‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 138 sur 254 · B. PÉRIODE HELLÉNIQUE · texte numérisé non relu

B. PÉRIODE HELLÉNIQUE

Vers 750 première monnaie d'Etat, en argent — De 650 à 600, éveil du génie grec ; découverte de la route de t'.adès ; statues en métal battu et soudé , puis en métal fondu; ère du bronie artistique. — De 600 à 500, ère des armes en fer aciéré, provenant de la Laconie. — De 500 à 600, siècle de Périclés. — De 600, période macédonienne du plomb. — Laiton !i peine connu.

La Grèce scythique.

Le monde achéen s'écroule; ses peuples se déplacent et se dispersent en tous sens ; une ère nouvelle commence avec l’invasion et les conquêtes des Doriens. Mais la métallurgie du bronze et du fer traverse cette révolution sans même se modifier.

Plus de deux siècles se passent avant que les peuplades grecques aient repris leur assiette. Le rétablissement de l'ordre est marqué par l’ère des Olympiades (776). A cette date, Phidon, roi d’Argos (77o-745)‘, qui avait tenté de réunir tout le Péloponèse sous son sceptre, frappa sur fer, à l’exemple des Lydiens, la première monnaie grecque (p. 161). Elle était d’argent, comme celle des Orientaux, et son type rappelait les scarabées de l'Egypte; car la civilisa—

rai de fer dont ils ne savaient tirer aueun parti, contre les objets en cuivre-bronze qui sortaient des fonderies sémitiques de Témèse en Italie.

1 D'après Duncker. Curtius dit: 660. et Otfr. Muller. 716-764.

LA GRÉCK

tiun d’Argos et de l’ile voisine d'Egine s’étail développée, dès les temps les plus anciens, sous la double influence de l'Egypte et de l'Asie-Mineure. Cette monnaie d’argent lit peu à peu disparaitre et les obôles en cuivre-bronze qui étaient en usage dans toute la Grèce, et les pièces en fer de la Laconie, auxquelles Chilon revint pour réagir contre les progrès du luxe et de l’amollissement des mœurs.

Bientôt s’éveille le génie grec. C’est le temps où en Lydie Gygès fait monter (708) sur le trùue la dynastie des Alyattes et de Crésus, et où rsammétique ouvre (670) l’Egypte aux étrangers. Les Ioniens couvrent de leurs colonies les côtes de Ponl-Euxin, les Doriens peuplent celles de la Sicile et de l'Italie méridionale. Corinthe construit (vers 700) les premières trirèmes, et un samien, Coléos, poussé par les tempêtes, franchit le détroit de Gibraltar et découvre Gadés et la Bétique (639). Tandis que la poésie lyrique s’épanouit sous vingt formes diverses, l’architecture qui renaît, imite encore (vers 6.30) le style achéen des Trésors cyclopéens, qu’on double en cuivre selon la mode assyrienne. Mais le génie des Hellènes s’émancipe du joug des vieilles idées, s’approprie en les transformant l’ordre assyrien de la colonne ionique , l’ordre égyptien de la colonne dorique , et invente les temples périptères En môme temps la sculpture, dans l’ile homérique de Chios, abandonne le bois pour le marbre (vers 630), et elle érige des statues colossales de pièces de métal battues au marteau et reliées les unes aux autres par des clous. La statue de Zens, à Olympie, était en or; celle du même dieu à Sparte en bronze. Coléos, à son retour de Gadés et avec la dime de ses gains, consacra à Saraos dans le magnifique temple de Héra, qui était à peine achevé, un cratère immense en bronze, orné de tètes de griffons et supporté par des figures agenouillées de trois mètres de haut. Ce fut alors que Glaucos de Chios, qui avait sans doute quelque connaissance des procédés de l’antique métallurgie lydienne et ludite (p. 210), inventa ou plutôt retrouva l’art de la soudure. Peu de temps après, vers l'an 600, la statuaire

LE BRONZE ARTISTIOL'E

métallurgique fil un progrès immense: à Samos, dans cette ile qui était située en face de la Lydie, et qui, par son commerce, était en relations intimes avec l’Egypte et la Phénicie, les deux architectes de l'Héroon, Rhœcus et son fils Théodore, substituent au martelage et à la soudure l’art de jeter dans un moule le bronze en fusion, dont ils réglaient l’alliage avec une exactitude inconnue jusques alors*, et ils forment ainsi d’un seul jet la statue. Cet art avait été pratiqué, si ce n’est pour des figures d’hommes, au moins pour des lions, par les Assyriens (p. 196), dont Nébucadnésar venait de renverser l’empire. Rhœcus était donc simplement le premier des Grecs qui tentât d'exécuter ce qu’on savait être pratiqué depuis un temps plus ou moins long par les Sémites de l'Orient. Le moulage des statues ouvrit une ère nouvelle et une carrière illimitée au génie artistique îles Hellènes. L’école d’Egine en fit immédiatement son profit1, et la nation grecque tout entière devint la nation par excellence du bronze artistique, comme les Phéniciens ont été celle du bronze usuel; car elle put jeter dans le moule toutes les statues, tous les trépieds, tous les candélabres, tous les vases, tous les ornements qu’inventait son inépuisable fantaisie.

Le siècle de Rhœcus et de Théodore, le sixième siècle, a été celui où les armes en bronze ont fait place aux armes en fer.

Cette date résulte, d'une part, d’un récit d’Hérodote qui nous apprend qu’au temps de Psammétique, vers 670, les Ioniens et les Cariens avaient encore, comme les Grecs d'Homère, toutes leurs armes en bronze (p. 181), et d'un vers d’Alcée, qui tlorissait vers l’an 620 1 et qui donne aux épées l'épithète de chalcidiennes ou de bronze. D’autre part, pour

' Pausanias 10, 38.

1 Pline (3*1, -1) dit que le bronze de Délos fut le plus anciennement célèbre, et que celui d'Egine n'acquit que plus tard du renom.

‘ Il est fâcheux que ni les fragments de Tyrtée (680) ni ceux de Solon (né 650) ne contiennent aucune allusion au métal des armes.

Page 1