‹ L'âge de sangChapitre 32 sur 59 · FATALITÉ · texte numérisé non relu

FATALITÉ

O Princes qu'un esprit de conquête enténèbre, Vous croyez triompher un jour en dominant Le monde épouvanté; mais votre nom funèbre Reste abhorré de l'orient jusqu'au ponant.

Vos projets trop souvent dans la gloire s'achèvent. Remplis de votre orgueil et pris de cécité, Pensant que pour vous seuls les étoiles se lèvent, Vous vous dites les rois de notre humanité.

Vous forcez l'univers à vous bâtir un temple

Ou viendront se courber à vos pieds les humains;

Vous voulez qu'en votre œuvre inepte on vous contemple,

Et que les peuples soient des éternels pantins.

Mais prenez garde que, maîtres des destinées, Des noires profondeurs d'un lointain océan Surgissent les grands morts, races exterminées, Qui vous engloutiront au gouffre du néant!

Les Menhirs

o us sommes les Menhirs, grands prêtres du Mystère!, Uniques survivants des siècles écoulés, Nous respirons du rêve et vivons isolés; Et, fidèle toujours, seul le silence austère Environne nos fronts dans le granit taillés.

Depuis que d'un ciseau magique l'existence Sur nos stèles grava l'énigme du Passé, L'homme nous apparaît pauvre et désabusé; Son ouvrage, masqué d'une fausse apparence, Est souvent en poussière au hasard dispersé.

Nous fumes les témoins des misères du monde : De ses combats sanglants comme de ses splendeurs. De près nous avons pu scruter les profondeurs De l'âme, en noirs projetsvd'ère en ère féconde, Et nous avons connu ses intimes laideurs.

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