FATALITÉ
Ainsi qu'un exilé que l'espoir abandonne Et qui va, parcourant le monde illimité, OEdipe, aveugle, au bras de sa fille Antigone, Marche vers le silence et vers l'immensité.
O cruel abandon! Ingratitude humaine!
La mémoire s'efface et le Temps abolit
Le souvenir; car, ici-bas, la gloire est vaine.
Que reste-t-il de l'homme en l'ombre enseveli?
OEdipe à présent va, sans but, humble et débile, Vers des ruines qui, devant lui s'entassant, Lui prouveront combien l'univers est fragile, Débris souillé de boue et trempé dans le sang.
11 passe, triste et beau, par les routes ardues!... Monarque devant qui tout orgueil a plié, Et sans voir maintenant les mornes étendues, Il incline à la mort, désormais oublié.
S'étant aventuré si loin dans les ténèbres Que son esprit déçu recule épouvanté, Brusquement assailli par les Ombres funèbres, L'Homme trop hasardeux enfin s'est arrêté
Au carrefour impénétrable du Mystère.
Tremblant d'horreur, meurtri, le front entre ses mains, Plus sombre maintenant, toujours plus solitaire Que l'astre vagabond des célestes chemins,
Il voudrait retourner vers les routes connues Où jadis ses espoirs, vêtus de pourpre et d'or, Embellissaient sa vie aux heures ingénues Que le doute mortel ne voilait pas encor.
Mais il tente trop tard le retour sur lui-même. Il reste le jouet du Temps impérieux Qui l'abandonne en proie au désespoir suprême Et, sans pitié, lui pose un bandeau sur les yeux!