‹ L'âge de sangChapitre 41 sur 59 · LE PROPHÈTE I7I · texte numérisé non relu

LE PROPHÈTE I7I

Ah! tu l'as entrevu le noir Tyran, emblème De la destruction, dans un dernier élan Se ruant, front baissé, vers la gloire suprême, Puis enfin balayé par un sombre ouragan. Tu l'as montré, la bouche en sang, le regard blême Pris de remords et chancelant,

Devant les légions de toutes ses victimes, Et qui, débris hideux et le corps tout meurtri, Pour l'expiation tardive de ses crimes Cloué comme un larron au sanglant pilori, Voyait, épouvanté, du grand sommet des cimes, L'enfer de Dante Alighieri!

Le Spectre d'Elseneur

To be, or not to be, that is the question. Shakespeare, Hamlet.

L e spectre d'Elseneur est ce soir près de moi. Il me parle à voix basse, auprès de mon oreille; Et ses mots, chuchotes ainsi qu'un bruit d'abeille, Consternent ma pensée et me glacent d'effroi!

Il me dit : c Tu n'es rien, inextricable atome, Parmi les noirs débris des morts amoncelés; Un vent t'emportera par les cieux constellés, Comme un fétu de paille, ô toi qu'on dit un homme!

« Ce siècle, qui se lève éclaboussé de sang, Voudrait anéantir le meilleur de toi-même : Prends garde, car bientôt viendra l'instant suprême Où, vaincu, tu devras subir son joug puissant.

« Regarde autour de toi : l'embûche s'est dressée. Hier, tu t'avançais sur un pavé d'airain; L'ornière maintenant rend moins sûr ton chemin : Tu n'es plus aujourd'hui maître de ta pensée.

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