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VOYAGE VERS LA VILLE

Voyage vers la Ville

Tum primum siccis aer fervoribus ustus Catiduit, et vends glacies adstricta pependit. Ovide, Métamorphoses, lib. I.

Ils s'enfuyaient, muets, perclus, penchant la tête. Par un vent de défaite au hasard dispersés, Voyant les derniers jours de leurs bonheurs passés, Les hommes s'en allaient poussés par la tempête.

Tout semblait maintenant s'écrouler devant eux. Les fauves affolés rentraient dans leur repaire; Et la rafale, avec un bruit impétueux, Dans sa course effrénée épouvantait la terre.

Grandioses projets par le vent secoués, A la destruction prophétique voués!

Les âges révolus, siècles préadamites Qu'ils avaient consacrés aux douceurs de la paix, Se dispersaient d'un coup dans les nuits sans limites Dont l'oubli souverain emportait les secrets.

38 l'âge d'or

Errants, ils s'en allaient comme de pâles ombres : Autour d'eux s'entassaient d'innombrables décombres.

Ils s'enfuyaient, pensifs, vers les déserts mouvants!

Par les chemins du sort jonchés de fleurs divines, Ils avaient ignoré les rêves décevants.

Des coeurs d'airain avaient battu dans leurs poitrines: Ils commandaient jadis aux puissantes collines.

Et maintenant, le soir exprimait ses regrets; Le mystère entourait les épaisses ramures; Les chênes agités réveillaient les sommets Dont s'épandaient au loin les lugubres murmures.

Ils allaient par les nuits sinistres des forêts!

Ils marchèrent ainsi, sans arrêter leur course, Vers d'étranges pays inconnus aux humains, Vers des pays où, millénaire, la Grande Ourse Répandait à profusion ses feux lointains.

Or, comme ils arrivaient aux confins d'une plaine Qui, les flancs dénudés, vers la mer s'inclinait, Apparut tout à coup une Ville prochaine Dont l'antique rempart fièrement dominait.

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