LES TOMBEAUX. LES MÉGALITHES :J
5° L’incinération ayant do plus en pins prévalu (c’est la seule sépulture gauloise dont nous parlent les anciens), l’urne déposée en terre et protégée tout autour par des pierres, aurait succédé au tertre et caractériserait l’âge du fer;
6° L’époque gallo-romaine a vu l'inhumation reprendre le dessus sur la crémation et le cimetière apparaitre avant le christianisme.
Si nous revenons à l'âge du bronze, les Gaules nous offrent des antiquités qui ont une extrême importance par leur nombre, leurs dimensions et leur origine indigène: les pierreslevées et les dolmens.
Les mégalithes, qui constituent l’élément indigène de la civilisation gauloise (p. 21 1), appartiennent bien réellement la plupart à l’âge du bronze, et non à celui de la pierre.
Les dolmens occupent la région comprise entre l’Atlantique à l’ouest, la Garonne au sud, le Rhône et l’Ailier. Du côté du nord ils sont peu nombreux au delà de la Seine.
Il n’y a de menhirs (p. 48) que dans les limites des dolmens, et les pierres-levées d’une moindre grandeur nous paraissent elles-mêmes être rares hors de ces limites.
Nous diviserons, d’après les mégalithes et pendant l’âge du bronze, les Gaules en quatre régions, dont deux au moins sont pour nous des terres inconnues en archéologie :
I" La Gaule mégalithique ou occidentale;
2° La Gaule belgique, au nord de la précédente;
3“ A son sud, la Gaule pyrénéenne.
4° La Gaule orientale comprenant la vallée du Rhône et de la Saône, et les lacs de la Suisse romande et de la Savoie.
Nous parlerons d’abord des bronzes de ces lacs, parce que nous en connaissons déjà la conformité d’alliage et de formes avec ceux de la Haute-Italie (p. 226), et les fonderies situées sur la grande route du commerce de l’ambre et de l’étain (p. 137).
LF.S GAULES
A, Gaule orientait.
Los Tyriens <lu Rhône et de la Ligurie, faisant le commerce de l'ambre et de l'étain. Isis à Arles et dans la. haute vallée de la Loire. Silence de l'archéologie sur les temps primitifs de la foule rhodanienne. Le .Melkarth des Ty riens du Rhône h Mmes, dans les Alpes, à Alesia. — Le Melkarth des Tyriens de la Ligurie en Savoie et dans la Suisse romande. Singulier contraste entre la Suisse romande et la Suisse allemande ; leur histoire primitive; la limite de l'Aar. Les bronzes romands, à l'alliage normal, recuits et martelés à froid; leurs espèces; croissants assyriens. Objets en or. Ornementation sémitique. Commerce avec l'Asie. Poteries. Mégalithes. Religion : le Soleil, la Lune, Mercure; Naria. Elément sémitique dans les patois romands.
Les Tyriens, nous l’avons dit (p. 205), venaient au treizième, au douzième siècle, chercher sur les côtes du golfe du Lion le murex pour leurs fabriques de pourpre, et des Chypriotes exploitaient les mines du Dauphiné.
Ces Sémites abordaient au port où devait se fonder, six siècles plus lard, la grande cité de Marseille. En 18<’>4, en creusant un puits dans cette ville, on a trouvé à 4 mètres 50 centimètres de profondeur un bateau qui se perdait sous les fondements des maisons voisines. La quille a un mètre de largeur et l’on a évalué la longueur à 12 mètres. Le bateau est en bois de cèdre, et il ne peut donc avoir été construit que par le peuple qui demeurait au pied du Liban.
Les Tyriens avaient pour Dieu principal Melkarth, qui était leur Hercule. Ce sont eux, sans doute, qui avaient fondé à l’est de Marseille la ville de Menokka consacrée à Hercule (p. 135).
La côte était à cette date habitée, des Pyrénées à l’Etrurie, par des Ligures. L’ambre arrivait sur les côtes de la Méditerranée occidentale, soit par la route des lacs du Jura et de la Savoie, qui aboutissait à la Ligurie proprement dite ou au golfe de Gènes, soit par celle du Rhône qui était un des Eridans (p. 133 et suiv.) Les Tyriens se seront donc établis à Monaco et aux bouches du Rhône, attirés par l’ambre, qu’arompagnait l’étain, et par ce double établissement ils auront donné aux deux routes ligurienne et rhodanienne
VALLÉE Dl’ RHONE
une telle importance que celle du Pô aura été de moins en moins fréquentée et qu’Adria aura ainsi perdu toute sa gloire.
Les Tyriens pénétrèrent des bouches du Rhône dans l’intérieur des terres, où les mineurs Chypriotes leur avaient frayé le chemin. On ne peut attribuer qu’à des marchands qui adoraient Melkarth, un antique temple d’Hercule, situé au confluent du Rhône et de l’Isère.
A une moindre distance de la mer, dans les ruines romaines d’Arles, une inscription latine offre les deux noms sémitiques de Islilli, lsis de ma colline artificielle, et Isporan, Isis des branches ombreuses. On dirait que des Allophyles avaient dans les temps les plus reculés transporté à l’entrée des Gaules le culte de la grande déesse des Egyptiens. Ce culte avait probablement franchi les monts du Lyonnais, et s’était établi dans la vallée de la Loire-Supérieure où étaient une ville de Icidmagus (Issengeaux) et, dit- on, un temple d’Isis au mont d’Isoure (Loire). Nous retrouverons celte déesse chez les l’étrocoriens et chez les Armoricains.
L’archéologie ne nous vient point en aide par d’heureuses trouvailles de bronzes phéniciens qu’elle aurait faites dans la vallée du Rhône, dans celles de ses affluents alpins, ni dans celle de la Saône. Ces contrées sont jusques à ce jour aussi pauvres en antiquités de l’.1ge du métal qu’en haches polies; en pierres-levées et en tumulus, qu’en grossiers outils de silex et qu’en cavernes à ossements. Mais l’avenir nous réserve peut-être de grandes surprises. Ainsi, au nord des sources de la Saône, en Lorraine, dans la vallée marécageuse de la Seille, est un plateau artificiel, un lell prodigieux, qui mesure dix lieues de longueur et supporte les villes de Vie, Moyenvic, Marsal, Burtheeourt et Dieuze. Ce plateau est formé tout entier de briques cuites au feu, et l'argile en était prise dans les deux flancs de la vallée, où l’on voit encore, prétend-on, les empreintes des mains des enfants et des femmes.
Mais si l’archéologie ne nous dit rien de la présence des Tyriens dans le bassin du Rhône, la légende supplée ce si-
LES GAULES
lence et nous dit expressément qu’un Hercule a été le civilisateur des Gaules *.
Elle ne le faisait point parcourir l’Armorique ou l'Aquitaine, ni visiter la région des dolmens et des menhirs, ni même conquérir Narbonne, dont nous rapportons la gloire au commerce sidonien de l’étain. Cet Hercule était le demidieu de la Gaule rhodanienne. Vers l’ouest il avait fondé Nismes, mais ne l’avait pas dépassée : Nismes, située à égale distance des Alpes et des Pyrénées, et au pied méridional des Cévennes aurifères, dont les habitants portaient le nom tout sémitique de Gabales, montagnards; Nismes, Nemausus, la ville sainte (neimheidh, prononcez némèse) des Celtes, mais où l'on adorait, comme à Aquilée (p. 224), Bélisama, la reine des deux, l'épouse de Belsamen, le dieu solaire des Phéniciens et des Carthaginois.
Puis, portant ses pas vers l’est, Hercule avait ouvert, par les Alpes méridionales, au commerce de l’ambre et de l’étain, une. route si sûre que tout voyageur, barbare ou hellène, y était à l'abri de tout danger. Cette route suivait la vallée de la Durance, passait par Embrun (Ebrodunum) et Briançon (Brigantio) et conduisait aux mines d’or du Piémont (des Taurins), d’Aoste (des Salasses), de Verceil, aux cités étrusques du Pô "et à la fameuse Adria.
Hercule, enfin, s’était avancé vers le nord jusques en une contrée où il réunit une foule immense de Gaulois et d’étrangers (de Ligures) en une cité du nom d’AIesia, qui devint la métropole des Gaules et qui l'était encore vers l’ère chrétienne. Alesia est-elle Alaise en Franche-Comté? Le plus ancien commerce des Tyriens dans les Gaules aurait été dans ce cas celui de l’ambre et aurait passé du bassin du Rhône par la vallée du Doubs dans celle du Rhin (p. 136). Alesia est-elle Alise-Sainte-Reine sur le mont Auxois entre Semur et Montbard, au partage des eaux de la Saône et de la Seine ? Hercule aurait fait choix de cet emplacement parce que de là il demandait pour les Tyriens aux Calèles l’étain de la lointaine Cornouailles (p. 115).
' Diod. 4, 19; 5. 24.
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La tradition ne dit point que l'Hercule rhodanien ait franchi le Jura et qu'il ait séjourné sur les rives des lacs romands et savoisiens. Cependant ces lacs ont vu après l'âge de la pierre se former au devant de leurs rives un si grand nombre de villages et des villages si riches en bronzes, que l’historien s'en étonne et cherche avec curiosité le mot de l’énigme.
Ces bronzes, avec les fonderies que le hasard a fait découvrir jusques à ce jour (p. 137), sont d'autant plus étranges que la Suisse orientale n’en possède qu’une seule, celle de Wulflingen (p. 144), et que les beaux lacs de Zurich et de Constance, qui comptent une foule de stations lacustres de l'âge de la pierre, n'en ont pas une de l'âge du bronze. Il résulte de ces faits que, pendant l'âge de la pierre, la Suisse orientale et la Suisse occidentale étaient habitées par la même race qui travaillait l'os, polissait les haches en silex et lissait le lin : l'industrie, la civilisation, ou, si l'on veut, la sauvagerie étaient les mêmes des deux parts. Puis tout à coup on se sépare; à l’est, l’on poursuit l’ancienne ornière, et de longs siècles s’écoulent sans amener aucun progrès sensible dans la fabrication des outils en pierre ; à l’ouest, au contraire on s’élance dans une voie nouvelle et l’on apprend à faire usage des métaux, à mêler le cuivre et l'étain, à fondre le bronze. La station de Robenhausen (tourbière près de Wetzikon, Zurich) a été trois fois détruite par l’incendie accidentel ou par une tribu ennemie ; trois fois elle a été reconstruite, toujours dans le même style, mais à des niveaux plus élevés, et au temps de sa ruine finale elle ne possédait encore aucun instrument en métal. Tous les villages aquatiques du lac de Zurich ont de même disparu avant l'âge du fer, et pendant celui du bronze ils avaient si peu de relations avec nos lacs romands que c’est à peine si l'on trouve une station du bronze dans le petit lac de Sempach ou quel-, ques objets en bronze dans les tombeaux de la Suisse orientale*. C’est ainsi qu’à quarante lieues de distance la lumière
* On a li'ouvt: doux uniques bronzes dans le lac de Zurich: uneelt et
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LES GAULES
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qui s'élait levée sur les lacs de Neuchâtel et de Bienne, ne dissipait point les ténèbres qui enveloppaient encore ceux de Zurich et de Constance. L’Aar, qui dans les temps les plus anciens coulait au milieu de populations toutes semblables, a marqué, semble-t-il, depuis l'âge de la pierre, la limite entre les terres occidentales du bronze et celles où se maintenait le silex, et plus tard, à dater de l’invasion des Germains, ce même fleuve a séparé de la Suisse allemande la Suisse romande, qui avait reçu l'ineffaçable empreinte de la civilisation méridionale.
L’industrie du bronze dans la Suisse occidentale n'a point été apportée par l'immigration d’une race nouvelle, la race celtique, qui aurait expulsé, détruit, soumis les indigènes, ligures ou autres. Car elle aurait introduit avec la métallurgie d’autres mœurs. Or les flèches sont restées les mêmes ; la poterie n’a fait que se perfectionner ; les constructions lacustres ont continué; surtout les sépultures n'ont point changé, et l’on trouve auprès de corps inhumés et non bru-
un bracelet, à Meilen. — D'après le Sixième rapport de M. Kellpr. que je viens de recevoir, Robenhausen a livré, contre toute attente, six creusets où I on avait fondu du bronze , et qui par leur composition prouvent une certaine expérience de la métallurgie. On dirait que d'habiles ouvriers sont venus s’établir dans celte localité aux derniers moments de l'âge de la pierre, sans y laisser un seul de leurs bronzes. Ils auraient, d'après M. Keller, tiré leur cuivre des montagnes du lac do Wallenstadt où il existe de très-anciennes mines. D'ailleurs les habitants des palafittes de la Suisse orientale , pendant l’Age de la pierre, recevaient du Val-de-Travers (Neuchâtel) de l’asphalte, du marbre blanc du Splugen, de Rheinfeld (Argovie) du grès rouge servant de piprre à aiguiser. — Mæncdorf (lac de Zurich) a aussi donné un creuset sans un seul objet en métal. — Hors des limites de la Suisse, dans le lac d’Uberlingen, qui est le bras nord-est de celui de Constance, on vient de découvrir une hache en cuivre avec quelques objets en fer à Sipplingen ; une autre hache en cuivre à Maurach ; quatre objets en bronze à Bodmann, et une station des trois Ages à Unteruhldingen, à mille pieds ail devant du rivage. Nous dirons donc aujourd'hui que la route de I.andshut vers l’ouest se dirigeait par Heiligenherg (p. 141) vers Unteruhldingen, contournait par Sipplingen et par Bodmann le lac d’Uberlingcn, laissait à sa droite celui de Zell et. traversant le Rhin, se portait vers Wulflingen.