LE PERIGORD
L'âge romand du bronze était passé et avait fait place à celui du fer quand l'influence des Grecs de Marseille commença à se faire sentir en Suisse. Les premières monnaies massaliotes ou gauloises franchirent alors le Jura, et des marchands étrusques semèrent les leurs avec leurs statuettes le long des routes qui traversent les Alpes (p. H 3).
B. La ( laide occidentale ou mégalithique.
1) I je brousse avec l’or et l’argent.
Véaone (Périgueux), centre d’un vaste système de mégalithes, immense atelier d'outils en pierre et foyer méridional de la métallurgie gauloise; étain des Santons; cuivre et or des Aquitains ; influence des Sidoniens de la Biscaie. — Objets en cuivre du Lot cl des Cadurces. — Objets en bronze des jay antières.
Fonderies des côtes nord-ouest, indice d’un commerce sémitique de l'étain. Nom sémitique des nains-forgerons de la Bretagne , Korrig. Mercure Korrig. — Bronzes gaulois, leur alliage, leur âge, leurs espèces, leur similitude aux bronzes des Alpes, leur infériorité à ceux de la Scandinavie.
Objets en or. — Objets en argent; Narbonne et son commerce d'argent avec l'Ebre. — Les Gaulois cisalpins, leurs richesses extraordinaires en métaux et leurs vases d’argent.
Le Périgord, que M. Fournet appelle « le pays classique des anciennes fabrications, » est pour la France occidentale ce que sont les stations lacustres pour la Suisse : la seule contrée où l’on ait jusques à présent trouvé représentés par leurs produits spéciaux les trois âges de la pierre, du cuivre ou bronze, et du fer.
A Ecornebceuf, près de Périgueux, est une quantité vraiment étonnante d’armes et d’instruments qui tous sont en roches de la contrée, sauf une belle hache en jaspe vert*. Voilà un atelier qui représente l’âge de la pierre jusques au temps où le commerce apportait d’Orient des pierres de prix dans le bassin de la Garonne.
Cette même localité abonde en objets de cuivre et en ob-
1 lin seul musée près de Périgueux contient 5025 objets en pierre taillée, dont 3002 sont des haches polies. Tant est riche le Périgord en antiquités du premier âge.
LES GALLES
jets de bronze, confondus les uns avec les autres et manifestement contemporains. Dans leur nombre il en est certainement de très-anciens, mais il en est d’autres de l’ère chrétienne. Ce sont: des ciseaux de cuivre trempé; des tibules représentant des poissons, des oiseaux, des fleurs, des lyres, ou des objets d’une brutale obscénité; des anneaux dont quelques-uns auront servi de monnaies; des monnaies gauloises; des styles à écrire. Ces monnaies, comme toutes celles du Périgord, sont les unes anté-romaines et du genre le plus barbare, les autres post-romaines et plusieurs fort belles. Les premières offrent des têtes qui n’ont plus la figure humaine, des coiffures étranges, des animaux phantastiques, des symboles sémitiques ou libyens; quelques-unes même sont dessinées à la manière des cylindres babyloniens, sans doute à l'imitation des monnaies de Syracuse arrivant par Narbonne dans les vallées de la Dordogne (p. 277). Voilà l’âge du bronze et du cuivre plongeant par scs racines dans celui de la pierre, et poursuivant son œuvre jusques au temps où Rome enseigna aux Gaulois l’art d’écrire.
Enfin, le Périgord abonde en fer géodiquc, dont les quatre amas principaux sont reliés entre eux par des amas de moindre importance, et ces nombreux amas de scories appartiennent. en partie du moins, à l'époque gallo-romaine. Voilà l’âge du fer qui remonte peut-être jusques vers la moitié de celui du bronze, et se prolonge jusques à la fin de l’empire et à l’invasion des barbares.
Cependant à Ecorneboeuî est un obélisque (p. .74), aujourd’hui brisé, qui est le centre d'un système de peulvans semés sur tout le Périgord. Les peulvans, au nombre de plus de cent, les dolmens, au nombre d'au moins quatre-vingts, les cromlechs, les pierres oscillantes sont placées sur des lignes partant du menhir d’Ecornebœuf ou de la tour de Yésone. Une de ces lignes a une longueur de six myriamètres (p. ’>.’>).
Cette tour de Ycsone ^Vésone est le nom ancien de Péri— gueux) formait la relia d’un temple romain probablement dédié <i Isis (p. ;to;t).
M1ÎTALI.I HlilE DES PÉTROCORIENS 313
Dans les environs de Sarlat est un grand nombre de dolmens, et la tradition veut qu'il y eut jadis dans ces lieux un collège de druides. A deux kilomètres de Périgueux, le vallon de Puy-Gauthier est semé de mégalithes de tout genre sur un espace d’un kilomètre carré. Ailleurs sont des alignements et des cercles aussi remarquables par leur forme que par leur étendue (p. 56) *.
Si nous ajoutons que les départements voisins de la Gironde, des Landes et de Lot et Garonne ne comptent pour ainsi dire aucun monument mégalithique, on comprendra l’importance historique du Périgord, d’Ecornebœuf et de ses ateliers.
Pendant l’âge du bronze, les Pétrocoriens ne pouvaient recevoir leur étain que de la Cornouailles par les Santons <p. 114) et leur cuivre que de l’Aquitaine (p.. 93). L’Aquitaine en effet était la seule contrée des Gaules où l’on exploitât des mines de cuivre dans l’antiquité. D’ailleurs la \ raie richesse de cette contrée, c’était l’or du pays des Tarhelles (ou de Tarbes). L’or y gisait à la surface du sol ; on le recueillait sans grande peine dans des fosses peu profondes et il s’offrait en morceaux qui avaient parfois la grosseur du poing \ Ce métal abondait aussi dans le pays des Tectosages1 * * * 5, depuis les Pyrénées aux Cévennes, ainsi que l’auraient indiqué au besoin les trésors déposés dans le grand temple de Toulouse ou enfouis dans les lacs sacrés. Il parait même que les fleuves des Gaules roulaient alors dans leurs eaux une très-grande quantité de sable d’or*. Cependant les Aquitains étaient des Ibères, ainsi que le prouve leur nom de Vascons ou Basques, et, comme les Ibères, ils excellaient, au dire de Jules-César, dans l’art d’exploiter leurs mines de cuivre s. Nous supposons donc qu’ils livraient leur cuivre et leur or à leurs voisins, les Pétrocoriens. Mais qui avait appris à ces derniers l’art de travailler les métaux?
1 Notons que l'xellodunum qui, après la prise d’Alésia, a soutenu les
derniers cITorts de l'indépendance gauloise , est Ussolud sur la Dor-
dogne. — *Stral). 4, 2. 1. — *Strab. 4. 1. 13. — 4 Diod. 5, 27. Ansone au
1° siècle continue le témoignage de Diodore: Aurifrrn in Tnrnnii.
I tosella, v. tfiô. — 5 11. Coll. 3, 21.
LES GAULES
Les Aquitains étaient sans contredit, vers le sud, en relations intimes avec les Sidoniens de Ménosca et d'Amanum, puisque ces Sémites avaient donné le nom tout asiatique d'Atur ou Assur à l’Adour qui arrose le pays des Tarbelles (p. 1 10). Mais ces Phéniciens fabriquaient certainement, eux aussi (p. 229), des bronzes pour les échanger contre l'étain de la Cornouailles. Nous dirons donc que les Pétrocoriens auront reçu de ces Sidoniens, par l’intermédiaire des Aquitains, l’art de fondre le bronze, et qu’à leur tour ils l’auront enseigné à d’autres peuples celtes. La vallée de la Dordogne, où était le centre d’un vaste système de mégalithes et où l’on adorait la déesse orientale Isis, serait ainsi non seulement « la terre classique » de l’industrie gauloise, mais le foyer d’où la métallurgie du bronze phénicien se serait répandue dans la région comprise entre la Garonne, le Rhône et la Loire.
L’âge du bronze dans cette vaste région n’a point encore été l’objet d’une étude spéciale, et cependant cette étude ne serait pas sans intérêt. Aux frontières du Périgord est la vallée du Lot, la patrie des Cadurces célèbres par leurs toiles, et dans cette vallée, qui est couverte de mégalithes, on a trouvé sous les dolmens plusieurs épées et poignards en cuivre. Ce cuivre ne contient-il point quelque peu d’étain ? Ou est-il réellement pur, et prouverait-il que le cuivre de l’Aquitaine aurait été travaillé par les Gaulois avant l’arrivée des Sidoniens en Biscaie? — Dans le département voisin de Tarn et Garonne, par où passait l’une des grandes routes du commerce de l’étain, les jayanlières ont livré des objets en bronze, joints à des haches en silex, à des colliers en coquilles, à des débris du cheval de guerre du défunt; en particulier, un petit disque en bronze fortement mêlé d’étain, qui avait fait partie d’un ceinturon (p. 69).
Nous traversons la Saintonge, le Limousin, le Poitou sans rencontrer une seule fonderie du bronze. A notre droite il en est une dans le Nivernais, que nous laissons de côté. Mais en entrant dans l’Armorique, le Maine et Loire, le Calculez, la Manche, le Morbihan nous en offrent chacun une,