‹ L'âge de sangChapitre 33 sur 59 · LES MENHIRS I } I · texte numérisé non relu

LES MENHIRS I } I

Nous avons mesuré la durée innombrable En qui tout se confond, en qui tout disparaît. Devins, nous avons pu surprendre le secret Mystère dont la vie, hélas! inexorable, Se pare, ne semant que mensonge et regret.

Nous évoquons en nous l'illusion des âges, Et, dans le temps qui fuit, le souvenir des morts. Dans notre solitude, exemptés du remords, Nous survivons, pareils aux sables des rivages, Et la suite des ans nous a laissés plus forts.

Nous avons recherché dans la sombre tourmente Qui se rue en 1a nuit céleste le destin Des mondes, pointes d'or au firmament lointain, Et que nous regardons pourtant sans épouvante Poursuivre en l'Infini leur sidéral chemin.

Ils attestent pour nous la puissance divine,

Et palpitent, là-haut, dans un jour éternel.

C'est ainsi qu'élevant nos pensers vers le ciel,

Lorsque la nuit sereine inonde la colline,

Nous comprenons tout ce que Dieu fit d'immortel.

Non, nous ne mourrons pas de cette mort humaine Qui plonge tout orgueil au gouffre de l'oubli, Alors que le présent serait enseveli Dans le temps et l'espace où sa course l'entraîne, Ou le voyage obscur n'est jamais accompli.

C'est pourquoi, respirant l'atmosphère des astres, Ayant leur âme, ayant leur mâle gravité, Nous demeurons plus grands dans notre vétusté; Nous osons défier les terrestres désastres, Avant une parcelle en nous d'éternité.

Nous avons survécu, plus encor que ces temples Devenus pour les rois le tragique tombeau. Du Futur nous restons le noble et pur flambeau; Nous demeurons enfin comme de vrais exemples Aux privilégiés qui vivent pour le Beau!

Dans l'antique forêt où règne le mystère,

En extase devant les soirs resplendissants,

Nous résistons aux coups infaillibles des ans,

Afin que, si la mort enveloppait la terre,

Nous restions les derniers et seuls vainqueurs du Temps !

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