‹ L'âge de sangChapitre 40 sur 59 · LE PROPHÈTE · texte numérisé non relu

LE PROPHÈTE

Aux Saxons, aux Lombards, aux Suèves, aux Hérules, Aux Visigoths, aux Ostrogoths, fronts inhumains Que nul n'avait courbés sous les dures férules, Imposant aux vaincus leur joug, âpres aux gains, Massacreurs d'innocents, sans honte et sans scrupules. Et défiant les lendemains!

Tous jetés au hasard, par les nuits, pêle-mêle, Pris de l'ambition de toujours asservir, Peuples des bords du Rhin ou bien de la Moselle, Des bords de la Tamise ou du Guadalquivir, Peuples éternisant une simple querelle, Dans le seul but de conquérir,

Tous saisis d'un ardent désir d'hégémonie, Renversent tour à tour les maîtres du Destin, Dépensent le meilleur de leur mâle génie A refaire ce qu'ils engloutiront demain, Et dressent nuit et jour leur barrière infinie Entre l'homme et l'Amour divin!

O Prophète! Voyant des nuits enténébrées, Où s'entassent sanglants tous les Ages vaincus. Tu prévis l'avenir des races démembrées, A cette époque d'ignorance où tu vécus. Les peuples croient enfin tes paroles sacrées, Puisque tu les as convaincus.

Prophète! Contempteur des sombres dynasties! O Sage! tu tenais le monde dans ta main. Tu scrutas le secret des tombes englouties, L'espérance et la haine errant par le chemin; Et tu disais, dans tes divines prophéties, Les événements de demain.

Prophète! tu sondais le poids de nos faiblesses; Enfin, tu prédisais, dans leur aveuglement, L'incalculable amas de toutes nos bassesses. Et tu nous fis entendre, en cet enchaînement Des faits, comme des voix mornes et vengeresses. Echo d'un futur châtiment!

Page 1