort certain de la puissance humaine. Ivre d'ambition et de félicité, Elle subit, malgré sa gloire immense et vaine, L'empire impérieux de la Fatalité!