‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 108 sur 254 · HISTOIRE DE LA MONNAIE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA MONNAIE

au huitième siècle, et aux üa ligues des ruis de l*erse au cinquième.

Telle n’est pas la marche normale de l'histoire de la monnaie, qui part du cuivre et de l'échange des objets de peu de valeur pour s’élever graduellement par l’argent jusques à l’or. C’est ainsi qu’en Chine et en Inde la plus ancienne monnaie a été de cuivre, et aujourd’hui encore l’argent et l’or n’y sont à tout prendre que de simples marchandises. En Grèce YobYle ou obole, et sans doute aussi la slips en Italie étaient de petites aiguilles ou barres en cuivre-bronze. La slips a fait place à Ya-s grave des Etrusques, qu’on pesait approximativement à la main, et l’ees grave aux monnaies estampillées et coulées de Servius Tullius; puis, aux monnaies de bronze s’ajoutèrent, après la prise de Tarente, celles d’argent, les bigates, les quadrigates , et un peu plus tard celles d’or. Tandis que l'Italie parcourait ainsi toutes les phases du développement régulier ; cuivre, bronze (avec plomb), argent, or, la Grèce fut violemment détournée de son orbite par l’action de l’Orient. L'obêle disparut devant la monnaie d'argent que Pluedon, roi d’Argos, fit frapper au huitième siècle à l'imitation des statères lydiens ; les premières monnaies d’or furent celles qu’émirent après l'an — 400 ' les rois de Macédoine, et ce ne fut que vers celte date si tardive que commencèrent à circuler en Grèce des monnaies de cuivre, étain et plomb, à l imitation de celles de l’Italie et de la Grande-Grèce *.

Cependant l'antique Egypte avait pour monnaies des anneaux d'argent et d’or, et celte forme annulaire s’est propagée non-seulement en Afrique, mais dans l’Ouest et le Nord de l’Europe. L’Ouest ou la Gaule a d’ailleurs imité dans tous les geures de métaux les monnaies phéniciennes, grecques ou romaines.

1 Nous indiquons, à l'exemple do M. Biol, les années antérieures à 1ère chrétienne par le signe algébrique — et les années postérieures à cette ère par 4-,

’ Kenner. Les origines de la monnaie dans l’ antiquité (en aliéna.; Vienne, 1804.

182 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

L’histoire de la monnaie se relie donc étroitement et à celle de l'âge transalpin du bronze, et à celle du bronze même chez les nations historiques de l’antiquité.

Si nous sommes surpris de voir un métal aussi rare que l’argent abonder en Terre-Sainte dès le sièrle d’Abraham, le peu d’usage qu’on a fait du plomb dans toute la haute antiquité nous cause un étonnement plus grand encore. En effet,, l’argent est d’ordinaire mêlé au plomb dans le sein de la terre, elles mines d'Asie-Mineure qui ont été « le berceau de l'argent », selon l’expression d’Homère (p. 169), sont des mines de galène, de plomb argentifère. On ne pouvait donc en extraire un des métaux sans l'autre, et le plomb n’est point un métal assez vil pour qu’on n'en fit aucun cas et le laissât gisant sur le sol. Cependant, il n'a été que très-tardivement mêlé au cuivre avec l’étain ou au lieu de l'étain, et je ne sais si l’on a trouvé nulle part dans les ruines ou les tombeaux de notre empire du bronze d’autres objets en plomb pur que quelques statuettes dont les unes viennent du lac Copaïs et les autres d'Italie. Le plomb est bien mentionné parmi le butin des Madianites (p. 10(5); mais il ne l'est plus dans l'énumération des richesses de Ruben, Gad et Manassé ', ni dans celle des trésors de David (p. 1 10) et c’est à peine si son nom se lit sept à huit fois dans tout l'Ancien Testament. En Grèce Yulcain ne fait fondre dans son atelier, d’après Homère, que l’or, l’argent, le cuivre et l'étain, sans le plomb ni le fer, et le Prométhée d'Eschyle n’a fait connaître aux mortels que le cuivre, le fer, l’argent et l'or, sans l’étain ni le plomb. Il y a là une énigme dont je n'ai point la clef.

Le bronze le plus ancien est cuivre et étain sans plomb.

On n’a malheureusement pas fait encore l’analyse chimique du cylindre de l’épi. .Mais un ciseau très-ancien de Thèbes a donné 94 cuivre, 5,9 étain, 0,1 fer ; une pointe de flèche: 77,60 cuivre, 22,20 étain ; un poignard : 85 cuivre,

* Jos. 22, 8.

LK BRONZE SÉMITIQl'F

lt*i

li étain, I métal accidentel. Les bronzes égyptiens sont d’alliages variables; mais la proportion la plus ordinaire parait avoir été de 10 à 20 °/0 d’étain.

Les chimistes anglais ont trouvé les bronzes assyriens composés de 9 à H étain et de 89 à 91 cuivre pour une coupe, un crochet, un ornement de meuble, et I MO étain, 84,79 cuivre pour une clochette, qui, en elTet, exigeait une plus forte proportion d'étain ; d'ailleurs ni zinc, ni plomb. Ces bronzes sont, il est vrai, postérieurs à l’an 1000 avant Jésus-Christ. Mais les Assyriens avaient la coutume de revêtir certaines de leurs salles de plaques en métal lixées dans les murs par des doux. Or on a trouvé à Mycènes, dans le trésor d’Atrée, des doux qui avaient servi à ce même usage, et dont la composition est 1 2 étain, 88 cuivre. Ce trésor, qui passe généralement pour antérieur à la guerre de Troie, avait certainement été construit par des ouvriers d’Asie, par des Sémites, avec la règle phénicienne (p. 75). Il est donc infiniment probable que dès le treiziéme siècle, le bronze était chez les Sémites d’Asie à l’alliage de 10 °/0 d’étain.

Cet alliage est entre autres celui des belles épées des tombeaux britons, irlandais, Scandinaves. Ces épées sont gaditaines (p 121), et M. Gosse est frappé de leur ressemblance avec celles des bas-reliefs assyriens: même lame droite à lieux tranchants ; même longueur de trente pouces, rarement de trois pieds ; même style dans les ornements de la poignée'. Or, les Gaditains sont Phéniciens, et nous dirons que les Sidoniens et les Tyriens mêlaient le cuivre à l’étain selon les mêmes proportions que leurs frères d’Assyrie et que leurs fils de Gadés.

Mais les Phéniciens étaient des Cananéens comme les Héthiens de la Terre-Sainte. Les Héthiens et leurs voisins les Phérésiens ont été (voir plus bas; les plus anciens métallurgistes de l’Orient, et leur bronze ne peut avoir été à un autre alliage que celui des Tyriens et des Assyriens.

1 Assyria, her manners, etc., 18.V2. p. 260.

CONSIDÉRATIONS GtiSËRAI.KS

.Nous retrouvons dans les bronzes grecs ce même alliage gui est pour nous l’alliage normal , et sur les antiques vases grecs comme sur les monuments étrusques, les épées ont le même renflement aux deux tiers de leur longueur et à la poignée les mêmes volutes que les épées gaditaiues du Nord. I.a métallurgie grecque doit donc être sémitique par ses origines, et c'est bien là aussi ce que nous enseigne directement l'histoire.

Les bronzes transalpins sont, chez les Scandinaves, pour ainsi dire tous à l'alliage 10 et 15 °/0. Chez les Celtes, dans les Gaules et en Helvétie, on retrouve ce même alliage, mais avec de nombreuses exceptions qui s'élèvent jusques à 24 et s'abaissent jusques à I

Cependant, les nations civilisées ont ajouté au bronze du plomb.

La Grèce, d'après ses monnaies ip. ICI), ne l'a fait qu’à dater du quatrième siècle, et jusques à preuve du contraire nous tiendrons pour postérieur à cette date tout bronze grec contenant du plomb*.

Cet alliage n’était point inconnu des Egyptiens, mais nous ignorons l'époque de son origine *.

H nous parait être le caractère distinctif du bronze italien, et remonte par les monnaies de la Grande-Grèce jusques au septième siècle. Mais l’archéologie connait un bronze ternaire bien plus ancien encore : c'est une fibule contenue dans une des fameuses urnes d'Albano que les uns disent antédiluviennes et les autres antérieures au moins à la fondation de Rome. Cette fibule, analysée par M. de Fellenberg, a donné 84,93 cuivre, 9,(13 étain, selon la propor-

• Trois bronzes de 1 Eubée sont formés: de 87,07 cuivre. 0,91 étain. 0,75 plomb, 10.87 zinc: — de 70,70 cuivre. 7.47 étain, 21,44 plomb ; — de 80,01 cuivre, 11,05 étain, 7,91 plomb. Autre bronze grec: 98 cuivre, 0,07 étaiu, 1,56 plomb, (Fellenberg). — Tous ces chiffres sont anormaux.

’ M. de Fellenberg a analysé deux statuettes d'Osiris: l'une massive. 85,52 cuivre. 9,05 étain, 4,86 plomb, 0,17 fer, 0,40 nickel; l'autre creuse. 85,6 cuivre, 2,57 étain, 10.89 plomb, etc.

Page 1