‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 200 sur 254 · MONNAIES · texte numérisé non relu

MONNAIES

perdant de leur importance et en se modifiant. Ainsi le veut la loi générale du développement des nations (p. 44), sur laquelle nous insistons ici pour dissiper plus d’un malentendu.

M. Cochet a découvert dans la Seine-Inférieure au Bail- Iolet, «avec des vases romains, des haches en silex à peine dégrossies. L'âge de pierre a donc dans les Gaules prolongé son existence jusques à l’invasion des Germains. Il l’a même dépassée; car des sépultures frankes et bourgondes renferment de ces haches, qui n'étaient point d’antiques et vénérables amulettes, mais de vraies armes de guerre. Des hachettes en silex sont encore mentionnées dans la vie de saint Eloi *.

Des épées en cuivre reposaient dans le lit de la Meuse avec des monnaies gauloises, et toute monnaie celtique est de beaucoup postérieure à l’an 600.

Enfin, non seulement des colliers, des bracelets, dos fibules en bronze accompagnent partout les fibules, les épées, les poignards, les javelots, les haches, les agrafes de ceinturon en fer; mais aux monnaies romaines du troisième et du quatrième siècle après Jésus- Christ sont encore mêlés des épées et même des celts en bronze dans le nord et l’ouest de la France.

L’influence des Sémites sur les Gaulois a été sans doute remplacée pendant le troisième âge par celle des Grecs de Marseille, à laquelle s’associa plus tard celle des Romains. Mais elle ne cessa point brusquement, et il nous est possible de la suivre par delà l’an — ^ 600.

Elle n’est nulle part plus sensible que dans le domaine de la numismatique. Un grand nombre des monnaies gauloises présente ce dessin par points , par petits ronds , qui est le

1 Ziska (mort 1424), le fameux chef des Hussites, faisait encore usage dans les combats de pierres rondes percées d'un trou et attachées à une corde, qu'il lançait à la tête de scs ennemis. Eckard, p. 79, ajoute que des pierres toutes semblables se trouvent dans les antiques tombeaux du Holstein.

LES GAULES

trait distinctif des cylindres babyloniens, et qui ne peut avoir pénétré dans l'antique France que par le commerce phénicien. Nous avons indiqué Syracuse comme élape intermédiaire entre Tyr et Narbonne (p. 312). Mais il est difficile d’expliquer comment les plus anciennes monnaies de cette cité grecque avaient encore cours dans les Gaules vers l'an — 2üü, date la plus reculée qu’on assigne aux monnaies celtiques, et comment elles y étaient estimées si haut que plusieurs peuples se complaisaient à les imiter. Si ce dessin se retrouvait sur les monnaies de Gadés, tout s’éclaircirait à l’instant. Au moins n'est-ce que par le commerce des Gaditains que nous pouvons rendre compte de la présence des emblèmes orientaux du croissant, de la roue solaire, du triangle, etc., sur les monnaies de la Gaule occidentale et océanique.

Nous rappellerons que la forme annulaire de la monnaie était encore usitée chez les Helvéliens de l’âge du fer comme chez les Britons. D’autres anneaux monétaires sont de plomb ou de potin (p. 243, 307, 316).

Les monnaies gauloises présentent plusieurs emblèmes indigènes et druidiques : le gui, le cheval cornu, les animaux monstrueux, le pentagone. Mais le plus important de tous pour nos ultérieures recherches est le sanglier.

Nous noterons en outre que les monnaies gauloises en cuivre, bronze, potin, passent pour être postérieures à l’an — 160 et pour être une imitation du monnayage italiote. 11 n’en est aucune de cette nation qui soit plus récente que le régne de Tibère. C’est Tibère qui a interdit le culte druidique.

Les Hellènes de Marseille ont eux-mêmes subi l'influence

1 Les monnaies prouvent chez les Gaulois un esprit plutôt capricieux qu'inventif dans les formes qu'ils donnent à leurs produits. Non seulement elles sont rondes, carrées, radiées, concaves, sphériques, plates, épaisses, minces; mais elles sont de cuivre et étain, de cuivre seul, de cuivre et plomb, d'argent, d’or, d'or, argent et cuivre. Avec toute cette variété do composition et do formes, elles ne trahissent pas ce gortl lin et délicat qui aspire à l'idéal, ni cette persévérance qui fait arrivera un certain degré de perfection.

MARSEILLE SÉMITISANT

des Sémites qui les avaient devancés. La civilisation dont ils avaient déposé le germe fécond à l’extrême limite des Gaules, était incontestablement bien supérieure à celle, toute matérielle, mercantile et industrielle, des Cananéens. Membres vivants d’un Etat libre et républicain, ces Japhétites savaient unir à la poursuite des richesses l’amour du beau, du vrai, du bon, et ils devaient initier les Gaulois aux nobles jouissances des lettres et des sciences. Mais ils avaient néanmoins placé sous la protection des dieux des Sémites leur cité naissante, qui était destinée à devenir l'Adria et la Gadés de la race hellénique. A leur arrivée ils avaient trouvé l’emplacement de leur future demeure visité déjà et occupé par des marchands phéniciens (p. 302). Ces barbares adoraient Baal ou le soleil, et Astarté ou la lune : les Hellènes érigèrent dans leur citadelle des temples à ces deux mêmes divinités sous leurs formes grecques d'Apollon et de Diane. Cette même Diane, qui était celle d’Ephése, eut un second temple sur une des îles du delta du Rhône, et Astarté métamorphosée en la lille de Latone régna des Alpes au Tader sur toutes les villes maritimes fondées par Zacynthe, Rhodes et l’hocée (p. 292). Les Massaliotes imitèrent aussi les Phéniciens en bordant de tours-signaux* les côtes basses et dangereuses de leur delta (p. 262). Une inscription phénicienne, récemment découverte, a d’ailleurs révélé l'existence à Marseille d’une colonie carthaginoise ayant ses prêtres et son culte.

Plus de deux siècles s’écoulèrent en luttes continuelles Avec les indigènes. C’est sans doute pendant cette période que Marseille fonda, autant pour sa sûreté ’ que pour l’extension de son commerce (p. 292): vers l’ouest, Agathe contre les Ibères; vers l’est, Olbia, Antipolis, IS'ieæa contre les Salyens et les Ligures. Son influence sur les Gaulois ne peut dater que de l’an — 388, où se termine 1ère des combats et commence celle de la paix et de la bonne amitié. Toutefois

1 Strali. 4. 1.8.

* Slrali. 4. 1. 5.

LES GAULES

le commerce avec l’ intérieur des Gaules et le nord de l’Europe restait aux mains des indigènes, puisque nul Grec avant Pythéas n’avait visité la patrie de l’étain ni celle de l’ambre, et ce n’est qu’au premier siècle avant notre ère que les marchands grecs, en se répandant dans la Gaule, implantèrent les mœurs de leur race chez les peuples celtiques, auxquels ils procuraient ainsi l’abondance et les jouissances du luxe*. Mais ici encore nous pouvons discerner l’influence des Sémites sur les Massaliotes et les Gaulois, et constater que le commerce des Phocéens a suivi les antiques routes que les Phéniciens s’étaient frayées vers les pays de l’ambre et de l’étain. La plus importante de ces routes était celle du Rhin et du Rhône (p. 1 16 et 136). Or le pied des Massaliotes était de 300 millimètres; à l’autre extrémité de celle voie, aux embouchures du Rhin et de l’Escaut, où régnait la déesse Néhalennia, est aujourd’hui, dans Pile de Walcheren, Middelbourg, dont le pied mesure 300 millimètres, et entre Middelbourg et Marseille sont Mayence, Bâle et Neuchâtel, dont les pieds sont de 301 , de 299 et de 300 millimètres’. Ne suiton pas comme à l’œil l’extension du commerce massaliole depuis la vallée du Rhône jusques à la mer du Nord, et quelle n’a pas été l’importance de ce commerce pour qu’après deux mille ans le système métrique en usage chez les Phocéens se soit conservé jusques à nos temps sur toute la roule ?

Sur la route de la Seine, les monnaies des Calètes indiquent fort bien par leurs emblèmes sémitiques et par leurs lettres grecques (p. 1 13) la double influence qui s’exercait sur les Gaulois pendant leur âge du fer. il est fort probable que celle de Marseille prédominait dans la Gaule orientale et celle de Cadix dans la Gaule occidentale. Jules -César avait trouvé l'alphabet grec chez les Helvéliens: il ne l'aurait cer lainement pas rencontré chez les Vénètes.

1 Scymnus, ci César. Uctl. gall. 6. 24.

’ Saigey. Traité de Métrologie, 1834. — Le pied de Zurich est de 301. celui de Nuremberg de 303, celui de Varsovie de 207,8 millimètres.

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