‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 14 sur 254 · LES PROBLÈMES DE L'AGE DD BRONZE A RÉSOUDRE · texte numérisé non relu

LES PROBLÈMES DE L'AGE DD BRONZE A RÉSOUDRE

La succession des âges de la pierre, du bronze et du fer peut au premier abord sembler si simple qu’on serait tenté d’y voir une loi nécessaire du développement de l’humanité. Partout l'homme n’a-t-il pas dû travailler le silex qu’il trouvait sous sa main, avant le métal qui se dérobait à lui dans les entrailles de la terre? exploiter, fondre et forger le cuivre avant le fer, qui est le moins maniable et le plus réfractaire des métaux? Mais la question n’est point aussi facile quelle peut le sembler à la première vue. L’histoire, en effet, ne nous permet pas de supposer que les Hébreux ni les Egyptiens aient jamais ignoré l’usage des métaux, et si les Grecs avaient eu leur âge de la pierre, comment Platon* l’aurail-il absolument ignoré? Comment, dans sa description de la vie des hommes après le déluge et avant l'invention de la métallurgie, les suppose-t-il réduits aux deux arts de la poterie et du tissage, et ne lui vient-il point à l’esprit qu’on

1 Lois, L. 3, au commencement.

INTRODUCTION

transforme aisément un silex en un outil de paix ou en une arme de guerre? Puis, il existe une espèce de fer, le fer météorique*, qui gît à la surface du sol, et qui est parfois un acier presque pur. Cet acier natif peut se trouver en masses si considérables qu'il suffit, pour avoir un instrument d’excellente qualité, d’en détacher un morceau qu’on martelle avec une simple pierre *. De tels instruments auraient donc pu fort bien être, en maintes contrées, plus anciens que ceux en cuivre. D’ailleurs, tout indique que dans les pays du Sud et de l’Orient dont l’histoire nous est connue par des monuments inscrits ou par des écrivains contemporains, le fer a servi de si bonne heure aux travaux de l’agriculture, qu’il parait avoir été contemporain du bronze. Tout au moins, si l’on veut appliquer à ces contrées la division des trois âges, faut-il, avec M. Nilsson, restreindre la notion de l’âge du fer à celle du temps où l’on a fait usage d'épées en fer. Enfin, et c’est ici le point qui nous intéresse directement, dans notre Europe transalpine, sauf peut-être en Hongrie et en Russie, il n’y a point d’âge du cuivre; partout les peuples passent sans transition du silex au bronze. Cependant, il n’est nullement nécessaire de mêler de l’étain au cuivre pour que ce dernier métal se prête aux besoins de l’industrie. Le cuivre pur, le cuivre auquel on n’associe pas à dessein un autre métal, le cuivre quelque peu ferrugineux de certaines mines, fournit d’excellents outils tranchants: car on a trouvé en Egypte dans les carrières de granit des ciseaux en cuivre dont on avait fait un long usage. La haute antiquité possédait donc le secret de donner au cuivre pur une telle dureté qu’il taillait même la plus résistante de toutes les roches. Ce secret a été retrouvé de nos temps : on a fondu des épées et même des rasoirs, on les a travaillés, mis au feu, trempés dans l’eau de boue.

1 C'est celui qu'Homère désigne fort clairement par l'épithète de : fondu de soi-mi'me.

* Rerue archéohr/ique , 1861, p. 105. — Hœfer, Histoire de la Chimie, t. 1.

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