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LES FORGERONS DE LA MORT

Dans les poches de fer bout la rouge matière- Sans cesse, elle s'élance en des bonds furieux; Et, pareille au bolide épandant sa lumière Dans l'infini du ciel, elle éblouit les yeux, Phare de la nuit tout entière.

L'acier en fusion redouble sous l'effort, Coule au fond de la cuve en un très long murmure. Bouche de l'Achéron aux étincelles d'or Dont l'essaim s'élargit et lentement s'épure, Sublime et dantesque décor!

Là surgissent canons géants et mitrailleuses, Obusiers et mortiers, ces noirs cracheurs de mort! Lance-bombes puissants, torpilles monstrueuses Par qui les races voient se décider leur sort Après des guerres désastreuses.

O sublime Penséel Inlassable labeur!

Laboratoire où l'homme arrache à la Nature Ses plus secrètes lois et fera du penseur La plus haïe ou la plus sainte créature, Noir tyran ou libérateur!

C'est encor là que par sa force inspiratrice, Maîtresse incontestée et reine de l'esprit, Ivre, hélas! de massacre ou d'intense justice, La Science avec ses formules resplendit, Qu'elle tue ou soit créatrice.

C'est là que, sans repos, le rude forgeron S'associe au travail bruyant de la machine, En un geste rythmique, éternel tâcheron, L'ivresse dans les yeux, et qu'il courbe l'échiné, La sueur inondant son front.

Il m'a dit : « Je martèle et je peine en silence. Les hasards de la guerre ont mis entre mes mains La destinée humaine en qui j'ai confiance : La Vérité verra naître des jours prochains, Nouvelles sources de Jouvence.

« Je crois aux temps heureux où notre humanité Ayant enfin compris la détresse ou nous sommes Plongés, dans un élan de noble volonté, Multipliera parmi le vil troupeau des hommes Des aubes de fraternité.

« Je crois en l'Équité qui, de sa voix profonde, Proclame la grandeur sublime de l'effort! Et du fond des creusets où la matière gronde, Le Rythme surgira qui, vainqueur de la mort, Viendra régénérer le monde.

« Tous les hommes, un jour, le faible ou le puissant, Diront par moi : Chacun a sa part de patrie; Il faut envers le pauvre être compatissant, Et devant sa douleur avoir l'âme attendrie : C'est là, frère, la loi du sang.

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