L ATLANTIDE 2Q
LoA VÊCOUVE'RJE
u sein de l'Atlantide où les hommes n'ont pas Souillé la terre vierge et transformé les grèves, Où jamais la conquête et les sanglants combats N'ont détourné les monts recueillis de leurs rêves, Et terni la pudeur sauvage des lilas;
Où jamais ne souffla le vent de la tempête,
Où s'élèvent ainsi que de blancs Parthénons
D'incomparables pics, eyclopes dont le faîte
Au ciel comme un flambeau fait rayonner les noms,
Et dont nul ne troubla l'imposante retraite;
Loin du bruit insolite et des mornes rumeurs, Debout dans une pose insigne et prophétique, Offrant ses escaliers aux hardis voyageurs, L'Atlantide apparaît avec son grand portique, Dans la profusion des parfums et des fleurs.
« Je te salue, ô blonde Atlantide, parure Incomparable, écrin perdu sur l'océan, Déesse de beauté, joyau de la nature, Terre promise issue un jour du noir néant, Et que ne connut pas l'humaine créature!
« Déjà t'avait louée en chants harmonieux Homère s'inspirant de la lyre d'Orphée; Les âges de vertus, où tous les demi-dieux, De tes mortelles sœurs te proclamant la fée, Te comblaient sans compter de dons miraculeux.
« Sans cesse éblouissant en des saisons plus belles, Le Temps te prodiguait de joyeux renouveaux : Aux hardis conquérants, Terre, tu te révèles! Et dans les doux accords venus de tes ruisseaux Ils apprendront un jour des hymnes immortelles!
« Tu vis de l'impassible et dédaigneux oubli,
Loin des mornes laideurs que les gouffres fécondent.
Le penchant de tes monts est de marbre poli;
Et dans tes flancs où l'or et le porphyre abondent
Tu gardes en secret le chef-d'œuvre accompli.
« L'océan peut vouloir effriter pierre à pierre Tes rivages nombreux qu'il attaque en passant; Mais malgré la grandeur de son âpre colère, A ta voix il devient l'esclave obéissant, Et s'épuise à tes pieds en une humble prière! »
LATLANTIDE } I
TcATS E^CHcAï^TÈ
1 ls vivaient dans la paix et la mansuétude. Le cœur était plus pur que le lis, et l'amour Comblait la vie entière ou, dans la quiétude, S'écoulaient librement la nuit après le jour, Ou le bonheur semblait une calme habitude.
O pays enchanté! Voir s'écouler les ans Sans vieillir. Exister dans la splendeur première! Ne pas se soucier des maux, ces noirs passants Oui souillent sous nos pas la route coutumière; Passer sans redouter les coups mortels du Temps!
Respirer sous des d'eux sans rides et sans voiles; Partager à la fois tous les enivrements; Devant les bois songeurs frissonner jusqu'aux moelles; Et dans les soirs nombreux remplis d'apaisements, Participer au rcve éternel des étoiles!
O le charme imposant dont se parent les nuits, Lorsqu'on entend la mer qui lentement déferle... Tu rayonnes, ô mont, et tu nous éblouis! Vous ressemblez, aurore, à la plus blanche perle! Matins, vous réveillez en nous l'âme des bruits!
O pays enchantés où l'ombre est sans mystère, Ou le cœur tout vibrant s'est senti rajeunir! Parfums dont les senteurs nous viennent de la terre, Forêts qui conservez le plus doux souvenir, Sentiers dont le beau nom demeure légendaire!
lis vivaient au milieu d'un immortel décor Ou, dès la profondeur des siècles, une race, Exempte des mauvais désirs et du remord, Proclamait son bonheur aux souffles de l'espace, Et filait de longs jours sans redouter la mort!
La Beauté, rayonnant dans sa blancheur féconde, Leur dévoilait sa grâce et ses plus chers secrets; Et, comme le soleil qui là-haut nous inonde, Sans jamais les compter, d'éblouissants reflets, Ils s'étaient déclarés les seuls maîtres du monde.
O pays enchanté! Pays des fictions!
De quelque rare nom qu'ici-bas on vous nomme,
Vous remplissez l'esprit de nobles visions!
Par vous, on était fier de vivre et d'être un homme,
Sol des enchantements et des illusions!