I.A PÉKINSULK IBtîRItyi'K
Entre Gadés et l'embouchure de l'Anas étaient, près d'un vaste marais du nom, tout sémitique, d’Erébe, une ville d’Herbus, détruite par les tempêtes de la guerre, et une montagne avec un temple (fanumj, fort riche, consacré à la déesse des enfers, sanctuaire creusé dans le roc, grotte d’une obscurité profonde*.
Au sud de Gadés était, dans une ile consacrée à Vénus, nn temple (templum) avec un sanctuaire creusé dans le roc et un oracle *.
4°Varron fait arriver en Espagne après les Ibères les Phéniciens, c’est-à-dire nos Sidoniens de l’Ebre et de la Biscaie et, bientôt après, les Tyriens de Malaga et de Cadix. Ce sont les Tyriens qui, d’après Strabon, se sont établis en Espagne peu après la guerre de Troie, et qui dès avant le siècle d'Homère possédaient la plus grande partie de la Libye et de l’Ibérie.
L’influence des Sidoniens dans le bassin de l’Ebre nous est attestée aujourd'hui encore par les antiques monnaies au type d’Europe-Aslarté(p. 108), par les silos (p. 247), par les lamentations tout orientales que les descendants des Cantabres (comme les Sardes, p. 279) poussent dans leurs funérailles1, cl même, dit-on, par leur langue qui contiendrait un certain nombre de mots sémitiques. On poursuit cette influence assez loin à droite et à gauche du fleuve ; la limite au nord en est Pampelune. L'Ebre ou fleuve du plomb explique mieux le nom d’Ibères que le basque ibarra, vallée, et les Ibères sont des plombaires comme les Médubriciens. Les Bérons du Haut-Ebre sont aussi des plombaires" , le plomb se disant en basque beruna, qui n’est peut-être qu’une altération du sémitique ebro.
* Avienus. Ora, v. 241-247.
» Ibid. v. 313-316.
* Ces mêmes chants funèbres et lugubres existaient chez les Cal- Iniques ou Gallèces (Sil. liai. 3. v. 345), qui auront été, eux aussi, plus ou moins sémitisés par les Phérésiens (p. 255) et par les Gaditains (p. 118).
* Diefenbach. Celtica, t. 2, 2; p. 37.
liADÈS
Les Tyriens avaient fondé Gadès en face d’Asta-la-Royale, près des bouches du Bætis, dans le pays des Tartessiens méridionaux. Les Gaditains ont étendu leur action civilisatrice et leur despotique empire sur les indigènes pendant six à sept siècles sans rencontrer aucune résistance dont l’histoire . ait gardé le souvenir. Mais vers l’an — 500, les indigènes réunirent leurs forces pour briser le joug de l’étranger. Ils échouèrent dans leur tentative, et Gadès fut délivrée par sa sœur, Carthage, qui accourut à son secours. Plus tard la Tyr ibérique et la Tyr libyenne devinrent jalouses l’une de l’autre; car on voit les Gaditains, vers l’an — 200, peu de temps après la fondation de Carlhagène, déserter la cause des races sémitiques pour faire alliance avec Rome. La ruine de Carthage aura donné un immense développement au commerce et à la prospérité de Gadès. Vers l’ère chrétienne cette cité était la première du monde entier par le nombre et la grandeur de ses vaisseaux qu’elle envoyait et dans la Méditerranée et sur l'océan Atlantique, et elle devait à l’intrépidité de ses navigateurs et à son amitié pour Rome d'être devenue la plus célèbre ville de l’empire '. Des causes inconnues ont mis fin pendant le second siècle au commerce océanique (p. 125), et au quatrième siècle Gadès n’était plus « qu'un monceau de ruines » (p. 121).
Les Gaditains, en demandant aux indigènes l’argent et les autres métaux de leurs montagnes, auront éveillé ou développé leurs talents de mineurs. De la Galice ils les ont entraînés après eux sur l'Océan vers la Britannie, et ils auront fait des peuplades riveraines une race de hardis marins, qui envoyait au loin des essaims de colons. Mais je ne connais aucun fait qui atteste l'inlluence que la métallurgie gaditaine du bronze (p. 121) a exercée sur l’industrie des Ibères.
5° Les Phéniciens, les Tyriens étaient déjà établis en Espagne quand eut lieu par l’ouest des Pyrénées l’invasion des Celtes. Les Celtes, venant du nord-est, n’avaient refoulé de-
1 Strab. 2, 1. 8; 2, 1; 5, 11: — 3, 5, 3.
lu
LA PÉNINSULE IBÉRIQUE
vant eux les Ligures de la Loire qu’assez tardivement, peutêtre vers l’an mille seulement, et des Pyrénées ils dirigèrent leurs pas vers la Calice et la Lusitanie. De l'occident ils se sont ensuite répandus sur les plateaux Castillans, où ils se sont mêlés aux indigènes sous le nom de Celtibères. Au temps de leur entrée en Espagne ils n’avaient point de prêtres, de Druides, et leur religion a toujours été, comme celle des Ibères, d’une extrême simplicité. Ils ne possédaient pas non plus de chars de guerre (p. 248).
Peut-être ont-ils apporté aux Ibères l'art de préparer le beurre, qui estime invention des pays tempérés. Les Ibères connaissaient probablement avant eux la bière (p. 250).
Il est difficile de distinguer dans les récits des anciens ce qui est armes et moeurs ibériennes ou celtes-espagnoles. Le javelot de fer et l’épée d'acier sont ibères; le pelte ou cètre est liby-sémite et ibère. Mais à qui donner le casque et la lance de cuivre-bronze, la cuirasse de lin et les rares cuirasses en cottes de mailles ?
Aux Celtibères appartiennent peut-être « les longs manteaux de toutes couleurs des Ibères occidentaux ', » qui rappellent les plaids écossais; aux Ibères les longs manteaux noirs, qu’avaient d’ailleurs adoptés plusieurs peuples celtibériens; aux Turdélans les vêtements de lin d'une éclatante blancheur et ornés de bandes de pourpre, qui distinguaient à Cannes les Espagnols de l'armée d’Annibal.
Nous ne reviendrons pas sur les dolmens espagnols, dont une partie au moins peut provenir des Celtibères (p. 286). — Ce sont eux sans doute qui ont dressé la pierre branlante du cap Finistère, pour laquelle les habitants ont aujourd'hui encore une grande vénération.
6° Peut-être l’invasion des Celtes a-t-elle détruit les établissements des Sidoniens dans la Biscaie et fermé une des grandes roules de l’étain. Dans ce même temps commence l’empire maritime des Etrusques que nous supposons avoir
1 Athénée 12, 5.