NEW-GRANGE
Ces cairns, qui sont peu distants l’un de l’autre, sont formés de petites pierres entassées, et ils n’ont pu être érigés que par une population très-considérable. Ils ne sont en aucune manière des tumulus ; car les chambres qu’ils recouvrent, sont des chapelles où se célébraient loin des regards du soleil un culte sanguinaire. Le cairn de New-Grange, qui est de beaucoup le plus grand, s’appelait primitivement Grein-uaïgh, la caverne du soleil, et autrefois s’élevait sur son sommet une pierre d’une grosseur considérable, qui était ou un pilier celtique ou une colonne solaire phénicienne. Ce tertre était entouré d'un mur de grandes pierres ornées de zigzags et de spirales (p. 202). On entre dans l’intérieur de ces deux monuments par un canal ménagé au niveau du sol, long ici de 03, là de 27 pieds, et si étroit qu'on peut à peine y passer en rampant : cette entrée est une invention irlandaise; nous ne connaissons nulle part ailleurs rien de semblable. Le canal conduit dans une grotte voûtée par encorbellement comme le Trésor d’Atrée (p. 77), et ayant à droite et à gauche deux petites chambres latérales avec lesquelles elle forme une croix ou plutôt peut-être un trèfle (p. 360). Les pierres-parois des salles ont dans le cairn de New-Grange jusques à 18 pieds de hauteur. Elles sont couvertes de spirales, de zigzags, d’arcs, de rhombes, d'un dessin grossier 1 ; dans les salles de Dowth ce sont, avec des zigzags, des roues à quatre rayons, des cercles entourant une croix, de doubles cercles, des cercles à rayons solaires. Ces symboles sont sémitiques (p. 115, 197, 264, 269, 271) et ces dessins informes proviennent, comme ceux, plus compliqués, de Gavrinnis, de la même école que ceux de Malte. En outre, dans la salle de New-Grange est une pierre pyramidale de cinq à six pieds de hauteur, qui n’est point celtique, et qu’on prendrait aisément pour un dieu phénicien et libyen (p. 264, 268). Mais ce qui relie d’une manière indissoluble .
' D'après l.uliltock . p. WJ. les pierres sculptées tic New-Grange seraient bien par leurs dessins de l ape du bronze; niais lu cairn serait d'une date postérieure, les figures tracées sur ces pierres étant en partie recouvertes par les pierres voisines.
LIRLANDE
à Malte ces deux cairns, c’est qu’ils contiennent chacun, reposant sur le sol, deux pierres plates et rondes, légèrement concaves, de cinq pieds de diamètre, toutes pareilles à celles des grottes de Malte (p. 269) et indiquant que ces cavernes étaient le théâtre de sacrifices humains*. Enfin, sur les autels ou les parois de New-Grange se lit en ogham le nom sémitique de Bothal , maison de Dieu (p. 58), avec ceux de la grande déesse Ops et du dieu suprême désigné par le pronom Lui'.
Ce culte ténébreux et sanguinaire, nous le connaissons déjà par les Gaules (p. 342) et nous le retrouverons dans le Mecklembourg. L’histoire en est pour nous pleine d'obscurité. On le dirait formé de deux éléments, l'un liby-phénicien, l’autre celtique.
Les inscriptions de New-Grange prouvent que l’alphabet ogham n’est point postérieur à Patrick et au christianisme, mais qu’il était bien réellement en usage au temps du paganisme. Les traditions nationales disent qu’il fut inventé par Ogham !, descendant d’Easra et aïeul de Simon Brec, ou par Milésius, chef des Finn. L’histoire de cette écriture est probablement liée à celle des écritures espagnoles et vénètes (p. 336), et si les Irlandais n’ont pas copié les lettres phéniciennes, au moins leur auront-elles inspiré la pensée de peindre la parole par un petit nombre de signes.
C’est encore aux Sémites que nous devons rapporter l’origine de la fameuse pierre fatidique des Irlandais, le Lia— fail, sur laquelle était placé le roi lors de son inauguration; car sur celte pierre, qu’avaient apportée les Danaans, était empreinte la forme du pied de leur premier souverain, et ce souverain au pied bienfaisant nous est bien connu, c’est l’er-
1 Ces pierres évasées nonl rien de commun avec les cuves de l'Armorique (p. 341).
* Nous ne parlons que de ces deux cairns, mais il parait qu’une multitude d autres, appartenant pareillement à l'âge du bronze, renferment aussi des salles pour le culte. Toutefois ne confond-on pas la chapelle avec la simple chambre sépulcrale?
* C'est l'Uorcule Ogmius des Gaulois.