PAS D'AGE DE PIERRE EN ORIENT
patriarche Kéhu, (|ui passait pour l’inventeur du système métrique qu’ont adopté (d’après Bœck) les Egyptiens, les Phéniciens, les Hébreux, les Grecs et les Latins. A une civilisation aussi avancée et aussi reculée, qu’on ajoute ce que l’histoire ou la fable racontent de ISemrod, le Chomasbélus de Bérose *, de Kédor-Lahomer, de Ninus et Sémiramis, et l’on se convaincra que les peuples de l’Euphrate et du Tigre n’ont pu traverser un âge où ils n’auraient travaillé et manié que le silex. Si M. Taylor, dans les fouilles qu’il a faites en 1860 dans les ruines de Babylone, a trouvé des haches, des couteaux et d’autres objets en silex différant fort peu de ceux de l’Europe transalpine, nous ne pouvons en conclure autre chose que l’existence dans les déserts de l’Euphrate de Bosjémans pareils à ceux de ITdumée.
M. le duc de Luynes a de même découvert tout récemment dans des cavernes du Liban des couteaux, des grattoirs en silex, pareils à ceux de notre Europe*. Mais ils ne prouvent que la vie plus ou moins sauvage des anciens habitants de ces montagnes, qui n’étaient c rtainemenl pas les fondateurs de Sidon ni de Damas. Le long des rives du lac d’Apamée sont des cabanes sur pilotis semblables à celles de nos stations lacustres : en conclura-t-on que l’Aramée a eu son âge de pierre comme notre Helvétie? Mais ces cabanes sont l’œuvre de pêcheurs chrétiens !
L’Asie-Mineure n’a gardé, comme l’Asie sémitique et l’Egvpte, aucun souvenir d’un âge de pierre, et l’archéologie n’a jusques ici recueilli aucun fait qui contredise la tradition.
Les Grecs plaçaient aux origines de l’humanité un âge d’or et non de pierre; le troisième âge, celui de cuivre, correspond à celui de Tubaleaïn et des Néphilim, auquel met
1 Peuple primitif, t. 3. p. 56 et 77.
* Iterue archéologique. Avril 1864. p 301. Le fait était d'ailleurs bien connu des anciens. M. Henry dans son Egypte pharaonique (t. 1. p. 251, note) dit: « Les haches de pierre étaient en si grande nlwn- » dance sur le Liban qu'on les ramassait pour en faire des amulettes, » que l'on disait tombées du ciel, parce que, suivant Damascius, c'était » L'ranus qui les avait observées le premier. »
CONSIDÉRATIONS générales
fin le déluge, el immédiatement après vient celui des héros homériques, que remplace l'âge de fer où vit Hésiode*. Hérodote et Thucydide ne parlent pas davantage d’un temps où les Grecs n'auraient point encore connu l'usage du cuivre et du fer, de l’or et de l'argent. Dans le mythe de Prométhée, il s'agit de l'humanité primitive recevant d’un génie, dieu ou démon, tous les arts’, et non des Hellènes et des temps postdiluviens.
Ce que Platon nous dit d’un âge de la poterie (p. 7), pourrait bien n’ètre que le premier germe de ces spéculations philosophiques sur la sauvagerie primitive de l'humanité, qui se sont épanouies en plein dans les siècles subséquents de rationalisme et d’incrédulité, et qui ont été transformées en récits historiques par Euripide, par Lucrèce, par Diodore, par Lucien et par la foule innombrable de leurs successeurs.
Pour établir que les Grecs ont eu leur âge de pierre, dirat-on que dans les temps les plus anciens leurs seules idoles étaient des piliers bruts et leurs citadelles ou leurs enceintes sacrées des murs cyelopéens en blocs informes? Mais les Cyelopes étaient des forgerons (p. 75), et les piliers étaient grossièrement équarris (p. 52). — Les Arcadiens, pl us vieux que la lune1, racontaient que leurs premiers ancêtres ne se nourrissaient que de glands. Mais leurs frères de Tirynlhe ou d'Amydée avaient-ils, comme eux, oublié l’art de Vulcain? — Hérodote nous parle d'habitations lacustres au lac Prasias sur les confins de la Macédoine et de l’Illyrie ? Mais aujourd'hui encore les pêcheurs de ce même lac demeurent dans des huttes de bois construites sur les eaux \ et des fouilles faites avec soin constateraient un âge de La pierre seule, qu'encore nous n'aurions pas le droit de conclure de ces rudes el sauvages montagnards à leurs frères des côtes et des plaines maritimes. — La Morée, la Béotie, la Thessalie, l'Epire, les pays de l’Hæmus sont couverts de tumulus
1 Peuple primitif, t. 2. p. 380 et suiv.
* Ibid., p. 600.
5 Ibid., p 245.
‘ Luhbock, p. 123.