LES ROUTES. LES DIEUX
l'on s’embarquait sur la Loire, qui avait pour principaux marchés Noviodunum (Nevers) et Genabum (Orléans), et dont on ne nous dit pas la grande cité maritime (ce n'était plus Corbilo, p. 123). Les eaux de la Saône conduisaient jusques au point où l’on franchissait la ligne de partage pour descendre vers l’océan par la Seine, qui s’y jetait entre les Lexobiens au sud et les Calétes au nord. De la Saône une autre route conduisait par le Doubs vers le Rhin. A ces routes par les fleuves et les affluents, Agrippa en avait ajouté quatre autres qui partaient de Lyon, et qui se dirigeaient, l’une vers Narbonne, qui était toujours le port et le marché de toute la Gaule (p. 318); l’autre vers le Rhin; la troisième (vieille de mille ans, p. 114) à travers les Cévcnnes vers les Santons et l’Aquitaine; la quatrième par le pays des Bellovaques et des Ambiens vers le Canal de la Manche*.
Les Gaulois, si commerçants et si industrieux, avaient au temps de César pour principale divinité Mercure, Mercure Korrig ou le Forgeron (p. 3 1 5), le dieu des marchands et des artisans. « Il avait, dit l’historien romain, un grand nombre de simulacres», c’est-à-dire de piliers (p. o I ) et non de vraies statues; au moins n’existe-t-il aucun indice que les Gaulois avant la conquête eussent, à l’exemple des Phocéens, érigé à leurs dieux des idoles à ligure humaine.
Du reste le culte de Mercure, que nous ne confondons point avec celui des dieux druidiques, ne prédominait sans doute que dans la Gaule orientale. Vers l’occident et l’Allantique régnait encore la religion des deux principes nulle et femelle. Nous ne pouvons, eu effet, rapporter qu’aux derniers siècles de l’âge du fer et à la période gallo-romaine : l’Isis de Quinipili et celle de Paris ; — les deux statues priapiques de Rerven ; — et le temple de Lanleff (p. (53), qui rappelle le temple de Baal à Carthage (p. 208) par sa forme circulaire, ses deux murs concentriques, les douze arcades ou portes de la tour intérieure et les douze fenêtres du mur ex-
1 Stratiou -1, 1. 12-11 ; J. César, Bell. <jnll. 7, 55.
LES GAULES
térieur. 11 est liby-sémitique par ses chapiteaux représentant des pommes de pin (p. 272) et des volutes à tête de bélier, et par ses deux bas-reliefs dont l'un a pour objet deux béliers accouplés et l’autre un cercle rayonnant, grossière imitation du soleil (p. 269)
C’est ainsi que l’influence des Sémites se poursuit dans les Gaules jusques par delà l’ére chrétienne et sous la domination romaine. Cependant les temps approchent où l’empire romain va être renversé par les Barbares et le monde ancien faire place aux races transalpines. Mais les Franks, les Bourgondes, les Allémans, les Anglo-Saxons, les Normands arrivent de la Germanie et de la Scandinavie, armés de ces grandes et droites épées en fer mou qu’on retrouve dans leurs tombeaux et qui sont toutes pareilles à celles des Gaulois. Les Gaulois étaient donc alors les grands forgerons de l'Occident, et il n’est pas sans intérêt pour nous de constater qu’au quatrième siècle les vastes forges des Biluriges rivalisaient encore avec celles de File d’Elbe, de la Sardaigne et de la Norique *. C’étaient les Gaulois qui fournissaient d’armes tous les peuples du centre et du nord de l’Europe, et aussi nous croyons-nous autorisé à .faire dériver d’eux ce
1 A cette même période se rapportent les monuments religieux suivants, sans que nous puissions indiquer les cultes auxquels ils appartiennent :
le cromlech et le temple de l'ile de la Vienne (p. 58) ;
le temple de Kerkevillo (Cherbourg, Manche) , remarquable par sa forme d'un trèfle , qui ne se retrouve sur la terre entière qu'à Malte et en Sardaigne (p. 278) ; il a 24 pieds du nord au sud , 34 do l'est à l'ouest, et il était termine par trois dômes, dont l'un, celui du milieu, avait une ouverture circulaire de 3 pieds de diamètre;
le temple octogone de Curiosolitum ou Corseul (Dinan, Côtes du Nord). Celui de Monlmorillon (Vienne), malgré une ouverture ronde pratiquée dans la voiàte comme à Kerkevillo, et en dépit d'un des basreliefs qui semble celtique, date du moyen-âge.
5 Rutilius, v. 661-334. — A celle même date Narbonne voyait encore arriver dans ses ports les marchandises do l'Orient et celles de l'Espagne, les flottes de la Libye et de la Sicile, et recevait do terre par les fleuves d'autres richesses. Tout l'univers lui envoyait ses trésors. (Au-