‹ L'âge de sangChapitre 37 sur 59 · LE PASSÉ I · texte numérisé non relu

LE PASSÉ I

Puis, enfin dégoûté de sa propre existence, Le pauvre malheureux s'épuise tout le jour, Dans son âpre détresse, à pleurer en silence Sa pensée inféconde et son stérile amour!

En cet âge sans joie où le vieillard austère A senti sur son front le lourd fardeau des ans, Parfois il se reporte, ivre encor de lumière, Aux jours fleuris de l'ancien temps.

11 a vu tant de maux ensanglanter sa vie, Tant d'efforts dépensés à nous rendre meilleurs, Qu'il évoque la route obstinément suivie, Mais parsemée, hélas! de ronces et de pleurs.

Il compare au présent le passé dont il rêve Pour nos siècles le calme et la sérénité : C'est par le souvenir que l'être humain s'élève Quelquefois à la Vérité.

Car plus on a vécu des heures angoissantes, Plus on souffrit en soi des idéals rêvés, Plus abruptes enfin furent les longues pentes Pour atteindre aux sommets fièrement élevés,

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Plus on sent que la tâche ici-bas accomplie Ne répondit jamais à nos vœux superflus Et plus on te regrette avec mélancolie, Passé, qui ne reviendras plus!

Que tu sois, dans ta nuit profonde, fils des songes! Que tu veilles au seuil des tombeaux, ô Passé! Seule l'Illusion divine où tu nous plonges Est encor le plus sûr remède au cœur lassé.

On nous dit que toujours tu mens et tu nous leurres; Que la folie attend ceux qui suivent tes pas; Que pour t'atteindre, en vain nous dépensons les heures Pourtant si brèves ici-bas.

Qu'importe. Le Présent, étalant ses bassesses, N'a rien qui nous attire et qui tente nos yeux; Car il fait augurer tant de longues détresses, Tant de mornes regrets, tant de jours ténébreux,

Que la réalité vraiment nous épouvante!

Mensonge pour mensonge, ô vierge Illusion, Nous aimons mieux répondre à ta voix captivante, Qu'à l'amère déception

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