‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 143 sur 254 · B. ACE ANTÉHISTORIQUE DU BRONZE. LES SEMITES · texte numérisé non relu

B. ACE ANTÉHISTORIQUE DU BRONZE. LES SEMITES

SfidÜm sur la cèle* et dans Tinléripur de la péninsule. — La rouille, berceau des celts en bronze. — I.es Philistins a Adria. L’âge du bronze chez les indigènes (étrusques ?) transapennins, ses produits et son histoire. Station lacustre de Peschiera. Les lerrawarc ».

Nous ne possédons aucune preuve que l’Italie ait eu, comme la Grèce, sa métallurgie indigène. Nous croyons plutôt que l’âge du bronze a commencé pour les différentes parties de la péninsule à des dates différentes avec l’arrivée de colonies sémitiques venant directement d’Asie.

Des Sémites, habiles en métallurgie, se sont établis sur les côtes du Brutium, ainsi que l'indiquent les noms de nippon ou Vibo, de Medma , de Malaca, du Sabbat, de Temesa. Temesa ou Tempsa, bien connue d’Homère (p. 315), est une ville des fonderies, comme Tamasus en Chypre, et l'on y fondait le cuivre que produisait le Brutium même’.

1 G. de Mortillet. Les lerramares du Reggianais, dans la Rente archéologique, 186.».

* Le Brulium comptait à l'entrée et à la sonie du détroit de Messine deux villes, Rhegiuin et Scylla. dont les noms en grec marquaient la rupture, le déchirement de l'isthme qui unissait jadis la Sicile à l'Italie. C'est ainsi que chez d autres Javanides le cap F.sl de l'Argolide s'appelle Scytlæum (auj. Skyli), et Scylla1, une ville de Thrace no:» luit.

LFS SEMITES

Sur la rive occidentale de l'Italie on reconnaît la présence des Sémites aux fables des Sirènes et de Circé', et aux ports d’Hercule-Melcarth, situés l'un entre Medma et Hippon, l’autre à Cosa près du mont Argenlarius, un troisième au lieu qu’occupe aujourd'hui Livourne , et le dernier à Monaco ou le port étroit (p. 135); sans parler des trois villes d’Hereule, près du Sagrus, au pied du Vésuve et en Sardaigne.

Au cœur même des Apennins était la ville philistine des renards, Carséoles(p. 200), où avait pris naissance une fête religieuse dans laquelle couraient des renards tenant attachées à leurs queues des torches ardentes ’. Au mont Soracte les Hirpins adoraient Apollon-Baal en sautant à travers les flammes d’un bûcher.

A l’entrée de l’Adriatique, la mer de l'ambre (p. 133), est située la Pouille. Les celts en bronze qu'on y a récemment découverts, sont identiques et de formes et d’alliage avec ceux de la Nord-Europe. Cette contrée est la première où, dans notre marche vers l’Occident nous rencontrions à la fois des celts en bronze et un atelier de celts en pierre. Or, nous supposons que les Sémites qui travaillaient le cuivre du Brutium, et qui allaient à Adria chercher l'étain de la Cornouailles avec l’ambre du Danemark, fondèrent des colonies sur les côtes de la Pouille, chez les Japyges, et que, voyant la race indigène travailler avec beaucoup de peine le silex, ils eurent la pensée d’imiter ses petites haches et ses ciseaux avec l’étain elle cuivre qu’ils avaient sous la main. L’Apulie serait donc le lieu où les confréries sémitiques des ouvriers en bronze, habiles à saisir les besoins des peuples étrangers et à s’ouvrir de nouveaux marchés, auraient créé une industrie qui se serait propagée de son berceau dans toute l'Eu-

de Salmydessus. Il n'est pas sans intérêt de noter que les îles Sorlinguos, qui ont été déchirées de la Cornouailles, s'appellent aussi Scilly, les langues celtiques ayant comme le grec la racine scull et disant scaoillfad pour déchiré.

* Peuple primitif, t. 1, p. 370.

* Ovide Fastes, 4, v. 681-712. — Couip. Juges, 15.

L ITALIE

rope transalpine*, llelte hypothèse expliquerait en même temps comment la ville japyge de Bl indes était un des principaux foyers de la métallurgie dans l'antiquité. Ses fabriques livraient au commerce des miroirs de cuivre et d’étain qui passaient pour les meillenrs du monde entier, et dont la réputation se conserva jusques à l’apparition des miroirs d'argent*.

Au nord de l’Apulie, sur la môme côte orientale de l'Italie, était la ville sémitique de Gadir ou Hatria , à égale distance de Brindes et de la Gadir du Pô. Entre ces deux Adria était Cupra marilima, très-ancienne ville pélasgique ou phi— listine dont le nom est celui de l'Ile du cuivre ou de la grande déesse des Etrusques, Cupra.

Au fond de ce golfe habitaient les Vénétes qui, seuls sur la terre entière, partageaient avec les Babyloniens la coutume de marier leurs jeunes filles à l’encan*. A leurs frontières orientales on adorait à Aquilée une Minerve sémitique du nom de Bélisama, la reine du ciel. A leur occident, des Philistins, des Pélasges avaient fondé près des Fosses I’hilistines la célèbre cité d'Adria qui fut pendant de longs siècles la Cadix de la Méditerranée. Elle a été la cité de l'ambre comme l’ Adria de la Bélique a été la cité de l’étain, et l’une étendait son commerce dans les ténébreuses régions de l'Europe transalpine comme l’autre dans les régions non moins inconnues de l'Europe océanique.

(Juels étaient dans le bassin du Pô les peuples indigènes lorsque le commerce de l'ambre et de l'étain attira des Philistins vers les bouches de ce fleuve? Les premiers habitants de ces riches plaines* furent des Sicanes ou Sicules, qu’on dit ligures, ibériens, libyens, et qui seraient la race brachycéphale auxquels appartiendraient certains craues de

1 La Hongrie, si riche en cuits de toutes formes (p. 45), pourrait bien contester à la Fouille la gloire d'avoir Clé le berceau des celts en bronze.

* Pline. Ilist. nat. 3d, 45.

* Hérod. 1, 190.

* Pomp Mêla, 14.

LES l’I RR.VM ARES

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la Nord-Italie. Ils Turent chassés par les Ombriens, qui le Tarent à leur tour par les Etrusques, et ceux-ci ont été expulsés au sixième siècle par des Gaulois. Admettons que ces Etrusques occupaient la plaine orientale du Pô lors de la fondation d'Adria ou qu'ils s'y sont établis peu de siècles après, et qu'ils ont été civilisés par ItM^^hsges.

Les historiens attribuaient depuis lo^emps aux Etrusques transapennins les plus anciens' travaux hydrauliques entrepris pour contenir les eaux du Pô-Inférieur. Mais des découvertes toutes récentes ont complété par l'archéologie les vagues traditions de l'histoire, et démontré l’existence d’un âge du bronze dans la vaste région comprise entre les Apennins et les Alpes.

Cet âge a été d'une très-longue durée d’après les terramares de l'Emilie. Entre le Réno et l’Arda, le Pô et les Apennins sont des amas de terre argileuse qui ont de un à six mètres de hauteur, dont quelques-uns couvrent jusques à quatre hectares et qui sont entouis jusques à quatre mètres par les alluvions des rivières. Ces amas sont de simples tas de débris de cuisine, de Kjukkenmôdding de l’âge du bronze. Il a fallu bien des siècles pour produire une telle accumulation, et près de Parme des pilotis prouvent que la population d’un village lacustre a trois Tois changé ses demeures. Ces siècles sont pour nous compris entre l’arrivée des Philistins au Tond de l'Adriatique antérieurement à Moïse (p. 147) et l'invasion des Gaulois de 587 à 521. L’âge du bronze transapennin comprend donc une période de mille ans au moins. Il Tait place à un âge du Ter, qui a duré Tort peu de temps, et qui correspond selon nous aux deux siècles pendant lesquels les Gaulois cisalpins, aux épées de Ter et aux mœurs toutes rustiques et barbares. Taisaient des incursions dans l’Italie cisapennine ou résistaient à la puissance toujours croissante de Rome. Mais la guerre était interrompue par de fréquentes trêves qui permettaient aux Gaulois et aux Etrusques cisapennins d'échanger leurs produits, et la conquête des plaines du Pô par les Romains a ouvert cette riche contrée à la civilisation étrusque et latine. Ainsi s'ex-

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L’ITALIF.

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plique comment, à la superlicie des lerramares et dans les tombeaux, de rares objets en fer sont mêlés à des poteries étrusques, à des statuettes étrusques, à des monnaies étrusques, enfin, à des antiquités romaines.

Pendant leur âge du bronze1, les peuples transapennins possédaient différents instruments de pèche en bronze, cultivaient le seigle et la vigne, élevaient plusieurs espèces d'animaux domestiques, taillaient la pierre avec d’excellents ciseaux en bronze, fondaient et coulaient eux-mêmes leurs objets en bronze et lissaient leurs vêtements au métier. La vigne leur avait sans doute été apportée d'Asie par les Pélasges, qui longtemps avant Homère l’avaient plantée sur les côtes de la Thrace. Les ciseaux servaient peut-être aux travaux de l'endiguement du Pô. «.tuant au seigle que les Romains avaient reçu des Gaulois, sa culture en Lombardie avant l’invasion gauloise, est pour nous une énigme sans solution.

Les bronzes transapennins sont de cuivre et d’étain à l'alliage normal qui en atteste l’origine sémitique, immédiate ou médiate. Ceux qui ont la teinte de l’or ont 10,78 °/0 d'étain. D’autres, d’une couleur plus sombre, n’en ont que 3 °/0. Une faucille qui semblait être de cuivre pur, a cependant donné à l'analyse chimique 1,23 d’étain. Comme des objets de forme identique offrent des alliages différents, on en a conclu que « cette différence d'alliage provenait simplement de la plus ou moins grande abondance d’étain que les ouvriers avaient à leur disposition, ou de la refonte d’outils usés et du cuivre qu’on y ajoutait. »

Parmi les bronzes trouvés à Peschiéra, nous noterons :

des faucilles de moissonneurs, toute pareilles à celles de l’Orient, et qui nous autorisent à dire que nos Philistins en avaient introduit l’usage chez les aborigènes. .Nous retrouverons ces mêmes faucilles dans l’Europe transalpine ;

des hameçons, longs de trois pouces, semblables à ceux

1 Baron deSacken. icx construction x sur pilotis nu lac de Carde (en alloin.h Vienne. 1865.

I, AGE DP BRONZE TRANSAPENNIN 227

•les lacs de Bienne et de Neuchâtel \ et des harpons, propres au bassiu du Pô;

des poignards dont la forme renflée est celle des épées de l'âge du bronze, et qui ont aussi une très-petite poignée. Cette arme se retrouve dans la Suisse romande et la Sud- Allemagne; elle est fort rare dans le nord de l’Europe;

des instruments formés de deux couteaux adossés l’un à l’autre et attenant à un même manche ; probablement de doubles rasoirs. La coutume de se raser, qui ne s’est introduite à Home que vers l’an 300 avant Jésus-Christ, existait depuis les temps les plus anciens chez les Etrusques, qui peut-être l'avaient reçue des Philistins. Au moins les Philistins qui servaient dans les armées des Pharaons, étaient-ils imberbes d’après les bas-reliefs de l’Egypte. Il est digne de remarque que les Celtes britanniques, qui ne se coupaient point les cheveux ni la moustache, se rasaient la barbe ’ ; que les Gaulois se la coupaient les uns entièrement, les autres en partie \ et qu'on a trouvé des rasoirs dans les tombeaux du Sleswig et du Danemark, ainsi que dans les palalittes neuchâlelois de l’âge du fer* ;

des celts, dont les uns sont des haches sans ailerons, et les autres des ciseaux évasés. La première de ces formes a été retrouvée dans plusieurs localités de l’Europe transalpine et jusques en Danemark, mais tout spécialement chez les Celtes; la seconde l'a été pareillement de Pæstum au Danemark et de la Hongrie au Yorkshire;

des aiguilles ù coudre et d’autres à fabriquer des filets; en bronze, ou en cuivre presque pur ; longues de t à 6 pouces, minces, lisses, très-pointues, d’un travail fort remarquable; il en existe de pareilles dans les lacs de la Suisse romande ;

peu de fibules, mais une foule d’épingles de toutes grandeurs et de toutes formes, d’un goût exquis et d'une délica-

1 Les tombeaux île Hullstadt ont fourni des hameçons de même forme ■nais de moindre dimension.

’ J. César. Uell. gall. 5, 14.

* Diodore. 5, 28.

» D'après Desor, p. D7.

lesse de travail qui ru* le cède en rien aux produits similaires de notre industrie la plus perfectionnée. On serait tenté d'attribuer ces bronzes aux plus beaux temps de la métallurgie romaine. .Mais ils gisent dans le sol au milieu des débris d’une poterie très-grossière, avec lesquels ils oiïrent la plus complète et la plus étrange disparate ; aucun de ces bronzes n'offre la moindre trace de zinc (p. 163), et leur ornementation ne présente aucune de ces figures de plantes, d'animaux ou d’hommes, auxquelles on reconnaît l’art étrusque cisapennin et l'art romain. Ce ne sont que les diverses lignes de l’art assyrien (p. 167) et surtout d’élégantes spirales que nous savons déjà caractériser les bronzes Scandinaves (p. 17). Plusieurs de ces épingles à cheveux ou pour vêtements sont semblables à celles de Hallstadt; d’autres se retrouvent dans les pays de la Baltique. Une épingle à tête ronde passe au travers d’un morceau d’ambre qui atteste d'antiques relations de commerce entre ces pays-là et le Pô :

enfin, des bracelets d’un petit diamètre comme ceux de Hallstadt, et qui prouvent, avec les poignards, l’existence d'une race, indigène ou étrangère, orientale ou européenne, dont les membres étaient fins et délicats.

D'ailleurs la station lacustre de Pescliiéra, la seule qui jusques ici ait été explorée avec soin, a fourni: certaines pièces de bronze supposant des fonderies indigènes : — pas un seul objet en fer; — un unique objet en pierre, un disque à rainure ayant fait partie d'un métier de tisserand, tel qu’il en existe dans les stations des lacs de Bienne et de Neuchâtel et dans les tombeaux du Nord ; — et un si grand nombre de bronzes et de bronzes intacts qu’ils doivent provenir d'un riche dépôt que le commerce aurait établi à l’extrémité sud du lac de tiarde.

D'après les terramares, les meules à moudre le blé sont dans l’Italie transapennine : en granit des Alpes pendant l'âge du bronze et celui du fer; en trachyte d’Ombrie pendant la période subséquente de l’art étrusque.

Des faits que nous venons de résumer, nous concluons :

1° que les bronzes transapennins ont certaines formes qui

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