‹ L'âge de sangChapitre 8 sur 59 · L ATLANTIDE · texte numérisé non relu

L ATLANTIDE

VOIX VE L'oA<BimE

l\ ces mots, une voix, pleine encore d'orgueil, Du fond de l'océan est tout à coup montée. Elle disait : « Les dieux, me couvrant d'un linceul. M'ont plongée au hasard de l'onde épouvantée Où je dors, étendue ainsi qu'en un cercueil.

« Morte autant que la mort, désormais oubliée, Plus profond m'apparaît l'impérieux chaos Où la nuit sur mon front, toujours multipliée, Sans cesse appesantit mon éternel repos, Pour une faute ancienne et jamais expiée.

c Je ne reverrai plus maintenant de mes yeux L'insigne majesté des flots et des tempêtes, Les roses, le soleil et les firmaments bleus Où, ceints de leur fierté, se dessinaient les faîtes De mes palais de marbre aux galbes somptueux.

36 l'âge d'or

« Oh! ne plus respirer les vastes étendues Qui se parent pour nous de mirages divins; Se nourrir chaque jour d'illusions perdues, De stériles désirs; sentir -ses rêves vains; Ne plus se réjouir des choses entendues.

« Ne plus revoir autour la blancheur des matins,

Les crépuscules roux et les blondes aurores,

Le paradis perdu des féeriques jardins;

Ne plus entendre en moi les musiques sonores

Que me chantait le vent dans les beaux soirs sereins!,

« Ma torture pourtant, qui toujours se prolonge, N'est pas d'avoir perdu les douces voluptés Dont les instants si brefs s'effacent comme un songe; Ou de me savoir loin des bonheurs enchantés. Mais l'obsédant regret qui sans cesse me ronge,

« C'est de ne plus pouvoir, du sein des profondeurs, Te soulever, ô flot qui sur moi t'amoncelles! De me voir interdite aux rayons des splendeurs Portant avec fierté toute la vie en elles ; C'est de subir le gouffre en ses noires laideurs.

« C'est que je fais entendre une vaine prière; C'est que, pour augmenter mon cruel châtiment, L'ombre devient plus lourde à ma couche dernière; Et que je tente en vain, dans mon âpre tourment, De relever mes yeux meurtris vers la lumière! »

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