LES HÉTHIENS ET LES PHÉRÉS1ENS
Scliion, la ville des tas de débris, des monceaux de scories ;
Anaharalh, la ville des cavernes, peut-être des mines;
Et Ebets, qui avec l’étymologie de Gésénius aurait été, sur la grande route des caravanes, l’entrepôt de V étain entre Damas et Memphis (p. 99)'.
Nous concluons de tous ces noms de villes que la Terre- Sainte qui, d’après les traditions païennes, était la patrie du blé et de la vigne *, a été aussi celle de la métallurgie antique. En attribuant aux Hélhiens et aux Ludites l’invention du bronze, nous ne faisons que revenir par une voie détournée à la tradition d'Hésiode et d’Aristote, qui font honneur de celte découverte à Scythes lydien (p. 167).
La métallurgie des Chéta et des Louten aura survécu à leur période de liberté et de gloire, et se sera maintenue en particulier chez les Philistins, que les Hébreux n’avaient pu soumettre.
Les soldats mercenaires de Ramsès III étaient des Philistins, et comme leurs armes sont les plus anciennes armes d’acier figurées sur les monuments égyptiens (p. 160), on est naturellement conduit à penser que les héritiers de la métallurgie si avancée des Chéta et des Louten avaient fait la découverte de la trempe du fer. Ils l’auraient faite à une époque assez rapprochée de celle où nous plaçons le premier acier des Chalybes. Ce qui donnerait quelque poids à cette hypothèse, c’est l’armure que le sémite Cinyras donne à Agamemnon, et dont le métal bleu-noir (p. 160) faisait avec l’étain le principal ornement’. L’industrie duTa-Néter, riche en fer, se serait propagée chez les peuples de même race qui habitaient l’ile du cuivre, Chypre, dont Cinyras était le roi. Nous distinguerions kyanos et chalybs : l’un serait l’acier de
' J os. 19. 19-21.
* Peuple primitif, t. 3, p. 45.
* II. 11. v. 21 et sniv. Comp. dans le domaine des mythes. II. 18, v. 564 et Od. 7, v. 87; dans celui de la vie réelle, II. 11. v. 629 (table à pieds d'acier); 23, v. 850 (vaisseaux dont la proue est simplement peinte en bleu-noir), et Od. 9, v. 391 (trempe du fer).
OREICHALKOS. ELECTRON
la Terre-Sainte, des Sémites et du sud; l’autre serait l’acier du Pont, des Japhétites et du nord. Mais, par des causes inconnues, le premier n’aurait pu triompher du bronze, qui serait demeuré chez tous les Sémites le métal des épées, tandis que le second aurait opéré une vraie révolution dans la métallurgie européenne.
L’existence d’un foyer sémitique de métallurgie, dont les produits merveilleux arrivaient du sud chez les Grecs et les remplissaient d’admiration, nous parait résulter en outre du nom de orkichalkos, qui se lit pour la première fois dans une hymne homérique en l’honneur de la Vénus de Chypre*. Ce mot signifie aussi peu le cuivre des montagnes que aurichai.cum n’est un cuivre allié à de l’or. Ces deux termes sont un composé d'un nom sémitique, or, lumière , et du nom grec du cuivre , et désignent un certain cuivre, le laiton, qui a l’éclat éblouissant de la lumière.
Nous donnerons enfin la même origine sémitique et méridionale au troisième des métaux fabuleux d’Homère et d'Hésiode, Vélectre, mélange d’or et d’argent qui a la couleur jaune de l’ambre, et qui en a reçu le nom*.
Si du domaine des hypothèses nous rentrons dans celui de l’histoire, nous trouvons dans l’Ancien-Testarnent une description détaillée de l’armure du géant philistin Goliath *. Son casque, ses cuissards, son bouclier étaient de cuivrebronze. La flamme de sa hallebarde parait avoir été de fer comme les pointes de flèches et de lances auxquelles .loh fait allusion**. Sa cuirasse à écailles de poisson était de fer à en juger par celles des Assyriens et des Amazones (p. 174). 'Le métal de l’épée n’est malheureusement pas indiqué*.
1 Hym. 5, v, 9.
* Epigr. hom. 15, v. 10. Dans les passages des épopées ou se lit le nom A'ileclre, nous entendons partout l'ambre (p. 129).
* 1 Sam. 17, 5-7. 45. — 4Job20. 25.
* Les bas-reliefs égyptiens nous laissent dans l'incertitude , les épées triangulaires des Sehairitani étant peintes tantôt en bleu, tantôt en rouge, tantôt partie en rouge, partie en vert. (Je dois ajouter que je n'ai pas à ma disposition le grand ouvrage de Rosellini.) — L'épée triangulaire est assyrienne, grecque, étrusque. On en a trouvé une pareille à Neusladt près de Vienne.
LES HÉBREUX
L'industrie sémitique du bronze, qui commence si brillamment chez les Lydiens de la Terre-Sainte, arrive huit siècles plus tard à son plus haut degré de perfection chez les Lydiens d’Asie-Mineure, qui la transmettent aux artistes grecs et chez lesquels s’achève l'histoire de la monnaie sémitique. Nous terminerons ce chapitre par les Lydiens de Sardes, et nous allons recueillir et grouper les renseignements peu nombreux et incomplets que nous possédons sur la métallurgie des autres peuples sémitiques: les Hébreux, qui ont expulsé ou asservi les habitants du Ta-Néter; les Babyloniens, qui seuls pourraient contester aux Lydiens du Jourdain la gloire d’avoir inventé le bronze; les Assyriens , que nous savons avoir appris des Chalybes les procédés de l’aciération ; les Philistins, dont les tribus se sont dispersées au loin sous le nom de Pélasges; les Phéniciens, frères et héritiers des Chéta , qui nous entraîneront sur leurs traces jusques aux rives de l’Atlantique et dans le temps jusques à l’ére chrétienne.
H. Les Hébreux'.
I* Premier âge d’or, d’argent et de cuivre ou bronxo. — 2° Métallurgie savante des Hébreux au temps de Moïse, laquelle s’enrichit des outils et des vases en fer des Phérésiens et des Cananéens. — Sous les Juge», pénurie d'armes, abondance d’oulils en fer ; Lod et la Vallée des forgerons. — Salomon el Hiram ; le» vases et les colonnes du temple en bronze brillant et fondu. — Progrès, de Salomon à Fséchiel. — Le laiton et l'élcclre. — 3* Pas d’épées d’acier, ni d’ègc du fer.
L’âge des patriarches est un âge d’or et d’argent, et non de pierre ou de cells (p. loi), et les deux armes principales étaient l’arc et l’épée *. L’épée, que les Egyptiens ne possédaient pas, est dans tout l’Ancien-Testament l’arme par excellence, celle qui représente toutes les autres et qui est synonyme de guerre et de mort violente. Il est d’ailleurs digne de
* De Saulcy. Histoire de l'art judaïque. 1858.
* Gen. ‘48, 22; Jos. 24, 12. — Pour l'épée en particulier; Lév. 26, 6; Deut. 32. 25; 1 Sam. 17, 47; Es. 4, 2, etc.