ORIGINES DE LA CIVILISATION
rieurs au treizième siècle, où les Phénic ens se sont pour la première fois hasardés sur les flots de I Atlantique (p. 127).
Essayons de reconstruire avec l’archéologie et l’histoire les origines et le développement de la civilisation sur les côtes océaniques des Gaules.
3) Histoire de la civilisation et de la religion.
Les Osismiens; monument de Toulinguet ; légende d'is. Les Vénètes; vaisseaux ; monnaies; pierres précieuses des Alpes et d'Asie; industrie; innombrables et magnifiques mégalithes, à dessins étranges, à inscriptions ; Carnac. Les Namnètcs. Les Pictpns. Les Santons.
Heligion primitive des Gaulois. Elément sémitique. Le soleil, bélier, lion, et la lune, Isis; principes mâle et femelle. Génies. Typhon. Sacrifices humains. — Culte mystérieux dans les ténèbres. — Statuette à capuchon.
Druidisme sans monuments.
Nos Phéniciens de la Biscaie, en allant chercher dans le nord l’étain et l’ambre, passaient et repassaient sur leurs hauts vaisseaux le long des rives gauloises. Les indigènes étaient des japhétites, des aryas, qui avaient emporté d’Asie tous les germes de la civilisation. Leur génie, qui était endormi , s’éveilla à la vue des navires étrangers qui s’arrêtaient dans leurs ports1. Ces enfants qui étaient appelés à devenir des géants, brisèrent leurs langes; ils s’élancèrent sur la grande mer à la suite des étrangers, leurs canots devinrent des bâtiments à hauts bords, et les ichthyopages se transformèrent en une race commerçante, riche et puissante.
Cette métamorphose s’opéra premièrement chez les Osismiens, qui habitaient l’extrémité de l’Armorique et possédaient d’excellents ports. Ils allèrent aux îles Cassitérides prendre l’étain qu’ils livraient aux Phéniciens de la Biscaie.
1 M. H. Martin, dans son Histoire de France, dit pareillement (t. 1, p. 9) que « le génie des Gaulois fut éveillé par les Phéniciens, ces grands propagateurs de la civilisation matérielle dans le monde ancien, ces navigateurs infatigables qui les premiers enseignèrent les échanges pacifiques du négoce aux naturels habitués à ne se rencontrer que pour se combattre. ♦
LES GAULES
Parmi les innombrables mégalithes du pays des Osismiens ou du Finistère, il y aurait un partage à faire entre ceux qui remontent aux siècles reculés où florissait ce peuple de navigateurs, et ceux de l’âge du fer tels que le dolmen de Roscoll. Nous rangerons parmi les premiers le monument de Toulinguet, qui est le plus remarquable de la Bretagne après celui de Carnac. La haute antiquité en résulte de la nature des blocs dont il se compose : ce ne sont pas des piliers (p 320), mais des rochers informes de 10 à 15 pieds de hase sur autant de hauteur. Ils sont d’ailleurs très-inégaux ; le plus grand pèse 200,000 livres. Vers la côte, sur un terrain uni et aride, incliné au sud par une pente douce, sont 00 ou 61 blocs placés à la file, dans la direction est et ouest, à des distances égales sur 1 800 pieds de longueur. Sur cette ligne principale tombent perpendiculairement, séparées l’une de l'autre par une distance d’environ 900 pieds, deux autres lignes composées chacune de 1 2 masses pareilles aux précédentes, et courant droit au nord. Les chiffres des distances et ceux des blocs qui sont les multiples les uns des autres, ont certainement une valeur symbolique, et supposent, avec l’orientation du monument, une civilisation assez avancée.
Nous rapportons pareillement aux Osismiens un mythe diluvien ' qui aura été enté sur la vague tradition de leur antique puissance : le mythe de la cité d’Is, qui était située dans la baie actuelle de Douarnénez et qui fut subitement engloutie à cause de la corruption de ses habitants.
Lorsque la route sidonienne de l’Ebre se fut fermée et que s’ouvrit celle de la Garonne, les Vénùtes du Morbihan, plus voisins de la Gironde, auront attiré à eux tout le commerce de l'Armorique, et les Osismiens seront rentrés dans l’ombre. L'histoire ne connaît la thalassocratie des Vénètes qu’au jour de leur ruine. Jules-César, qui leur a porté le coup mortel, nous parle de leur flotte nombreuse qui faisait le commerce avec la Bretagne, des droits qu’ils prélevaient
' Peuple primitif, I. 2. |>. 530.
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sur ceux qui naviguaient dans ces parages, et de leurs lourds vaisseaux qui avaient la poupe et la proue très-élevées, la carène presque plate (p. 262), des voiles de peaux, les bancs attachés par des doux en fer, et des câbles de fer pour les ancres
Le seul témoignage que nous pourrions invoquer en faveur de l’immense extension du commerce des Vénètes, ce sont leurs médailles au type de l’androcéphale, qu’on trouve éparses non seulement dans les Gaules, mais en Thuringe et en Hongrie.
Dans les tombeaux des Vénètes comme dans ceux des Pictons (p. 323) sont des haches et des colliers en turquoises, en callaïs’, en jade de l’Asie centrale et de l’Inde, et en jaspe des Alpes. Indices d’un double commerce par la Loire avec l’Europe centrale, et par Narbonne ou parGadés avec l’Orient.
Les Vénètes travaillaient la pierre avec une rare perfection. La butte de saint Michel, près de C.arnac, contenait entre autres onze celts en jade d’une admirable pureté de forme et vingt-six très-petits celts en trémolithe. Non loin de Vannes, dans la presqu’île de Rbuys, un immense tumulus, sépulture d’un grand-prêtre, a livré à ceux qui l’ont ouvert (outre des colliers et des bracelets en jaspe, en agathe, en cristal, qui étaient autant d’ornements sacerdotaux), une trentaine de celts en jade ou trémolithe, dont l’un ne pèse pas moins de deux kilogrammes et demi : c’est la hache en pierre la plus considérable connue. Les fouilles toutes récentes de la Montagne de la Fée, près de Locmariaker, ont donné quatre-vingt-trois celts en trémolithe, treize
’ II. gall. 3, 8-14. Strab. 4, 4. 1. Nous rappellerons ici qu'au temps d Annihal les Gaulois du Rhône passaient le fleuve sur de simples raonoxyles, et qu'au temps de Jules César les Helvétiens traversèrent la Saône sur des radeaux et dos barques (Jules César, II. gall. 1, 12). Oii pourrait aisément supposer quelques milliers d'années entre ces bar ques de sauvages et les hauts vaisseaux des Vénètes.
* Voyez sur la ralla’is d'un tombeau du Morbihan les Watériaur de M. de Morlillet. p. 207.
LES GALLES
en jade, dont un, « parfaitement conservé, accuse par l’exquise élégance de ses formes un art véritablement avancé, » et neuf magnifiques pendeloques en jaspe, dont quelquesunes sont grosses comme des œufs.
Nous jugeons de la prospérité des Vénétes comme de celle des Osismiens par le nombre immense et la variété de leurs mégalithes. Le Morbihan et le Finistère se distinguent à cel égard de toutes les autres contrées de la France. Le commerce des Sémites explique par ses conséquences historiques l'archéologie gauloise.
Déjà même les Vénétes commentaient à sculpter leurs mégalithes. Le menhir de Kerloaz (Finistère) a sur ses deux faces une bosse ronde taillée de main d’homme (p. 54). Dans le dolmen de Locmariaker, sur la partie inférieure de la table, sont des trous ronds et symétriquement placés, de 45 millimètres de diamètre, au nombre symbolique de sept. Les Pierres Flattes, allée couverte de soixante-trois pieds de longueur, offrent sur cinq pierres sculptées des chevrons (qu’on a pris à tort pour un rameau de fougère), la faucille à long manche, le cercle, le croissant et autres symboles orientaux. Ces symboles ont ici pour nous une très-grande importance, parce qu’ils sont très-fréquents sur les monnaies gauloises, et qu’ils relient ainsi solidement les Gaulois des temps historiques aux peuples qui construisaient les dolmens. D’autres sculptures sont au contraire si étranges, si inouies, qu'on serait tenté de les attribuer à quelque race inconnue et anonyme. Mais elles n’en sont pas moins vénètes et celtiques. Près de Dariorigum (aujourd’hui Vannes), capitale des Vénétes, est l’île de Gavrinniz avec son fameux tumulus de pierres entassées, qui a une forme elliptique, trente pieds d’élévation, trois cent quatre-vingt-dix de pourtour à sa base, et qui cache une allée de quarante-sept pieds de longueur, sans aucun débris d'ossements humains, d’armes ou d’ustensiles. Les dalles en granit des parois sont couvertes de sculptures en relief bien saillantes, malgré la dureté de la pierre. Ce sont, avec quelques celts et trois serpents, des lignes flexueuses et parallèles, concentriques ou
CIVILISATION DES VËNÊTES
paraboliques, décrivant des chevrons, des entrelacs, des ellipses, des demi-cercles, des coins, des encadrements, des rangées de zigzags. Un dolmen tout récemment fouillé dans les landes de la ferme de Rô (Morbihan), a offert pareillement des lignes indéfinissables, ressemblant tantôt à un immense serpent s’enroulant sur lui-même, tantôt à des coins s’enfonçant les uns dans les autres. Ce dolmen est d’ailleurs bien celtique par sa rigole qui conduisait le sang dans des vases sacrés, et par l’empreinte des anneaux destinés à retenir les victimes. A Tumiac, des lignes droites et courbes, gravées sur les parois de la chambre du tumulus, ne ressemblent à rien, pas même à celles de Gavrinniz; mais avec ces lignes est figuré un collier à double rang, qui est manifestement celtique. Sur le dolmen de Crach (entre Carnac et Auray) sont tracées la figure d’une hache, et une série de crochets qu’on serait tenté de prendre pour des chiffres ou des lettres.
Les dessins de Gavrinniz et de Rô, que nous retrouverons dans un cairn d'Irlande, soulèvent de graves questions archéologiques. Ils ne se voient pas sur les médailles gauloises; mais aussi sont-elles peut-être de sept siècles postérieures à ces monuments. Comme les ruines liby-sémitiques de Malte présentent quelques ébauches de ces dessins(p. 209), ce genre de sculpture pourrait bien être d'origine orientale comme l’est incontestablement le style babylonien des monnaies gauloises. Cependant les lignes entrelacées des pierres runiques ont assez d’analogies avec celles du Morbihan et de l’Irlande pour qu’il soit permis de se demander si les Celtes n’ont point été, en ce point comme en plusieurs autres, les maitres des Scandinaves. En nous livrant entièrement à l’esprit d’hypothèses, nous dirions même que la sculpture des Mexicains, avec ses méandres inextricables et ses serpents entrelacés, est sœur de celle des Scandinaves et des Celtes; qu’elle a, elle aussi, pour berceau la région libysémitique de Malte, et qu'elle a été transportée par delà l’Atlantique, avec le bronze sémitique, par les sept tribus de Quelzaleoatl, de la race des Chivim (p. 253).
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Non seulement les Vénèles s’essayaient à sculpter le granit: mais déjà ils y traçaient des inscriptions. On connaissait depuis longtemps celle du dolmen de Locmariaker, qu'on appelle la Table de César. Tout récemment, en fouillant la Montagne de la Fée, on en a découvert une, très-nettement gravée, sur une longue pierre assez régulièrement taillée. Les caractères en sont aussi inconnus que ceux de la précédente. Ce peuple de hardis commerçants, tout en apprenant des Phéniciens l’art de décomposer les mots en leurs sons constitutifs et de représenter chaque son par un signe, aurait inventé de toutes pièces un alphabet à son usage.
Près d’Avranches sont le village de Vains ou des Vénétes et le port de Genets (l’ancien Ingena). Dans l’église de Genêts est une longue inscription en un alphabet dont les lettres semblent les unes sémitiques de la forme la plus ancienne, les autres grecques.
Il existe ailleurs en Bretagne quelques autres inscriptions plus courtes et moins importantes.
Pendant les siècles de sa thalassocratie, les Vénétes auront érigé un nombre immense de dolmens, de tumulus et de pierres-levées. Ainsi de l’île de Gavrinnis la vue embrasse une côte couverte de monuments sur trois lieues de longueur et une lieue de profondeur. Quelques menhirs ont des dimensions gigantesques : celui de Crach a vingt mètres de hauteur. A Locmariaker, au milieu d’une prodigieuse quantité d’autels, il en est un fusiforme, qui gît par terre, brisé en quatre fragments mesurant vingt trois mètres et pesant cinq cent mille livres. Que de bras! que de temps I que de fatigues, de réflexions, d’habileté pour ériger un tel colosse!
Les Vénétes développèrent en plein un genre de monuments dont nous placerons le berceau à Excideuil dans le Périgord (p. 56 et 313). Carnac, dans son état primitif, était une armée de pierres symboliques, de dieux-piliers, rangés au nombre de onze mille sur onze lignes parallèles et sur plus de trois lieues de longueur. Ces piliers, qui ont la plupart la pointe en bas, mesurent de quatre à vingt-deux pieds d'élévation. Ils sont entremêlés de tumulus et de dol-
NAM N Anes. i’ICTONS
mens-autels et se terminent par un demi-cercle de pierres. Les Vénètes adoraient sans doute dans ces pierres-fiches les innombrables génies qui protégeaient leurs vaisseaux dans les tempêtes, leurs armées sur les champs de bataille. Aujourd'hui leurs descendants vont de nuit oindre ces colonnes d'huile et les couronner de fleurs. Nous ne pouvons que donner le même sens religieux aux alignements de PIouhinoc (ù l’ouest de Carnac) et aux deux mille pierres-piliers de douze à trente pieds de haut, qui couvrent, sans être alignées, une surface de demi-lieue carrée sur la lande du haut Brambien (à 8 lieues de Vannes).
Voisins des Vénètes, les Namnétes avaient participé à leur civilisation. C'étaient leurs femmes qui étaient prophétesses et magiciennes sur une petite île à l’embouchure de la Loire ; c’était dans leur territoire qu’avait été fondée la grande cité de Corbilo. Toutefois leur patrie , comparée à celle des Vénètes et des Osismiens, est pauvre en mégalithes *.
I.a zone maritime de la Vendée a certainement été le théâtre d’un grand commerce et d’une civilisation pareille à celle des Vénètes. Les ports inconnus de la côte où (d’après M. de Longuemar) convergeaient les routes romaines (p. 125), avaient sans doute été déjà ceux des Pictons. Sur les 190 mégalithes du Bas-Poitou, 134 sont compris dans le seul arrondissement des Sables d’Olonne. L’alignement d’Avrillé (p. 56) est une double rangée de piliers, dégrossis au marteau, prismatiques, pyramidaux, coniques, hauts de trois à sept mètres, bordant un chemin qui commence et finit on ne sait où. — Le temple-dolmen de la Frébouchère est couvert par une table unique, longue de 8,66 mètres, large de 5,33,
* Les peuples voisins (le la Bretagne actuelle savaient d'ailleurs comme les Vénètes sculpter leurs mégalithes. Ainsi, dans un tumulus de Bougon (Vielle, Deux-Sèvres), sur une pierre verticale de la chambre funéraire, sont tracées des lignes confuses , représentant peut-être une ligure allégorique. Sur les côtés du très-haut menhir de la Bernardi're (Mamers, Sarthe), vers son sommet, se voient deux empreintes, l'une d'un pied de bœuf, l'autre d'un mulet. A Gennes (Saumur, Maine et Loire), plusieurs figures sont gravées en relief ou en creux sur deux pierres sépulcrales, entre autres l'asc in et l'équerre.
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épaisse de 66 centimètres et pesant 75,000 kilogrammes ! — Ces deux monuments et d’autres pareils sont en blocs de granit qui ont dû être transportés de fort loin.
Vers le sud, la zûne maritime finit à la Gironde, parce que la Gironde était l'extrême limite du commerce vénète de l'étain. Là vivaient les Santons (p. 114), dont le pays est celui des durons, bordant les routes consacrées à Mercure (p. 55). Ce peuple avait pour voisins les Pélrocoriens, qui nous sont bien connus par leurs ateliers et par leurs mégalithes (p. 31 1).
Il nous reste, avant de quitter la Gaule mégalithique et l’âge du bronze, à indiquer, si possible, les rapports existant entre les dolmens-autels, les menhirs, les alignements, d’une part, et la religion druidique, d’autre part. Dans une question aussi obscure, nous appellerons à notre aide certains monuments religieux de l’époque gallo-romaine, qui témoignent à notre sens des plus anciennes croyances des Armoricains et des Gaulois.
D’après la loi du développement des peuples, les Druides, formant une classe sacerdotale, ne peuvent remonter aux origines de la race gauloise, et doivent nécessairement être postérieurs à l’époque patriarcale pendant laquelle il n’existe- encore ni société constituée, ni Etat, ni culte public. Le druidisme ne date donc pas de l'âge de la pierre, que personne ne fera contemporain de la fleur de la civilisation gauloise. Puis, comme cette religion a pris naissance en Britannie (p. 246), elle peut n’avoir passé dans les Gaules qu'assez longtemps après sa naissance. Nous savons, enfin, qu'elle n’était point encore devenue celle de tons les peuples gaulois lors de l’émigration d’une partie des Celtes dans la péninsule Ibérique (p. 290). Cependant les Celles avant le druidisme adoraient déjà des dieux, et les mégalithes sont les monuments de leur culte primitif.
Ce culte était formé de deux éléments différents : l’un indigène ou celtique, l'autre oriental ou phénicien.
La présence de l'élément sémitique a été déjà constatée ici par les Aymt avec leur Mercure Corig(p. 313), parBélisama