‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 162 sur 254 · POURPRE. CORPS DE MÉTIERS · texte numérisé non relu

POURPRE. CORPS DE MÉTIERS

liers en grains de verre coloré, qui appartiennent à l’âge du bronze et au premier âge du fer, et qui offrent les mêmes formes et la même disposition des couleurs depuis la Crimée aux îles Britanniques et de la Grande Grèce en Scandinavie, et même en Amérique, seraient identiques à ceux qu’on a trouvés dans les tombeaux de la terre du Nil. Enfin, dans les tourbières de la Scanie où gisent des squelettes d’urus et de tortues, et qui datent, d’après M. Nilsson, d'une période géologique peu distante de celle où le sud de la Suède et la Prusse n’avaient pas encore été séparés par la Baltique, sont, au milieu d’outils en silex, de fausses perles en verre d’un travail trés-grossier qui trahit l’enfance de l’art.

L’industrie de la pourpre, bien connue déjà de Sidon, devint la gloire de Tyr. Elle était alimentée par un commerce très-étendu, qui embrassait toutes les côtes de la Méditerranée et môme celles de l'océan Atlantique. Mais l’archéologie n’a découvert dans les débris de l’âge transalpin du bronze aucun lambeau de pourpre tyricnne, et nous passons outre.

Le motif favori d’ornementation pour les vases ou les armes, comme pour les broderies (les étoffes de pourpre, de soie, de colon, ou pour les sarcophages et les tombeaux, était, en Phénicie ainsi qu’en Assyrie, des figures de dieux ailés, de sphinx, d'animaux réels ou monstrueux, sans parler de la rosace, de la paline, de la torsade.

L'industrie phénicienne avait, comme celle du moyen âge, ses corps de métiers. Une inscription trilingue de Sardaigne vient de nous faire connaître l’existence dans cette île d’une confrérie punique de sauniers. On en a conclu avec raison que les artisans et marchands de la nation phénicienne avaient senti le besoin de se constituer en sociétés, qui se propageaient au loin avec le commerce et les colonies. Les ouv riers en bronze auraient donc eu, eux aussi, leurs corporations, qui auront formé une espèce de franc-maçonnerie enveloppant de mystères les procédés de leurart. Or plus d’un archéologue a prétendu que les habitations des lacs suisses,

LES PHENICIENS

si riches en bronzes dont on n’avait fait aucun usage, étaient les magasins de marchands phéniciens qui auraient pénétré jusques au nord des Alpes. Le fait de confréries qui s’appuient et se secourent, et qui, malgré les plus grandes distances, restent unies entre elles, donnerait à cette hypothèse un degré de plus de vraisemblance.

Les vaisseaux phéniciens étaient de commerce et non de guerre. Calculés pour recevoir le plus de marchandises possible, ils étaient hauts, larges, lourds, à fond plat*, et prenaient peu d’eau. Tels étaient aussi ceux des Vénètes en Armorique, ceux des Suions en Danemark.

Les Phéniciens érigeaient sur les côtes des colonnes ou tours ou statues, qui leur servaient de point de repère pendant le jour, et de fanaux pendant la nuit. La simple énumération de ces monuments nous permet d’embrasser d’un coup d’œil l’immense extension du commerce sidonien et tyrien, carthaginois et gaditain :

au détroit de Messine un phare sur le cap Pélore, c’està-dire Bel-or, sur le cap du Seigneur du feu;

en Afrique et en Espagne, les guérites ou tours dites d’Annibal, où l’on allumait des feux à la sixième heure’;

les colonnes d’Hercule ou Melcarth, le grand dieu de Tyr et de Gadès, au détroit de Gibraltar; la tour de Cæpion, phare à l’embouchure du Bætis5 ; une autre tour à celle du Tage' ; le fanal de Brigantium, près du « Grand Port»; ce fanal réparé par les Romains et récemment (1701) par les Espagnols, porte aujourd’hui encore le nom d’Hercule;

au fond du golfe de Biscaie, la colonne solaire, (chamman), qui a donné son nom à la ville d’Amanum ;

au cap sud-ouest de l’Angleterre, un fanal dont nous déduisons l’existence des deux noms que portait ce promon-

* Avienus. Ora mar., v. 378.

* Pline, Hitl. nat.. 2, 73 : 35, 48.

* Strab. 3, 1 et 3.

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