ACTE DEUXIEME
vais cesser de paraître faible qu'en paraissant ingrat et dur,
comme à présent... Aussi, je nie résignais, je m'habituais môme à mon rôle humilié. Mais uni je me suis trouvé sans défense contre les tentations du dehors. C'est vous qui m'aviez désarmé. C'est à cause de vous que j'ai fait celte sottise qui a failli me coûter le cœur île ma femme... Eh bien, je ne puis plus, je ne dois plus accepter dis conditions de \ie si étranges — et si dangereuses. 11 ne s'agit point de vous enlever l'affection de votre nièce, mais seulement de savoir si ce n'est pas moi qui ai d'abord charge d'elle et de ses enfants. 11 n'est pas question de vous rien retrancher, mais de me restituer ce qui m'appartient. Je respei le des sentiments, des tend rées: je ne veux que rétablir
entre nous trois l'ordre naturel des devoirs et des responsabilités. Et c'est uniquement dans cette pensée, — qui n'a rien d'offensant pour vous, monsieur Chainbray, — que je dis à Jeanne : « Jeanne, il faut choisir entre ton oncle et ton mari. »
JEANNE. Elle va |WlHtllffHIHMIDt vers Martigny ; puis :
Je vous aime bien, mon cher parrain. Je vous aime toujours autant... Dites-moi que vous ne m'en voulez pas.
CHAMBRAI .
C'est bon, j'ai compris, (un silence.) Tu avais cinq Jeanne, et tu étais toute seule au monde. Je revenais do mon grand voyage; il me restait bien des choses intéressantes à faire là-bas; j'étais en passe de devenir, comme on dit, un homme célèbre; je n'étais pas encore 1res vieux: mais je ne suis pas reparti... Pendant plusieurs années, trois fois par semaine, — et sans exception, Jeanne, — tu m'as vu dans le petit parloir de ton couvent. Puis, comme tu étais frêle et maladive, je t'ai prise chez moi, dans ma maison. Il en coûtait quelque chose à ma liberté et à mes aises : niais j'aimais les chaînes que je me donnais à cause
de toi. Quand tu as été grande fille, je t'ai mariée avec Pierre, tout de suite... pour ne pas te voir pleurer... Ne crois pas, Jeanne, que je te rappelle tout cela pour te le reprocher. Je l'ai fait avec joie, parce que je l'ai voulu — et parce que je ne pouvais pas ne pas le faire... Mais enfin, Jeanne, je l'ai fait. Tu os tout pour moi, depuis vingt ans ; tu es ma seule raison de vivre... J espérais, en retour, un petit coin près de toi, où tu me souffrirais, car c'est bien >. ni. un homme de mon âge... Oh! je te le répète, tu ne me devais rien. On ne doit rien à ceux qui, sans qu'on les en prie, ont absolument voulu se dévouer à vous. On ne leur doit rien : mais, tout de même, quand on a bon cœur, on ne peut pas les haïr, on leur accorde même un peu d'amitié, — de pitié, si tu veux... Ce que je ne \ous pardonne pas, c'est l'humiliation d'apprendre tout à coup que, pendant si longtemps, vous m'avez subi, que j'ai été pour vous un hôte encombrant, une gène, un fardeau, Votre silence a été lâche, puisqu'il devait aboutir à cette révolte cruelle. Si ma tendresse me faisait importun, si je vous aimais mal à votre gré, il fallait nf avertir, doucement. J'aurais compris : je nous aimais assez pour VOUS aimer mieux. Mais, en me faisant entendre que vous m'avez menti pendant six ans, non seulement vous me luisez le cœur: vous m'empoisonnez même mon pauvre bonheur passé... Ah! vous montrez brusquement, après une patience bien surprenante, une énergie bien imprévue! Les jeunes sont don au\ vieux, quand ils >'\ mettent... Enfin, je vous avais donné mon cœur, vous me le rende/ : c'est bien. Plus rien de commun entre nous, .le quille cette maison, et pour n'y
plus rentrer, le root déberratse, je vous délivre de moi.
lirli|VI|\.
n h i porta du tout,
Il A N N | .
Kiaif, mOfl |>an. un. Dl H*< ■ I pas du loill cela que Pierre
a voulu dire. Gomment pou vos- vont croire. ••