DOLMENS DE L’AGE DU CELT
Mais ce sont les dolmens qui appellent touLspécialement notre attention.
Dans les cavernes du Poitou est une couche superficielle qui est séparée par des stalagmites d’un dépôt inférieur à os de rennes et à silex taillés. Dans cette couche superficielle où le renne ne reparaît plus, sont des haches polies, de magnifiques couteaux en pierre et de grossières poteries noires. Or, d'après MM. Brouillet et Meillet, ces mêmes poteries, ces mêmes couteaux, ces mêmes haches se trouvent dans les dolmens du Poitou. Ils sont donc contemporains de l'âge de la hache polie, et comme on n’a jamais découvert sous eux et autour d'eux le moindre débris d'urus, on doit ajouter qu’ils datent des derniers temps de l’âge du celt ou des temps de transition entre cet âge et celui du bronze.
Dans le Bas-Poitou, des dunes couvrent des villages qui datent des époques les plus reculés du moyen-âge et qui sont eux-mêmes superposés aux substructions et débris gallo-romains; ces débris le sont à leur tour aux dolmens, qui reposent enfin sur le sol naturel *. Ici les âges des cavernes font défaut, et l’histoire commence avec les dolmens. Mais les dolmens, que certains archéologues inclinent à attribuer à une race anonyme plus ancienne que les Celtes, ne sont séparés par rien de l’époque gallo-romaine dans ce précieux chronomètre de l’antiquité gauloise. Ils sont donc les œuvres du seul peuple qui ait habité le Poitou depuis les temps les plus reculés jusques au siècle de la conquête du pays par Jules-César, et ce peuple est celui des Piétons, qui est celtique.
Dans l'ancien golfe des Pictons, que des rivières ont par leurs alluvions transformé en un marais (le marais Vendéen), l’ancien rivage et certains rochers qui jadis étaient des ilôts, présentent des bourrelets d’un soi artificiel qui supposent des palafittes. Ce sol, qui atteint jusques à deux mètres de profondeur, contient dans sa couche inférieure un nombre infini de débris de terre mal cuite, qui ne peut s’expliquer
1 Dr* Litngm-mar. Compte rendu, p. H.
LES GAULES
que par de nombreuses poteries, et qui en tout cas proviennent des plus anciens habitants de ces stations maritimes. Mais qui sont ces habitants ? Sans aucun doute les Pictons des dunes. Car les vases des palafîttes sont entièrement semblables à ceux des dolmens et à ceux des couches supérieures des cavernes*. N’est-il pas évident que les Pictons, qui ont érigé les dolmens du Poitou, ont été les fondateurs de ces villages de potiers, et les derniers habitants des grottes à ossements qui bordent les riches vallées du pays ?
Ces mêmes dolmens du Poitou sont des autels et non des tombeaux. Ils sont bien clos (p. G6); ce sont des chambres en grandes pierres dressées qui servent de supports à une ou deux immenses dalles. Mais ces dalles, orientées avec soin (p. 310), ont la plupart des rigoles, de petits creux symétriques, des bassins peu profonds avec déversoirs. Puis, les supports sont entourés d’un bourrelet de terre ou de pierres qui r.’a jamais recouvert les dalles ou l’autel, et qui parait destiné à en faciliter l'accès aux prêtres. Enfin, les ossements humains qui gisent dans la salle sont toujours épars en un complet désordre et ne forment jamais un squelette complet (p. 09). On a compté jusques à trois couches de ces os, séparées par autant de lits de pierres plates. Ces os sont manifestement ceux de victimes humaines. Ils n’ont pas été brûlés. Auprès d’eux sont des pots en terre grossière et peu cuite, contenant des phalanges des doigts des pieds et des mains ; des silex d’un travail primitif, de jolies pointes de flèches en silex, des poignards en os, des grains de collier en calcaire, et quelques haches polies très-rares. Le dolmen est entouré d’une enceinte de pierres sèches , marquant sans doute la limite du terrain consacré.
Les tumulus, au contraire, contiennent dans la chambre sépulcrale, un ou plusieurs squelettes toujours complets, étendus ou assis, parfois disposés comme tes rayons d’un cercle’. Très de chaque corps est un vase ou une hache.
’ lie Longucmar, Compte rendu, p. 31.
! Ainsi, iluns un îles tumulus d'Antigny (arroud. de Monimorillun, Vienne), le« corps étaient rangés les pieds vers le centre, la tète rayon-