MÉTALLURGIE DES ARMORICAINS
et les Côtes du Nord deux. Puis la Bretagne est tout spécialement riche en celts de bronze. Ajoutons qu’une grande déesse avait à Rennes un temple d’une architecture qu’on dit égyptienne, et que la statue de Quiripili passe pour représenter Isis.
Ces fonderies, qui semblent se multiplier vers les côtes de la mer, attestent l'importance du comnrerce que les Armoricains faisaient avec la Cornouailles. Mais il n’y aurait eu, selon nous, dans ces contrées reculées, ni commerce de l’étain ni fabrication de bronze sans les Sidoniens de la Bis— caie et les Gaditains, et la linguistique vient confirmer notre hypothèse.
En Bretagne, on appelle korr, kornfj, des nains, des sorciers qui habitent les sombres et mystérieux dolmens et font de la fausse monnaie. Oui sont ces korr? Dans la Grèce antique comme dans l’Afrique actuelle (p. 15), forgeron est synonyme de sorcier, et les Scandinaves ont métamorphosé dans leur imagination en des sorciers-nains les forgerons de race finnoise. Ces korr sont donc en quelque sorte les ombres des anciens ouvriers métallurgistes de race celtique, qui formaient comme une espèce de franc-maçonnerie mystérieuse. Si nous prétendions retrouver chez ces korr les fondeurs phéniciens et leurs confréries, on nous accuserait sans doute de pousser à outrance notre sémitisme. Et pourtant KOUR est en hébreu le terme propre pour creuser, exploiter les mines, et pour creuset, fourneau de fonte.
A Lyon, d’après une inscription latine, on adorait Mercure Corig: Mercure, le dieu des arts et du commerce, qui depuis l’arrivée des Phéniciens devenait la grande divinité des Gaules et faisait rentrer dans l’ombre Apollon Belénus ou le soleil; Corig, le dieu phénicien de la métallurgie, le Vulcain gaulois.
L’industrie du bronze s’était répandue sur toute la surface des Gaules. Les bronzes gaulois sont un mélange intentionnel de cuivre et d’étain avec des impuretés naturelles de fer, de plomb et de zinc. L’alliage le plus fréquent est ici encore de 10 à H 0 0 étain. Ainsi les celts du nord de la France, de
LES GALLES
la Somme, de l'Oise, du Maine et Loire, du Calvadoz, du Morbihan donnent en moyenne 87 cuivre, 9 étain, 3 fer. Dix-huit hachettes renfermées dans une chaudière en bronze, étaient à l’alliage de 80,8o cuivre et U, 13 étain. Mais d'autres analyses ont fourni pour l’étain des chiffres beaucoup plus élevés: 19. 20. 21. 2i , tandis qu’une épée de la Seine-Inférieure, épée fort simple, peu ornée, mais d'un beau style, est de 97 cuivre et 3 étain. Ces excès en moins ou en plus n’ont pas lieu de nous surprendre après les phénomènes tout pareils des bronzes romands et des bronzes transapennins (p. 307), et il est en tout cas hors de doute que les bronzes gaulois sont formés de cuivre et d’étain sans plomb ni zinc.
Les bronzes gaulois, ainsi que les cuivres, épars en trèsgrand nombre sur toute la surface de la France, se trouvent, ici dans des tourbières, là en plein champ, ailleurs dans des tombeaux ou sous des mégalithes. L'âge de ces objets est souvent incertain. L>uelques-uns sont mêlés à des antiquités gallo-romaines; mais on peut rapporter à la période du bronze les épées, les celts, les poignards, qu’il n’est point rare de trouver sous des pierres-levées avec des couteaux et des haches en silex.
La France nous offre les mêmes espèces d’objets en bronze qui nous sont déjà familiers par les stations lacustres de la Suisse romande et par celles du lac de Carde. Ce sont: des épées que nous reconnaissons pour phéniciennes à la petitesse de leur poignée, à l’élégance de leur travail et à leur alliage de 10 °/# d'étain; — d’autres épées, du même style, mais plus grossières et dont l’alliage varie beaucoup; — des poignards; des celts avec ou sans ailerons, avec ou sans anneau latéral, qu’on trouve fréquemment par dixaines, par centaines, en un même endroit, sous des arbres ou dans la campagne ; — des bracelets, pleins ou creux, de formes très-variées ; — des fibules; — des aiguilles à coudre; — des rasoirs, qu’on aiguisait au marteau; — des anneaux en fils de laiton, que nous prenons pour des monnaies.
Les bronzes gaulois atteignent aussi peu à l’élégance de