ARABESQUES. ÉMAUX
ques de fer fixées sur le cuir; puis, pour les chevaux, des étrilles et des mors; pour les chars, des cercles de roues (retrouvés à la Ticfenau). Le fer d'ailleurs n'était point le seul métal qui servit à l’art cruel des combats : les casques étaient de bronze, et sans doute aussi les cors et les trompettes, dont les Gaulois possédaient un nombre immense
Les Bituriges Cubi, le peuple des mines et des forges de fer, avaient inventé l’étamage du cuivre ; les habitants d’Alésia, la métropole mercantile des Gaules, l’étamage de l’argent ; les Ædues, le placage ’.
Sur les fourreaux en fer des épées de la Tène apparaît pour la première fois l'arabesque qui transforme en lignes fantastique les animaux fabuleux des monnaies. Le goût des Gaulois pour ce genre de dessin s’était montré à nous déjà sur les parois des dolmens des Vénétes (p. 334). Il aura grandi et se sera épuré au contact de l’art romain et de l’art étrusque, et l’entrelacs, les monstres, les animaux s’entredévorant, qui ornent les plus anciennes églises des Gaules, auront passé de ce pays chez les Anglo-Saxons (d’après leurs monnaies) et chez les Scandinaves.
C’est à l’art étrusque (p. 232) que nous rapportons les petites figures d’hommes imprimées par le bossclage sur les minces lames de bronze qui recouvraient des ceinturons, et qu'on a trouvées à Alaise et en Suisse (ainsi qu’à Hallstadt).
Les artistes gaulois ornaient, nous dit Pline, de corail les épées, les boucliers, les casques. Ici encore l’archéologie a confirmé par les fouilles d’Alaise le témoignage de l’histoire 3.
L’art phénicien ou égyptien d’imiter les pierres précieuses en fondant et versant du verre coloré dans des cloisons de métal, avait pénétré, sans doute vers l’ére chrétienne, chez les Gaulois, qui paraissent l’avoir pratiqué avec moins de bonheur que de zélé. On dit leurs émaux assez grossiers,
1 Diodorc 5, 30. — Strabon 4, 4. 3. — l’ulybc 8, 30 et 33. ' I’line, llisl. nnt. 34, 48.
J Pline, llisl. nat 33, 11. — Voyez Troyon p. 337.
LES GAULES
et cependant un écrivain du quatrième siècle, Philostrate, nous apprend que les Gaulois passaient pour avoir découvert et pour posséder seuls ce secret (p. 260).
L’émail suppose le verre. L’industrie gauloise réclame en tout ou en partie les bracelets en verre blanc, bleu, brun, les colliers en verre coloré et en pâtes émaillées, trouvés, en Suisse et en France, dans les palafiltes et les tombeaux de l'âge du fer (p. 260). Des vases de verre et d’ambre et des colliers étaient les principaux objets que les Gaules échangeaient contre les productions de la Brilannie du vivant de Strabon V
Pendant la domination romaine, le commerce suivait les antiques routes tracées par la nature et frayées par les Sémites. La Brilannie avec son étain et son plomb (p. 95), son or et son argent’, avec ses pelleteries, ses esclaves et ses chiens de chasse , était toujours pour les Gaulois ce que Tarsis avait été pour Tyr : le trésor où ils puisaient à pleines mains, la région maritime où se dirigeaient tous leurs vaisseaux ou leurs canots. Seulement les richesses qu’ils apportaient aux embouchures de leurs grands fleuves, ne traversaient plus le pays à dos de cheval : elles remontaient les rivières, dont les Romains avaient relié les bassins par de bonnes routes. De Narbonne par l’Aude ou plutôt par terre, on se rendait à Toulouse, qui était au point le plus étroit de Y isthme entre la Méditerranée et l’Atlantique, et la Garonne emportait les bateaux vers Bordeaux et vers l’océan, où elle se jetait entre les Santons au nord, et les Bituriges, de race celtique* (et non aquitaine), au sud. Le Rhône était trop rapide pour qu’on tentât de remonter son cours, et de sa vallée les chariots passaient chez les Arvernes, d’où
1 Strabon, lue. cit. ; Tacite, Agricole, 12.
3 D'après les formules magiques que nous a conservées le médecin Marcellus de Bordeaux (-1e siècle), le dialecte do ces Celles aurait été l'irlandais, si l'on en croyait J. Grimm. (Voir ses deux dissertations en allemand sur Marcellus.)