LE PASSÉ
Dont ce siècle odieux a rempli l'âme humaine. Et quand nous évoquons tes rêves, ô Passé, Il nous semble que moins lourdement nous enchaîne L'Avenir incertain sur le sable tracé!
Ip L AGE DE FER
Les Chevauchées
1 ar delà les vieux monts où le condor s'éploie Orgueilleux de son vol en la splendeur des nues, Exaltant le soleil qui dans le jour flamboie, Tous, ils s'en sont allés aux routes inconnues,
Pleins d'élan et de joie, Ivres d'ambitions par l'homme méconnues.
Le vallon où jadis paissaient d'humbles troupeaux Leur semble maintenant une pente escarpée; Ils veulent conquérir des firmaments nouveaux, Des archipels, avec le tranchant d'une épée;
Et leurs puissants cerveaux Rêvent d'un univers digne d'une épopée.
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Ils sont las de jouir d'une trop douce paix : Un coupable désir éclaire leurs prunelles; Ils se sentent portés vers d'immenses sommets Où la Gloire, évoquant des amours éternelles,
Prodigue ses reflets Et couvre l'Avenir de l'ampleur de ses ailes.
Ils veulent oublier l'éclat des anciens jours Dont le calme imposant épandait sa lumière; Ils dédaignent de contempler, du haut des tours. Les soirs dont la beauté leur est trop familière
Et qui suivent leur cours, Esclaves résignés de l'heure coutumière.
Ils voguent maintenant sur les flots de la mer. Leurs galères se sont dans la nuit envolées; Un vent propice et doux a fait frémir leur chair; Et dans l'apaisement des heures écoulées,
Au fond du grand ciel clair, Sans cesse ils entrevoient des routes étoilées.
Puis, ils découvriront, sous le bleu firmament, Se croyant affranchis de toutes les tourmentes, Dans leur splendide et libre épanouissement, Des plaines qui, sans fin, dérouleront leurs pentes,
Et dont l'enchantement Fera, de jour en jour, les âmes plus vibrantes.
ifa L AGE DE FER
Ils s'en vont, ils s en vont. De vastes continents Se dressent en féerie au fond de leur pensée. Rien n'assombrira plus leurs espoirs frissonnants; Nul ne mettra d'entrave à leur course insensée;
Et leurs yeux rayonnants Voient d'un souffle immortel leur œuvre caressée.
Coupable Ambition, esclave du Destin, Les hommes ont tenté de rechercher la voie Qui les mène jusqu'au sommet le plus hautain; Mais leur rêve impossible est devenu ta proie
Et s'écroule en chemin Comme un chêne géant que la tempête broie!
Reviendront-ils un jour à la réalité, Tous ces ambitieux qui, pensant être libres, Selon leur vain orgueil guidaient leur volonté; Et qui, scrutant le monde en ses intimes fibres,
Cherchaient la vérité Dans le dédale obscur d'instables équilibres?
LES CHEVAUCHÉES Iff
Reviendront-ils jamais vers la bonté des temps Où, l'amour répandu sur les vertes collines, Ils partageaient la joie et la douceur des ans? Pourront-ils remonter au fond des origines
Où les jeunes printemps Confiaient d'espoirs nouveaux les humaines poitrines?
Et regretteront-ils le sang qu'ils ont versé, Alors qu'ils entraînaient d'insatiables hordes Dont le glaive souilla les routes du passé, Ceux-là qui, méprisant toutes miséricordes,
Auront enfin laissé L'univers sous le joug des sanglantes discordes?
N'imploreront-ils pas, les deux bras étendus, L'heureuse vision éteinte de la vie, Où leur apparaîtront tous les bonheurs perdus Qu'ils ont sacrifiés à leur coupable envie;
Et, les yeux éperdus, Ne descendront-ils pas de la sente gravie?...
Mais trop tard ils sauront que l'apparence ment, Que sur l'immensité déserte de la route Se dresse devant eux le faux enchantement : Qu'on est dupe toujours des songes qu'on écoute;
Et que, pleins de tourment, Nous sommes assaillis de ténèbre et de doute.
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Trop tard ils apprendront qu'il existe une loi Dont l'esprit a guidé les textes millénaires ; Qu'ici-bas, la puissance et la gloire d'un roi Demeurent pour le Temps des hochets éphémères,
Et que, prises d'effroi, Elles s'en vont traînant leurs trompeuses chimères.
Car, bien que préférant pour vivre désormais La tente du désert au trône d'un empire, Ils expieront un jour, mordus par les regrets, Devant les morts qui, revenus pour les maudire,
Hanteront à jamais Comme un rêve obstiné leur esprit en délire,
Eux qui, n'ayant semé que douleur et que deuil, Verront que l'homme attache à ses pas son linceul; Que sa mémoire tombe au gouffre ensevelie; Qu'il reste en son néant victime de l'orgueil; Que toute œuvre souvent n'est que vaine folie
Et se heurte à recueil, Que tout s'anéantit dans l'ombre des abîmes, Devant l'Absolu : Dieu, Dominateur des cimes!
LA CITÉ If7
La Cité
ille patriarcale aux murailles farouches, Tu domines les monts! O bouillante Cité, Où grouille sans répit, dans le jour tourmenté.
Une fiévreuse activité,
Où s'expriment cent mille bouches!
O Cité chatoyante! O Cité de la Mer
Dont les flots agités proclament leur ivresse;
Tourbillons à la voix pleine aussi de caresse,
Portant la joie et la richesse;
O Ville aux structures de fer!
1^8 l'âge de fer
Cité des marbres blancs et des bronzes antiques. Dont chaque pierre évoque un orgueil ancestral, Tu prédis l'Avenir en un geste augurai, Et restes l'écho triomphal De l'Europe et des Amériques!
Mais tu n'es pas pourtant, ô Cité du Labeur, Destinée à la paix des peuples qui t'habitent : Dans ces Ages nouveaux où les esprits s'agitent,
Des clameurs soudaines palpitent
Et te consternent de stupeur.
Cité des libertés, autrefois sans esclaves, Tu verras la cohue innombrable souffrir; Tu verras tes enfants au gouffre s'engloutir; Et, dans le servage, mourir Le sombre amas des foules hâves!
Siècle avide où des nuits sanglantes paraîtront, On sentira monter les cris et la colère, Heurts et chocs entendus de par toute la terre! Siècle de plainte et de misère, Où tant de projets crouleront!
Des monstres surgiront aux inhumaines faces, Dont le rôle sera de combler les tombeaux; Car toujours en ébullition, leurs cerveaux
Auront médité, sans repos,
L'extermination des races.