‹ L'âge de sangChapitre 50 sur 59 · LES VIERGES DE L ACROPOLE · texte numérisé non relu

LES VIERGES DE L ACROPOLE

« Laisse s'accumuler les morts, me disait-elle;

Car chaque marche humaine est un plus sûr rempart,

Qui te conservera ta Patrie immortelle.

Chaque assise sera la gardienne de l'Art

Et le vrai fondement d'une paix éternelle. »

Puis, le mont disparut. A sa place, je vis

Une construction merveilleuse et divine.

Ses tours se reflétaient sur un vaste parvis,

Et leur ombre du firmament était voisine.

Des dentelles de pierre ornaient ses longs murs gris.

Et partout surgissait un peuple de statues, Toute l'ancienne Loi, les Martyrs et les Saints. Aux cadres des vitraux, sous les flèches pointues, Des Vierges souriaient avec des fronts sereins Et de leur majesté chastement revêtues.

Au galbe de leurs corps, à leur rare beauté A qui l'Art prodigua les formes impeccables Des choses qui vivront pendant l'éteînité, Je reconnus alors les Saintes vénérables De Reims, qu'une lumière entourait de clarté.

Elles avaient subi d'indicibles souillures; Leur front était marqué du stigmate odieux Qui laisse à tout jamais d'incurables blessures, OEuvre de basse haine et de cœurs envieux, Chercheurs accoutumés de subtiles tortures.

Au même instant, je vis dans mon rêve, pressant Des palmes qu'une main impie avait souillées, Les Vierges de la blanche Acropole, imposant Cortège, et qui gardaient encore immaculées La force et l'espérance en leur regard puissant.

Puis, s'élevant du sol jusqu'aux niches brunies, Elles vinrent baiser au front tous ces martvrs, Tendirent les rameaux et les palmes bénies, — Comme pour rappeler d'antiques souvenirs, - Heureuses d'être ensemble un instant réunies.

Ce fut l'heure pieuse où, sortis des tombeaux, Tous les morts, revivant leur existence humaine Que le Destin avait dispersée en lambeaux, Sur la tristesse indescriptible de la plaine, Apportèrent la joie à nos siècles nouveaux

Et bannirent enfin la haine et l'injustice... Alors, sur le sommet des tours, le Coq gaulois Chanta, faisant lever l'aurore inspiratrice Des neuves libertés qu'acclamèrent des voix... Et le jour rayonna de gloire créatrice!

Je m'éveillai. Mon rêve ému se poursuivit : J'aperçus des rayons illuminant le monde. D'immenses hosannas charmèrent mon esprit; Un cri de délivrance, emporté comme une onde, Montant en longs accords, bientôt se répandit

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