LES TROGLODYTES
Us ne connaissaient pas l'àpreté des regrets;
Et le bonheur pour eux n'avait pas de secrets.
Toujours où reposaient leurs lourdes caravanes,
S'étalaient en beauté des bouquets de platanes,
De lentisques touffus ou de peupliers blancs.
Les monts avaient pour eux des trésors en leurs flânes.
Ils traversaient les bois embellis de ramées,
Et leurs routes étaient de parfums embaumées.
Le romarin, le myrte ornaient leurs fronts joyeux;
Les Naïades venaient se mêler à leurs jeux.
Ils ignoraient les prés qu'arrosa le Stymphale;"
Jamais dans leurs tribus la guerre triomphale
N'avait porté la mort à leurs fils, fiers Titans
Qui savaient respecter les oracles du Temps.
Et leur raison restant à leur passé docile,
Ils n'avaient pas bâti des cités sur l'argile.
Que n'avons-nous vécu de la simplicité De ces siècles heureux, ivres de liberté, Dans l'assouvissement facile d'un beau rêve, Près d'un bois solitaire ou d'une blonde grève. On regardait alors les étoiles monter Vers l'Inconnu qui fait tout être palpiter; Et grisé de la terre immense qu'on respire, On en avait subi le souverain empire.
En ces âges bénis des joyeux renouveaux, Tendre et simple, prenant pour flûte des roseaux, Sur la tranquillité de la plaine infinie, Vibrait dans les grands soirs la troublante Harmonie,
Alors que possédant un cœur pur et serein, Et poursuivant le but de son noble destin, Imperator jaloux, l'homme avait l'habitude Du silence apaisant et de la solitude.
l'atlantide 2f
L'Atlantide
(poème)
VOIX VoAtKS LE TEdMTS
Ils avaient entendu dans l'espace une voix Qui proclama : « Je suis un monde légendaire Dont la science humaine ignore les exploits. J'existe quelque part, entouré de mystère, Et toujours insoumis à d'étrangères lois.
« Je porte dans mes flancs d'innombrables richesses
Dont je garde jalousement tous les secrets.
Je prodigue à longs flots le don de mes largesses;
J'élève fièrement mes augustes sommets
Qui procurent aux sens les plus pures ivresses.
« Le Rythme sur mes bords, largement inspiré, Apporte des chansons aux feuilles de mes chênes Que les échos du soir viennent me murmurer; Une intense lumière illumine mes plaines, Et d'un bonheur sans fin je me sens pénétré.
« Un parfum inconnu s'échappe de mes roses Coutumières des plus chatoyantes couleurs Qu'on ne voit nulle part, et des métamorphoses Qu'on ne peut rencontrer parmi les autres fleurs Sur les coteaux joyeux divinement écloses.
« Les plus rares oiseaux égavent mes vieux bois : J'entends chanter en eux l'âme de l'Harmonie. Mes jardins apaisés contiennent à la fois Des effluves d'amour et la grâce infinie De me remémorer les choses d'autrefois.
s Sans cesse> mes printemps, depuis les origines, Par un souffle divin se sont vivifiés.
Les branches de mes pins, des étoiles voisines, Au cours des âges morts se sont multipliés, Et des fleuves géants contournent mes collines.
« Je suis, ainsi qu'un temple aux péristyles d'or, Ouvert sur l'infini des temps que j'émerveille : Je rayonne au milieu d'un féerique décor; Pour moi seule une paix perpétuelle veille, Et je la garde en moi comme un pieux trésor.
« Je ne redoute pas la vie inexorable. Les privilégiés qui fouleront mes bords Ignoreront les coups de l'âge redoutable; J'éloigne les humains de l'empire des morts, Car je demeure, en mon essence, impérissable. »
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VET{5 LoA CONQUÊTE
es voiles maintenant par la brise gonflées, Le navire, ébloui d'air pur et de soleil. Vogue majestueux sur les mers ondulées.
Il s'en va libre et fier, de par le jour vermeil, Vers des rives que nul n'a jamais contemplées.
Les vagues ont blanchi sa proue à qui les dieux Prodiguent des rayons de fierté surhumaine. 11 porte des haubans et des mâts vigoureux; L'ivresse du désir le domine et l'entraîne : Il répond aux appels d'un songe impérieux.
Assoiffés de bonheurs aussi grands qu'impossibles, Les conquérants, les yeux vers les astres des nuits, Entendent autour d'eux des voix irrésistibles, Alors qu'en leur pensée étrangère aux vains bruits. Ils entrevoient au loin des plaines invisibles.
O l'impuissant désir! O sort des lendemains! Depuis les temps passés qui les obsède encore, Le mystère a toujours tourmenté les humains; Et sans cesse attiré par ce que l'on ignore, On cherche à déchiffrer l'énigme des Destins.
On leur avait appris que tout projet s'achève Souvent dans l'insuccès; que la joie, ici-bas, Se trouve dans le charme unique de la grève Natale où nous laissons la trace de nos pas, Et qu'on y peut enfin satisfaire son rêve.
Que leur importe! Ils croient à la réalité D'une terre inconnue, à leur désir ravie, Où l'on doit découvrir une autre humanité; Et que dans le problème étrange de la vie Se cache en sa splendeur l'ardente Vérité...
Librement, le voilier file, file, rapide Sur la mer dont la vague est un grand reposoir. Il méprise l'horreur et la crainte du vide ; Et son orgueil l'emporte avec l'intime espoir D'aborder aux pays lointains de l'Atlantide !
Il vogue. Et lorsque enfin, par la lune éclaire, L'éblouissant fantôme avec sa blanche voile Laisse sur les flots bleus comme un sillon moiré, On croit apercevoir une filante étoile Emportée au hasard du grand soir inspiré!