L ALCHIMISTE I
L'Alchimiste
Savoir ignorer pourrait bien être le dernier mot de la Sagesse.
Maeterlin ck.
Il a les yeux plongés dans un texte vieilli Dont il cherche à comprendre une page inconnue. Un philtre étrange ondoie en la frêle cornue : L'homme au milieu des morts semble être enseveli.
Et pendant de longs jours, sans aucune parole, Interrogeant l'obscur secret des minéraux, Il active l'ardeur de ses rouges fourneaux Dont la flamme lui fait une immense auréole.
Front lourd de tant penser, regard vague et perdu, Volonté qui se plonge au gouffre d'un Tartare, Esprit illuminé comme le feu d'un phare Sur les flots furieux sans cesse suspendu!
Cœur jamais satisfait dont la plainte s'exhale, Et qui mêle à la nuit ses funèbres sanglots, Longuement il maudit l'impuissance des mots Devant ton inconnu, pierre philosophale.
Car voici que soudain, ayant peiné cent ans A creuser les sillons de sa vaste pensée, Comme un épouvantait, devant lui s'est dressée L'irréductible Énigme au seuil fermé du Temps!
Comme un damné hurlant son désespoir suprême
Et toujours attachée à l'immortel Désir,
Elle déplore un rêve impossible à saisir,
Et clame aux quatre vents sa rage et son blasphème!
Et lui, loin des rumeurs du monde et de la mer, Vaincu dans son orgueil, pauvre âme épouvantée, Il rappelle l'antique et noble Prométhée Dont un vautour rapace ensanglante la chair.
Mais inutilement il veut briser sa chaîne : L'oiseau ronge son cœur et recommence encor. Lui qui voulut changer le dur métal en or, Il consume sa vie et sa science vaine.
Lamentable destin! Indicible tourment!
Sa raison qui s'épuise en effort dérisoire, Impuissante à trouver le problème illusoire, Sans s'éteindre jamais, meurt éternellement!