LES PILIERS
(Poméranie) deux lignes de pierres (blocs ou piliers? je ne sais), se coupant à angle droit et rappelant ainsi de très-loin Toulinguet; — à Niendorf (Meningen, Hanovre), deux lignes parallèles de piliers, distantes de 4 pieds, sur une longueur de 400, et à Thondorf une double allée pareille, longue de 100, large de 5 pieds.
Les cercles sont plus fréquents, et l’on en cite jusques en Bavière. A Boitin, près de Gustrow (Mecklembourg), sont trois cercles, disposés à peu près en triangle, chacun de 9 piliers, et mesurant de 30 à 00 pieds de diamètre; une des pierres du plus grand cercle est un autel à bassins, reposant sur le sol , et chaque cercle a un pilier taillé en forme de siège. On dirait un temple triple où l’on adorait sur un autel unique trois dieux invisibles. — Près de Schwerin, le cercle de piliers entoure une pyramide de pierres, qui a les apparences d’une idole ou cromlech (p. 59). — Au dessous de Francfort sur l'Oder, près d’Arendorf, sont six cercles concentriques de piliers, et six autres cercles disposés autour d’une croix. Enigme insoluble I — Nous ne connaissons aucun cercle qui soit un groupe de dieux (p. 61).
Les piliers, en Allemagne comme en Scandinavie, servent le plus souvent de simples enceintes aux tombeaux, tout spécialement aux Lits des Huns.
L’Allemagne possède un certain nombre de piliers, isolés ou d’enceinte, dans lesquels on a taillé des degrés on des sièges. Il en existe plusieurs en Angleterre (les piliers à oracles), aucun dans les Gaules.
En Allemagne sont à peine deux ou trois pierres branlantes 4, tandis que elles sont fort nombreuses dans les Gaules et dans les lies Britanniques.
Pas de trilithes, sauf un près de Ranis et un autre près de Saalfeld, dans la vallée supérieure de la Saale.
Quelques rares dolmens-autels , à jambages et à bassins creusés dans la table, tels que ceux de la Ditmarsie ou que
* Une dans le Hanovre, une autre dans la principauté de Lippu-Detntold. L ite Scandinave de Bornholm en a trois à elle seule.
LA GERMANIE
celui de Wiesbaden. Ce dernier, qui est très-bas, est taillé avec trop de soin pour être d’une date très-ancienne.
De nombreuses tables à bassins, d’une grandeur parfois immense, gisent sur le sol, soit que l’homme les ait trouvées sur place, soit qu’il les ait transportées de fort loin au prix d'efforts inouïs : autels inconnus dans les Gaules, mais non en Angleterre *.
De hauts blocs de granit, à creux plus ou moins nombreux, plus ou moins symétriques; assez semblables à ceux de notre Jura (p. 70).
Ces blocs et ces tables portent le nom de Teufelstein (pierre du diable), Drudenstein, Truttenstein, et le peuple croit y reconnaître des empreintes de mains et de pieds, qu'il serait curieux de comparer avec celles des Gaules (p. 341).
Dans quelques chambres sépulcrales sont de grossières sculptures, qui n’ont aucune analogie avec les dessins tourmentés de l’Armorique (p. 335) *.
Un tombeau des Huns offre une inscription en caractères qui sont presque les mêmes , dit-on , que ceux du Jénisséi (p. 34)'.
Cette inscription, ces sculptures, ces empreintes de mains
' Ces autels-là, comme les piliers à siège, pourraient être en Angleterre d'origine germaniiiue, anglo-saxonne, et non celtique.
’ Près de Mersebourg, sous un haut lumulus, une caisse sépulcrale qui contenait une urne, un celt. un couteau en silex, a offert sur ses parois des lignes symétriques pareilles aux ornements de l'urne, et les dessins d'un arc, d'un carquois , d'un marteau , etc. A Niedleben, près de Halle, la chambre d'un tumulus où le squelette était assis, renfermait avec des outils en silex un celt en bronze, un morceau d'ambre perforé et taillé, une chaise en chêne, et sur les parois se voyaient une croix assez bien sculptée (la croix est un des symltoles les plus anciens et les plus généraux, voir Peuple Primitif, t. 1, p. 267 et suiv.), et des dessins de plantes et d'armes (Kruse, t. 2, eah. 2 et 3; Keferstein, p. 31).
* Kruse, t. 1, cah. 2, p. 71. — Nous rappellerons ici les vases de Radeberg (près de Dresde), où sont tracés des caractères pareils à ceux d’autres vases (étrusques ?) faisant partie des musées de Cœtlingue et de Gotha. Ileyne croyait y reconnaître I alphabet celtihérique. (Kruse, ihid . cah. 6.)
LES ERDBOURG ET BOURGWALL 403
el de pieds, ces creux, ces bassins taillés dans les blocs et les tables, ces autels façonnés avec un certain art, les sièges ménagés dans les piliers, plusieurs pierres des dolmenstombeaux dont la face intérieure a été travaillée au ciseau : tout prouve qu’une grande partie des mégalithes date de l’àge du métal, et que la race qui pratiquait l'architecture dolménique pendant l’âge de la pierre , est la même qui a plus tard appris à manier le bronze ou le fer.
C’est là ce que confirme la distribution géographique de ces piliers et de ces autels. Ils sont le plus nombreux dans les limites des Lits des Huns, et s'ils les franchissent, ce n’est qu'en devenant de plus en plus rares. A l’E. ils s’avancent au delà de la Vistule jusques en Courlande, en Livonie, en Esthonie. Au S. on les voit remonter la vallée de l’Oder jusques vers la Haute-Silésie, celle de l’Elbe et de la Saale jusques aux frontières de la Bohême et au pied du Frankenwald et du Thuringerwald. Au S. -O. une lacune nous semble isoler du Tetilobourgenvald les mégalithes du Nassau et de l’Alsace.
Un autre genre de monuments, qui caractérise l’archéologie germaine, ce sont les enceintes de terre el de pierres. Elles sont : en terre dans les plaines sablonneuses ou marécageuses de la Germanie mégalithique*; de pierres dans la zone de montagnes qui s’étend de la Lusace au Taunus, dans l’Odemvald , dans les Vosges. On n’en connaît pas dans les plaines de la Bavière, ni sur le Jura souabe, ni vers les Alpes. CesKrdbourg, ces Rourgwall ont été, les uns, des lieux de sacrifices, comme le prouve le sol formé de cendres et d’ossements brûlés d’animaux ; les autres, des asyles temporaires où se réfugiait la population voisine à l’approche d’une bande ennemie ; les troisièmes, des forteresses permanentes.
* Font exception : une vaste et grandiose enceinte eyclopéenne près de Blnmenthal. entre Wrietzen et Berlin; une enceinte pareille près d'Oderberg , entre Custrin et Stetlin, et non loin de là une troisième près de Trampe. Ces monuments n'ont pas leurs pareils en Allemagne. (Keferstein, p. 111).
LA GERMANIE
Dans l’Allemagne orientale les Erdbourg , la plupart circulaires et de 100 à 200 pieds de diamètre, sont d’origine slave. Ce sont les Hradist des Rohèmes et des Polonais, les Grodzisko des Russes, et ils s’étendent, partout les mêmes, de l’Elbe à la Kama et au Don, de la Duina à la Baltique et à la mer Adriatique Sont slaves aussi les hautes collines artificielles dont le sommet plat supportait les temples en bois de ces peuples.
Les Bourgwall en pierres sont d’ordinaire de simples remparts de pierres amoncelées. Mais en Alsace, sur le mont Sainte-Odile (arr. de Schelestadt) est le Mur Païen qui est formé de pierres grossièrement équarries et jointes entre elles par des tenons en bois, et qui, avec une hauteur primitive de 18 mètres, embrasse une surface d’un million de mètres carrés. Ce mur offre une si grande ressemblance avec les constructions cyclopéennes de l’Etrurie, que Niebuhr l’attribuait aux Etrusques de la Rhétie qui auraient étendu leurs demeures jusques aux Vosges. Mais la tradition n’appuie en rien cette hypothèse, et la Rhétie elle -même n’offre aucun ouvrage de ce genre. Le Mur Païen serait-il le chef-d’œuvre des Germains qui se seraient lentement élevés de la levée en terre au rempart en pierres informes et du rempart à la vraie muraille*?
Los tombeaux. M. Weinhold les range en trois grandes classes, qui comprennent dix espèces distinctes et près de trente variétés.
Les tombeaux de l’âge de la pierre sont nos dolmens libres, les dolniens sur les Lits des Huns, et les rares dolmens sous les tumulus. Ils sont d’ordinaire si étroits que le corps ne pourrait y être couché dans toute sa longueur, et
1 D'après Chodanowsky, dans Keferstein, p. 251 et suiv.
* D'après des descriptions qui n ont pas toute la rigueur scientifique désirable, nous devrions ranger parmi les murs cyclopéens : les trois enceintes dans le Brandebourg (p. 403, note) ; de hantes murailles près de Kaaden, sur l'Eger (Bohème) ; d'autres à Ranis (p. 402), dans le Grabfeld (Hesse-Cassel), et surtout le Grotenbourg, près de Detmold, sur la Werra.