C. Los déesses Nerthu», Kim en, Isis et Nehalennia
Lw peuples du llolsteiu et Sleswig oriental. Varias, Angles, etc. ; Nerthus, épouse de N lord, et son char; culte d’une déesse suprême. — Suèves ; leur Isis et son bateau. — Balaves; leur antique commerce; Néhalennia et son char-naval. — Dame Eisen et tes lieux consacrés à Isis. — Isis IMiaria , Naria h Neuchâtel, Nchalennia au Ithin- Inférieur. — Commerce de l'étain et de l'ambre aux îles (ilessaires; civilisation des Chauques; relations entre les Bataves et les peuples de Nerthus.
Nous quittons les Gothons et leurs frères sans nous arrêter dans l’ile de Rugen, le Morbihan de la Baltique, où les antiques mégalithes des Germains sont mêlés à ceux, beaucoup plus récents, des Slaves. Après avoir traversé le Mecklembourg, que sillonnaient en plusieurs sens les routes de l’am-
LA NORD-EUROPE
bre (p. 147), nous nous voyons entouré de peuplades que Tacite nous fait connaître et dont il nous décrit le culte. Ce sont : les Reudignes ou les Vénérables (d'après J. Grimm); les Avions qui habitaient quelque contrée basse, humide et maritime (aue en ail.); les Angles dont le nom vit encore dans celui d’un district du Sleswig (Angeln) entre le Sley et la baie de Flensbourg ; les Varins dans le district de Warnow non loin de Wismar ou peut-être dans la Wagrie ; les Suardons dans celui de Schwartau, prés de Lubeck; les Eudoses, inconnus, et les Nuithons ou Vithons*.
Ces peuples, que nous comprendrons sous le nom d’Anglo- Varins, occupent une contrée qui, en archéologie, nous parait être assez extraordinaire. Elle comprend les seuls tumulus à allées couvertes (p. 400) qui existent hors de la Scandinavie dans les terres germaniques (le plus méridional esta Missunde); des dolmens-tombeaux construits (comme ceux au sud de l’Elbe), par une population qui brûlait ses morts, et une multitude de Lits des Huns, dont le plus grand (dans la paroisse de Quern) mesure 00 pas de largeur sur 1 40 de longueur, et est entouré de piliers qui ont six pieds de hauteur.
Nos Anglo-Varins, d'après Tacite, adoraient Nerthus, la Terre-Mère. Elle avait son sanctuaire dans une île, qui ne peut être que Fémarn. Là était dans un bois sacré un chariot que recouvrait un voile, et dans lequel reposait, invisible à ses adorateurs, l’image de la déesse. On la promenait de peuple en peuple dans ce char (qui, pour passer de l’ile sur le continent, devait avoir la forme d’un bateau), et ce n’étaient que fêtes et réjouissances dans tous les lieux qu’elle honorait de sa présence; les guerres étaient suspendues, et la paix se faisait partout sur son passage.
Nerthus est l’épouse de Niord’, le Nérée des Vanes, leur Brahma Narayana, leur grand dieu des eaux, de la mer primordiale du chaos et des mers actuelles, et les deux enfants
' Tneile, Germ , 40
5 Peuple primitif', t 1. p. i3<5 et suiv.
NERTUUS. ISIS
de Niord, Freir et Preya, avaient chacun leurs chars sacrés. Mais ce qui distingue de la religion des Vanes celle des Angles et des Varins, c’est que Nerthus est leur seule et unique divinité, et l'on ne connaît dans l’antiquité qu’un très-petit nombre de peuples qui avaient pour divinité suprême une déesse sans son père et son époux ou, en d’autres termes, la nature sans Dieu *.
Un culte pareil était en vigueur chez des Suèves dont Tacite ne nous dit pas la demeure. Ces Suèves adoraient Isis sous la figure d’un vaisseau *. Cette Isis était pour Tacite IIsis Pharia, la déesse des navigateurs sur la Méditerranée, qui était toujours représentée avec un vaisseau derrière elle. Elle ne peut avoir différé beaucoup de Nerthus, l’épouse du Dieu des mers, et le bateau de l’une ressemble au char-bateau de l'autre. Cependant le culte d’une déesse de la navigation chez un peuple continental, tel que les Suèves, est une étrange énigme, dont Tacite avait en vain cherché le mot. J. Grimm nous paraît avoir été plus heureux, et nous allons le suivre vers les embouchures du Rhin et de la Meuse, chez ceux des Celtes qui touchaient aux Frisons, chez les Bataves, vers l’empire de la grande déesse Néhalennia (p. 354).
Mais ne pénétrons pas dans ce labyrinthe de fleuves depuis les Gaules : nous croirions nous avancer vers la région la plus sauvage de l’Europe transalpine. Jules-César nous dit: « A l'embouchure du Rhin sont plusieurs grandes îles habitées par des nations féroces et barbares, parmi lesquelles il en est qui passent pour vivre de poissons et d'œufs d’oiseaux. » « Les Belges eux-mêmes, de la Marne et de la Seine au Rhin, étaient tout à fait étrangers à la civilisation des provinces romaines ; les marchands allaient rarement chez eux et ne leur portaient point ce qui contribue à amollir le courage !. » Des routes romaines que nous fait connaître Strabon dans sa description des Gaules, la plus septentrionale
* Peuple primitif, t. 1, p. 69.
* Tacite, Gertn., 9. 38.
' Bell, gall., 1, I; 4, 10.
LA NORD-F.UROPF.
aboutit au Pas de Calais (p. 359), et l'Empire s’écroulera sans qu’aucune voie de commerce traverse la Belgique du sud au nord. Mais si nous suivons la vallée du Rhin, un spectacle tout autre s’offre à nos regards : déjà du vivant de Jules-César*, le peuple germain des Chiens avait de nombreux rapports avec les marchands romains, et plus tard la grande route de la rive gauloise (p. 138) se trifurquait à Noviomagus(Nimègue) et se portait sur trois lignes parallèles vers les côtes de la mer du Nord. C’est dans cette région maritime qu’on a découvert seize autels dédiés par leurs inscriptions latines à Néhalennia ou Néha, qui avait un temple dans un hois sacré à l’embouchure de l’Escaut. Assise on debout, elle est enveloppée d’un large manteau qui couvre sa tête et cache ses mains. Elle a pour attribut à ses pieds un chien, que nous prenons pour le symbole égyptien des chaleurs de l’été Cette jeune déesse présidait, du fond et du bord des eaux, à la renaissance de la nature et au printemps qui rappelle les laboureurs à leurs charrues, les marins à leurs vaisseaux. On célébrait son culte en promenant dans les campagnes et dans les villes une charrue et un bateau porté sur un char, ou un cliar-naval, et le carnaval n'est pas le seul reste de ces antiques processions, qui se sont renouvelées solennellement en 1153 près d’Aix-la-Chapelle, l’n des chars de Néhalennia existe encore à Nivelles (Brabant mérid.), qui passe pour avoir été fondé par sainte Gertrude, la patronne des matelots*. Le culte de Néhalennia n’était d’ailleurs point confiné à la contrée où le Rhin, la Meuse et l’Escaut mêlent leurs eaux : on en suit les traces dans la vallée du Rhin jusques en Souabe11
' llell. gall., 4, 3.
* Peuple primitif, t. 1, p 543.
* Nivelles, Niella, est contracté de Néhalennia ; ectle déesse a fait place à Gertrude, et son chien est devenu celui de Jean de Nivelles.
‘ Donnop retrouve des traces de I Hercule phénicien à Erckloo, Krquelines, Erkelens, Arkolar, etc.. Mais iirahk en ancien allemand signifie bois sacré. Toutefois il est assez étrange que ce nom soit si fréquent près du Rhin et si rare dans le reste de l'Allemagne. — Heriu.