‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 192 sur 254 · DOLMENS DES ACES DES MÉTAUX · texte numérisé non relu

DOLMENS DES ACES DES MÉTAUX

ceux, plus nombreux peut-être qu’on ne le pense, qui ont leurs dalles trop unies sur une de leurs faces, ou la table trop régulièrement carrée, oblongue, circulaire, pour être l’ouvrage de la nature seule ;

les deux dolmens des environs de Rochefort (Saintonge ou pays des Santons), formés l’un et l’autre d’un quartier de roclte dans lequel on a taillé une auge de 75 centimètres de profondeur, et qui est recouvert par une pierre plate ;

plusieurs des pierres branlantes à en juger d’après celles de l’Angleterre; celle de Chez Barrat (Clermont, Puy de Dôme) est entourée d'échancrures « évidemment faites par la main des hommes dans le dessein de la mettre en équilibre » (p. 55).

On possède même plus d’une preuve directe que parmi les dolmens de France il en est, comme les Stonehenge, qui sont postérieurs à l’emploi du fer. Ainsi, dans l’arrondissement de Châteaudnn (Eure et Loir), près de la Planche-de- Beaumont, est un dolmen gigantesque, de forme circulaire, dont la table offre à son pourtour deux petits trous dans chacun desquels est un morceau de fer cassé, et sous le quadruple dolmen de Roscoff (Morlaix, Finistère), une lame en fer oxydée gisait auprès d’une hache de six pouces en bronze.

11 est d’ailleurs incontestable que- les dolmens et les lumulus de France sont singulièrement pauvres en objets en métal On dirait que les Gaulois faisaient un trop grand cas de leurs armes en bronze pour les déposer dans la tombe des leurs, ou que les tumulus étaient élevés plutôt en l’honneur des grands prêtres que des rois et des héros. Mais les haches en pierres orientales, jointes à quelques colliers et bracelets en or, suffisent pour situer ces monuments à l’âge

1 Un fait fort extraordinaire, qui relie Page du bronze à celui des cavernes, c’est la trouvaille faite par M. Lartet dans la grotte de Laugerie (Dordogne) d'un fragment de bronze pareil à ceux qui s'échappent des moules au moment des coulées, et offrant l'alliage normal et phénicien de 85.98 cuivre et 12,04 étain, plus 1,09 plomb et 0,51 zinc d'impuretés naturelles.

LES GAULES

du commerce phénicien et de la métallurgie; ce que confirmeraient au besoin les colliers de verre et d’ambre, qui supposent des relations avec la Baltique et avec l’Orient. On dirait d’ailleurs que la même disparate qui nous avait frappé dans les plaines du Pô (p. 228), se reproduit ici entre ces objets en métal ou*en pierre travaillés avec un soin remarquable, et la poterie qui les accompagne. Cette poterie est pétrie et modelée à la main, n’offre aucune représentation d’êtres organiques, aucun signe emblématique, et n’est ornée cpie de lignes droites et courbes combinées avec des pointillés*.

De même que les dolmens ne datent point tous du même âge, de même aussi ils ne sont pas tous l'œuvre de la même race. Les dolmens-autels des Gaules se relient à ceux de la Nord-Europe; les jayantières, au contraire, qui recouvrent un ou plusieurs squelettes, ont été construits par le même peuple que les dolmens à auge de l’Atlas, que nous avons rapportés aux Phérésiens de Libye ou Gélules.

On a supposé que ces dolmens à auge du Tarn et Garonne provenaient d’une branche de la race celtique, qui auraient franchi la Méditerranée et peuplé l’Atlas. Mais nous ne connaissons aucune tradition favorable à celle hypothèse, tandis que c’est la tradition elle-même qui nous conduit de Libye en Espagne, aux Baléares, en Sardaigne. L'archéologie, de son côté, retrouve au Pilate les pierres T des Baléares et de la Libye (p. 253 et 254. 275. 280).

Mais ces bilithes et ces jayantières ne sont pas les seuls indices de la présence de populations africaines et orientales vers le sud des Gaules. Nous citerons en outre : à Calés (Arles, Bouches du Rhône), les grottes taillées dans le roc à l’exposition du midi, formant cinq et six étages, et offrant la plus complète analogie avec les grottes d’Ipsica en Sicile, qui se relient à leur tour à celles des Troglodytes de l’Afri-

* La même jtotoric se retrouve dans les dolmens de la Grande-Bretagne. ,

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que et de l’Asie (p. 203). Comme la vie dans les cavernes suppose un climat chaud, nous attribuerons pareillement à des tribus apportant du sud vers le nord ce genre de vie: les onze localités de la Haute-Loire où des grottes ont servi d’habitations aux anciens habitants du pays, et les grottes voûtées à branches latérales et à puits, de Soumans (Boussac, Creuse). Enfin, il est impossible de rapporter à la race celtique le Trou-des-Fées d’Aix. On donne ce nom à des salles à ciel ouvert, creusées dans le rocher, unies les unes aux autres par des corridors souterrains, ayant des parois qui surplombent à la manière des silos, recouvertes par de grandes pierres qui en font peut-être un temple sombre et mystérieux, et ne ressemblant d’ailleurs en rien aux monuments religieux des Druides.

Nous supposerons donc que d’Afrique et des îles italiennes et espagnoles sont arrivés sur les côtes des Gaules des tribus appartenant à plusieurs peuples libyens : des Troglodytes n'élevant ni piliers ni dolmens; des Numides dressant des bilithes; des Gélules construisant des dolmens à auges, mais n’érigeant pas de peulvans ; au moins n’y en a-t-il pas dans la patrie des jayantiêres. Ces enfants du sud auront rencontré les enfants du nord-est, les Celtes, vers la région moyenne de cette France où le Nord et le Sud se touchent, se mêlent et s’harmonisent.

L'histoire confirme notre hypothèse en plaçant dans les Gaules deux races distinctes, les Celtes frères des Germains et des Scandinaves, et les Ligures, qu’elle incline à croire libyens.

L’archéologie, de son côté, nous l’avons vu, a découvert dans les cavernes des âges de pierre deux types de crânes bien distincts, dont l’un serait celte et l’autre ligure (p. 297).

Celte même science vient, avec l’aide de la botanique, de constater un fait aussi curieux qu'imprévu. D’après M. Oswald Heer', les habitants des palafittes suisses, dès les

1 Les plantes t les palafittes (pii allpm.). dont M. Relier a donne un «virait dans son Sixième rapport.

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temps les plus anciens, auraient cultivé non point le seigle de l'Europe orientale et des Gaules (p. 226), mais le blé et l'orge, et les variétés d’orge et de blé propres à l'Ualie méridionale et à l’Egypte ; non point le chanvre ni notre lia commun, mais le lin de l’Egypte et des pays du Sud; sans parler du millet du Nil, du pavot figuré sur les monnaies de Smyrne et de Métaponte, et d’une variété éteinte de pois qui nous rappelle les pois libyens (p. 270). Mais ce qui ne peut, semble-t-il, laisser aucun doute sur l’origine méridionale de la population primitive de la Suisse, c’est qu’en venant s’établir au nord des Alpes, elle avait emporté avec ses céréales la Centaurea cyanus dont la Sicile est la patrie, et la Sitene cretica qui aujourd’hui ne croit plus ni en Suisse ni en Allemagne, et qui est au contraire commune dans le bassin de la Méditerranée. Cette race du sud serait celle des Ligures, et comme, au temps d’Hérodote, des Ligures habitaient au dessus, au nord de Marseille (p. 142), nous pourrions supposer qu’au cinquième siècle les indigènes de la Suisse n’avaient point encore été remplacés par des Celtes, par les Helvéliens, ou du moins que la nouvelle de cette révolution n’était lias arrivée jusques en Grèce. Eu substituant au cinquième siècle le septième ou le huitième, nous mettrions d’accord l'histoire avec l’archéologie qui fait arriver l’épeautre et l'avoine (sans le seigle) et la fève celtique sur les bords de nos lacs vers les derniers temps de l’âge du bronze.

Les Ligures saus dolmens auraient donc occupé la côte, de l’Arno aux Pyrénées, le Piémont et peut-être, sous le nom de Libues et de Sicanes, tout le bassin du Pô ; les Alpes françaises avec leur vallée du Rhône, et tout le plateau suisse Les Ligures à jayanlières se seraient fixés dans les plaines de la Garonne ; mais, jusques où s’étendent vers le centre et l’ouest des Gaules leurs dolmens à auges? c’est ce que nous n'avons pu découvrir dans les travaux des savants archéologues qui se sont spécialement occupés des mégalithes.

Les dolmens à auges ou sans auges, autels, temples, tombeaux, supposent, semble-t-il, un certain degré de civilisa—

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lion; car, dans les limites même de la Ga île mégalithique, ils font défaut dans les Cévennes où vivaient de rudes montagnards, tandis qu’ils abondent dans les plaines et les vallées les plus fertiles.

Ils sont distribués sur deux zones très-distinctes: celle des vallées de l’intérieur et celle des côtes de l’Atlantique.

a) La première de ces zones a son foyer dans la vallée du Lot, où l’on ne compte pas moins de cinq cents dolmens. Décrivant un vaste hémisphère, elle s’étend à l’est par les vallées de l'Aveyron (125 dolmens), du Tarn et du Gard, jusques à l’Ardèche (153 dolmens), vers le nord par les vallées de la Dordogne (1 00 dolmens), de la Charente, de la Sévre mortaise, de la Vienne (92 dolmens), de la Creuse et de l’Indre, jusques à celles de la Sarthe, du Loir, de l’Eure et do l’Orne.

Ces dolmens des vallées sont rangés comme sur les rayons d’un cercle dont les Cévennes seraient le centre , et sont très-rares sur les rives de la Garonne, peu nombreux même sur celles de la Loire. Ils ont donc été construits par des peuplades qui à leurs origines vivaient isolées ,' chacune le long de sa rivière , et ne faisaient aucun commerce ni entre elles, ni par les grands fleuves avec les étrangers. Le mode de distribution de ces dolmens confirmerait ainsi ce que nous avions déduit de leurs outils en silex et de leurs poteries : ce genre d’autels est antérieur à l’âge du bronze et à l’arrivée des Phéniciens dans les Gaules.

Mais ces peuplades des vallées ont pu avec le temps prendre part au commerce des métaux et ne point renoncer à construire des dolmens. Il est certainement des dolmens qui sont en rapport avec les longues allées des piliers- fanaux (p. 312) et des durons (p. 53). Nous croyons* que ces allées ne suivent pas les vallées, mais les croisent, qu’elles les re-

' Los mégalithes du Poitou sont groupes sur les bords de l’Océan et le long des cours d'eau, d'après MM. Baudry et de Longuemar. D'autres archéologues disent au contraire que les mégalithes du centre de la France sont la plupart comme égarés sur des plateaux arides et dans des forêts. La question mérite examen.

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lient les unes aux autres par dessus les collines et les plateaux qui les séparent, et qu’elles marquent les routes du commerce du bronze.

b) La zone maritime a son centre dans la Bretagne, dont les trois départements péninsulaires comptent aujourd'hui encore plus de huit cents dolmens et tumulus, et elle s’étend au nord-ouest jusques à l’Orne, au sud jusques à la Gironde.

Les deux zones des dolmens de la côte et de ceux des vallées semblent se confondre dans la Saintonge et la Vendée. Mais elles sont fort distinctes au nord de la Loire, où un vrai désert les sépare. Entre les huit çents monuments de la Bretagne et les soixante-dix dolmens de la Sarthe, du Loir et de l'Eure, les deux départements de la Mayenne et de l’Ile-et- Vilaine n’en comptent que six.

Les dolmens de la zone maritime , ainsi que les menhirs qui les accompagnent, sont situés non pas sur les hauteurs qui de loin dominent le rivage, mais sur la côte elle-même, sur les pointes et les promontoires, sur les îles.

Il nous parait que les monuments de la zone maritime se distinguent de ceux des vallées par leur multitude, par leurs grandes dimensions, par la richesse et la beauté des objets qu’ils recèlent, par leurs sculptures et par les formes variées de leurs associations.

Une partie sans doute de ces mégalithes, de ces tumulus, de ces dolmens, peut provenir de peuples que les ressources alimentaires de la mer auraient attirés et fixés sur les côtes à la même époque où leurs frères cultivaient les vallées de l’intérieur, et où nul commerce ne faisait encore circuler la vie dans les Gaules. Mais les ichthyophages sont d’ordinaire les plus pauvres, les plus misérables, les plus sauvages de tous les hommes, et le commerce maritime seul peut expliquer les magnifiques mégalithes des rives armoricaines de l’Atlantique.

Le commerce le plus ancien qui se soit fait le long de ces côtes, ne peut être pour nous que celui des Sémites de la Biscaie avec les pays de l’étain et do l'ambre. Les dolmens de la zone maritime seraient donc en majeure partie poslé-

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