‹ L'âge de sangChapitre 43 sur 59 · CIVILISATION I · texte numérisé non relu

CIVILISATION I

« Le Progrès, ce seront les boussoles vivantes Qui me dirigeront, à travers les tourmentes, Vers des pays nouveaux dans l'ombre ensevelis, Que je commanderai comme un maître intrépide, Que par la volonté de mon esprit avide Je fouillerai dans leurs replis.

« Le Progrès, c'est l'obus fatal dont les entrailles Répandent la terreur sur le champ des batailles : C'est l'instrument rêvé de triomphe et de mort. Par lui le plus puissant saura se faire craindre, Et le vaincu devra se courber sans se plaindre : C'est là l'irrévocable sort.

« Le Progrès, c'est l'Idée éclose en tout génie Ivre de conquérir un jour l'hégémonie, Qui se dit le prophète ou l'envoyé divin. Il suscite d'un coup des forces souveraines, Ordonne sûrement des volontés humaines Et devient dieu du lendemain.

« Pour durer, ici-bas, il faut savoir construire. Exister, c'est créer un formidable empire! Et si, soudainement, il se sent emporté Par le désir de dominer toute la terre, Que le conquérant dompte, et qu'il soit, par la guerre, Le maître de l'Humanité!

« C'est pourquoi, moi, je dis au maître qui domine Homme, si tu bâtis sur l'antique ruine La Cité, qu'elle ait nom Berlin, Vienne ou Paris, Résiste fermement aux plus dures tempêtes; Et si tu veux garder le fruit de tes conquêtes, Va-t'en par le monde et détruis ! »

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