SCÈNE IV
Les Mêmes, CHAMBRAY.
CHAMBRAY, entrant par la porte du fond.
Voyons, Martigny, après ce qui s'est passé, ayez au moins la pudeur de laisser cette enfant tranquille !
MARTIGNY
Monsieur, je l'embrasse parce que je l'aime et que je suis son mari... Oui, autrefois, j'osais à peine: vous étiez toujours entre nous deux ; et, quand cela m'arrivait, vous faisiez une figure ! C'est au point que, même quand vous n'étiez pas là, il m'en restait une appréhension, une peur de vous voir surgir tout à coup... Eh bien, tout cela est changé ! Je l'embrasse tant que je veux, et devant vous ; et tant pis si ça vous gêne ! et tant pis si vous êtes jaloux 1
CHAMBRA Y, écrasé de surprise.
Jaloux ?
JEANNE
Pierre !
MARTIf.NY.
Oh ! je ne tiens pas aux mots... Mais j'ai tort de vous parler avec emportement, et je vous prie de m'excuser. Je vais tâcher de vous dire avec calme ce qui arrive et où nous en sommes. — J'ai pour vous, mon cher maître, beaucoup de respect el de reconnaissance... Vous m'avez fait autrefois bon accueil. J'ai travaillé pour vous de mon mieux; vous avez apprécié ma collaboration, et vous l'avez largement récompensée. Vous avez voulu faire plus en me donnant Jeanne, et cela devrait mé lier à vous encore plus mie tout le reste. Seulement, voilà : vous avez cru me la donner; en réalité, vous L'avez gardée. J'aurais dû être heureux depuis six ans ; j'ai été 1res malheureux. Sans voui en douter peut-être,
m'avez frustré de bien, opprimé, supprimé. Je
n'étais plus mari <t père que par surprise el à la dérobée. El le pire, c'est mie vous m'avez, peu â peu, ôté ma confiance en moi. Vous pensiez, et Bans doute vous disiez de moij et peut-être devant Jeanne i i Ceit un faible I » Jecroisbienl 1 vous qui me rendiez ainsi.. • Je sentais que je ne pou